Glageon terre française 2
insi donc entre 1659 et 1669, après une guerre de près d'un quart de siècle, l'Artois en grande partie, des lambeaux
de Flandre et du Hainaut dont tout le territoire que nous appelons aujourd'hui l'Avesnois sont devenus Français.(**)
e fut une entaille cruelle au milieu des ruisseaux, des champs, des prairies, des villages. des populations parlant la même langue, partageant les mêmes coutûmes depuis des siècles, séparant des familles même, qui fut sans doute douloureuse, car rien, ne correspond aux limites qui lui sont données...
on rien... ni la géographie, ni l'histoire, ni la langue, non plus que la religion ou la culture ne justifie cette ligne invisible et cruelle, là justement où César avait situé les confins du territoire des Nerviens...
arlant en 1698 des Hennuyers de France, l'intendant Voysin écrivait:"Les habitants sont laborieux et ne se rebutent point du travail ; il n’en faut pas d’autre preuve que la persévérance qu’ils ont dans le temps de la guerre à cultiver et ensemencer leurs terres quoiqu’ils aient une certitude presque entière qu’ils n’en feront pas la récolte."
endant les vingt années (1695-1715) où il fut archevêque de Cambrai, Fénelon eut à coeur de visiter régulièrement ses paroisses. Parcourant la partie hennuyère de son diocèse, l'auteur des « Aventures de Télémaque » écrivit un jour : « on ne raffine point ici en piété non plus qu'en autre chose ; la vertu est grossière comme l'extérieur, mais le fond est excellent ».
ersévérants, « laborieux », peu raffinés « en piété », de vertu « grossiere », mais d'un « fond excellent », tels étaient, à l'aube du XVIIIe siècle les Hennuyers de France ceux de l'Avesnois...
e que, ni l'intendant, ni l'archevêque n'ont écrit, c'est qu'il subsistait alors un large fossé entre les laboureurs les plus riches et la grande masse des manouvriers qui n'avaient que leurs bras à offrir aux exploitants de la forêt. A l'aube du XVIIIéme siècle, les pires souffrances se préparaient à fondre sur cette pauvre population
a nuit du 5 au 6 janvier 1709 commença un hiver, qu'on appellera Jusqu'à la fin du monde, le gros hiver. Il a commencé après cinq ou six jours de grosses pluies et duré trois mois d'une force inconcevable, entremêlé de dégels, qui ne duraient que quelques heures, de neiges, que le vent chassait dans les endroits les plus bas, de sorte que tous les blés généralement furent gelés. Pendant ce cruel hiver, on voyait de terribles signes ou phénomènes dans les cieux ; les plus gros chênes des bois et la plupart des autres arbres se fendaient de part en part"...(1)les cours d'eau gelés , les moulins s'arrêterent detourner , et la farine vint à manquer ...
'est la famine...pour survivre , le peu de blé encore disponible fut mélangé au chiendent, on mangea du pain de fougère mélangé à de l'avoine et du son , on dévora des racines bouillies et des potages faits avec du gui et des orties ...Les lapins meurent dans leurs terriers; les oiseaux gélent en envol, le bétail est décimé faute de nourriture. Après un court dégel, une recrudescence du froid ne laisse plus aucune chance aux récoltes. Le blé gèle en pleine terre, des bandes de vagabonds parcourent les campagnes, attaquant les fermes, les couvents, les châteaux. La mortalité prend d'effrayantes proportions. La faim, la misère, la maladie frappent d'abord les pauvres.
Les fossés étaient jonchés de cadavres morts de faim ...
n malheur n’arrivant jamais seul, le Nord de la France est envahi. Depuis le début de la guerre de Succession d’Espagne, guerre que Louis XIV n’a pas voulue mais qu’il est contraint de mener en 1704 avait débuté la série des catastrophes qui allaient mener la France à la situation dramatique de 1709. Louis XIV sait qu'il a perdu la guerre, il est prêt à toutes les concessions. La coalition présente au Roi-Soleil ses conditions : l’abandon de Lille, Strasbourg, Maubeuge, Kehl, Landau, Brisach, Furnes, Ypres, Menin, Condé, Tournai et le démantèlement de Dunkerque. La Hollande réclame le rétablissement de l’édit de Nantes pour les protestants français. Il faut également céder Terre-Neuve à l’Angleterre et interdire tout commerce avec les Espagnols. Louis XIV doit contraindre Philippe V à abandonner son trône sans compensation, si besoin par la force armée. Louis XIV ne peut se résoudre à l’idée de faire la guerre à son petit-fils et repousse ces conditions humiliantes.
ais le pays est épuisé.Pourtant, suite à son appel du 12 juin, les grands du royaume apportent leur vaisselle d’or et d’argent à la Monnaie pour y être fondue (Louis XIV fait de même), les gouverneurs et intendants font tout leur possible pour assurer l’approvisionnement, et un grand nombre de volontaires (issus du peuple) s’engagent dans l’armée. Louis XIV confie le commandement d’une armée au maréchal de Villars, brillant général et homme
populaire auprès des soldats mais méprisé au sein de la Cour (duc en 1705 il est considéré comme un parvenu car de fraiche noblesse, il était le petit fils de René "le Bâtard" de Savoie) qui donne de sa personne sur le champ de bataille (il a déjà été blessé 14 fois !). Le roi lui adjoint Boufflers.
e 11 septembre, à moins de 40 km de Glageon, c'est la bataille de Malplaquet...la plus sanglante de la guerre de Succession d'Espagne, 11.000 coups de canon y furent tirés.Les alliés qui ont perdu 20 000 à 25 000 hommes, renoncent à envahir la France. Les Français n'ont perdu qu'environ 6 000 hommes, et se replient en bon ordre sur Bavay et Valenciennes...
usqu'en 1712, une importante armée française stationnera chez nous; les soldats qui n'étaient pas payés, avaient faim, ils pillèrent les villages de la région...
n avril 1713, les négociations aboutissent à des traités de paix, Le traité définitif avec le Saint-Empire est ratifié à Baden le 7 septembre 1714. 1,2 million d’hommes ont trouvé la mort dans cette guerre pour les seuls soldats, tous pays confondus.
ous en avons conservé une contine " Marlbrouck [Marlborough] s’en va t’en guerre" fait référence à Malplaquet, où l’on a un moment cru que John Churchill, duc de Marlborough avait trouvé la mort alors qu’il n'y fut que blessé. Elle aurait été composée par les Français à la suite de la bataille (1a) ; de chant de guerre elle devint chanson pour enfants dans la seconde moitié du XVIIIe.
l faut pourtant s'imaginer les ravages que de tels mouvements de troupes et de chevaux ont du réaliser dans nos campagnes...
Les habitants de l'Avesnois payaient à nouveau un lourd tribut...
ependant, à Couplevoie, hameau de Glageon, une mine est ouverte en 1733 occupant 437 ouvriers, c'était l'une des plus riches de la région, il en reste le nom de la rue de la minière. Suite à l'exploitation de la mine de fer jaune sur Féron et Couplevoie est découverte une couche assez régulière de fer rouge, exploitable de Glageon à Momignies. 
es férons emploient d'abord la méthode directe dite des bas fourneaux: du minerai de fer, du charbon de bois, de la chaleur et le minerai donne une loupe de fer. Autrefois, le metier s'arrêtait là.
on livrait le métal aux forgerons en lingots ou en méplats.
'activité d'extraction de la pierre calcaire est également ancienne sur la commune,Au XVIIIème siècle, Glageon prospère grâce à ses 6 carrières de marbre noir et gris moucheté ses 2 scieries et 5 ateliers de polissage, de sculpture et d’assemblage.
cette époque où le machinisme en est à ses balbutiements, un artisanat familial à domicile va se créer autour de toutes les carrières de marbre de la région, qui se prolongera pendant plus de cinquante ans.
es hommes pratiquent le découpage à l’épaule, taillent et usent le marbre avec des moyens encore primitifs : burins, gravelots, percent les pièces à l’aide de l’archet. Ils fabriquent eux-mêmes les instruments nécessaires pour travailler et adoucir. Les femmes, les enfants polissent, à la main ce qui demande beaucoup de temps, de patience, d’esprit d’initiative et d’observation. Le polissage nécessite de nombreuses opérations : emploi de quatre sortes de pierres de plus en plus tendres, du bouchon de bois, d’acide oxalique, d'émeri à adoucir, de produits divers dont la terrible potée d'étain (1), dont chacun gardait un peu le secret, appliqués en frottant avec énergie pour faire disparaître la petite aspérité, venait enfin la cire d’abeille imbibée d’essence de térébenthine pour obtenir un brillant durable. Les marbres noirs sont particulièrement difficiles à polir et demandent une grande expérience..(A. Duronsoy, 1979)
ne pensée pour ces hommes et femmes anonymes qui se cachent derrière de magnifiques et luxueux décors, ces maîtres et ouvriers marbriers, sans oublier les nombreuses polisseuses à domicile qui se sont dépensés et y ont parfois laissé la santé...
e marbre de Glageon, est décrit par Sancholle en 1850 comme "présentant une grande analogie avec le Sainte-Anne français de la région de Bavay, mais il a le fond plus noir, et le mélange plus petit. Il renferme beaucoup de parties terreuses qui nuisent considérablement au poli. Il ajoute « la consommation des marbres du département du Nord est assez forte à Paris, parce qu’elle est provoquée par la modicité de son prix ; mais son emploi repose sur des objets ordinaires, pendules et bimbeloterie".
n sait aussi qu'on trouve à Versailles des marbres de l'Avesnois:Quelques dalles en « Marbres de Cousolre », de Glageon, en « Marbres noir français » de la région de Bavay, etc. On peut raisonnablement penser qu'en ce qui les concerne il s'agit de matériaux ayant servi lors des restaurations effectuées sous la Monarchie de juillet ou même postérieurement. signalons que l'on trouve encore quelques dalles de Marbre « Sainte Anne de Cousolre » et de Marbre de Glageon dans les couloirs du Parlement à Versailles. Elles furent probablement placées au XIXème siècle pour remplacer des dalles défectueuses.(2)
Malheureusement les ravages de la guerre, la Révolution font disparaître les clients amateurs d'objets de luxe, cela va plonger ce pays dans la plus profonde misère.
lageon, comme sa soeur Trélon et d'autres villages, souffre amérement de famine sous la révolution.
En avril 1790, après près de 80 ans de paix la France déclara la guerre à l'Autriche, les anciens Pays-Bas autrichiens devinrent leur premier terrain d'affrontement.
ais l'Autriche ne compte pas en rester là, ses armées occupèrent le Hainaut français de 1793 à 1794.De nombreux combats ont lieu sur cette frontière et l'attaque de différentes places fortes(Monceau Saint Waast et Saint Rémy Chaussée le 15 octobre 1793 entre autres), dont celle de Maubeuge qui est au programme des autrichiens...Le siége de Maubeuge débute le dimanche 29 septembre 1793, les autrichiens occupent toute la région et établissent des lignes de défense en avant de cette ville.
e mercredi 16 octobre 1793, la bataille de Wattignies commence, l'armée révolutionnaire française bouscule les Autrichiens à l'Est du village sur le plateau de Souvergeaux, les combats sont intenses et malgré les escarpements de terrain, les français du général Duquesnoy réussissent l'exploit de gravir ces pentes sous une pluie de balles et de boulets.La bataille de Wattignies est une demie victoire, les autrichiens ne sont pas vraiment battus mais ils abandonnent le champ de bataille...
ais ce n'est qu'un répit, celle de Fleurus le 26 juin 1794 sera décisive et permettra à la France d'annexer les provinces belges et d'éloigner les Autrichiens de sa frontière.
ux destructions dues à la guerre, succédèrent sans doute la joie des retrouvailles car un revirement singulier de l'histoire bouleversait à nouveau notre petit pays Avesnois, ceux là... nos frères, nos cousins, dont ont nous avait si cruellement séparé au siècle précédent devinrent à leur tour Français...
alheureusement...1814 voilà que pointe la campagne de France, Napoléon et ses troupes traversent l'Avesnois, à nouveau...des milliers d'hommes, chars, chevaux, canons traversent nos campagnes ravagent nos champs, mais savent-ils qu'ils courent à la défaite ? 
Waterloo le 18 juin 1815... c'est terminé... la France qui dominait l'Europe depuis 20 ans va à son tour découvrir l'occupation étrangère, Prussiens et Russes se succèderont pendant près de 3 ans et toujours à la charge des populations locales...
lexander Cavalié Mercer, Commandant la batterie « G », rattachée à la division de cavaliers anglaise commandée par Lord Uxbrige, nous raconte dans son journal de campagne qu'au retour de la bataille étant en bivouac à Forest " L’arrivée des soldats attira les villageois à notre bivouac ; beaucoup de vieilles femmes et de jeunes filles nous apportent de très belles cerises à acheter. Les vieilles étaient remarquablement laides et décharnées et les jeunes généralement jolies ; toutes avaient des yeux brillants et expressifs. Les jeunes se débarrassaient naturellement de leurs cerises les premières. Mais ce fruit était si agréable dans ces journées torrides que tout fut bientôt vendu. Le costume de ces femmes (qui semblaient tout à fait familières avec nous) était plutôt pittoresque. De hauts bonnets blancs avec de larges ailes descendant jusqu’à leurs épaules, un corset nu, parfois négligemment lacé, la poitrine couverte d’un mouchoir disposé avec grâce, un jupon bleu rayé de blanc et de rouge et atteignant seulement jusqu’aux mollets, de grossiers bas de laine et de lourdes chaussures de bois (sabots). Plusieurs portaient de grands anneaux d’or ou d’argent aux oreilles et d’autres de petites croix d’or suspendues à un ruban ou à une bande de velours noir."
e peuple n'en peut plus de ces guerres où il lui faut soutenir, parfois supporter les troupes, amies, ennemies... quelle différence pour eux ? quand il faut se priver de tout pour les nourrir, quand les champs n'ont pu être semé, quand les patures n'ont plus un brin d'herbe et que le bétail est décimé après leur départ...
a vie et les activités vont cependant reprendre une fois de plus, à Glageon jusqu’à la fin du XIXème siècle vont être créés 2 fours à chaux, 2 brasseries, 2 briqueteries, 1 fabrique de drains, 1 forge et 1 tannerie.
n peut supposer que les Glageonnais virent l'installation des 4 colonnes de marbre de Rance qui sont à l'origine de cette anecdote qui est extraite d'un « Guide complet du touriste sur le chemin de fer de Saint-Quentin à Maubeuge» dû à la plume d'un historien Z.I. Piérard (1862) : « Le château du Pont de Sains (près de Glageon) n'a rien de particulier à visiter, qu'un temple agreste qui s'élève à côté sur une sorte de terrasse et dont le fronton est supporté par quatre colonnes en marbre rouge d'une seule pièce.
Ces colonnes avaient été extraites et préparées dans le pays pour la chapelle du palais de Versailles au temps de sa construction sous Louis XIV. Mais elle n'y purent être transportées et les religieux de Liessies les firent servir à la décoration de leur église. C'est des débris de cet édifice que les tira le Prince de Talleyrand, "le diable boiteux", à l'époque où il transforma l'ancien château de Pont de Sains en maison de campagne.(3)
partir de 1840, Glageon connaît également un développement industriel lié aux filatures, aux usines de tissage et de peignage de la laine. les usines textiles (filature, peignage et tissage) vont prendre la relève et feront la prospérité du bourg !
u XIXéme siècle toute la région autour de Fourmies devient la capitale mondiale de la laine peignée...
Cette époque marque l'apogée du Nord, devenu en quelques années l'une des plus grandes puissances économiques du pays et appelé à le rester pendant plus d'un siècle. Mais elle est aussi une période sombre pour les ouvriers.
rospérité mal répartie , à coté des belles demeures bourgeoises, il faut bien imaginer que nos pauvres ouvriers sont logés à la même enseigne que les Fourmisiens, une vie de misère dans des conditions d'insalubrité terribles...
e XIXe siècle est marqué par la maladie, la tristesse et la mort...des conditions climatiques difficiles (ouragans, inondations, hivers rigoureux) et par 5 épidémies de choléra de 1832 à 1866 (1832, 1849, 1854, 1859, 1866). La dernière provoque le décès de 10 584 personnes dans le seul département du Nord!
ependant la présence de l'eau, d'une population agricole disponible et l'arrivée du chemin de fer permettant un écoulement rapide des produits manufacturés, les activités se développent, avec elles une main d'oeuvre Wallonne vient pourvoir aux besoins grandissants de main d'oeuvre (4).
'est vers les années 1870 que notre arrière grand père Félix Joiris arrive d'Andennes dans le Namurois, c'est un bébé de 2 ou 3 ans dont les parents, François et Mélanie Dethier, et ses frères et soeurs s'installent d'abord à Ohain, ils émigrent en famille...poussés, probablement par les difficultés noires de leur pays et attirés par des emplois mieux payés que chez eux. La démographie galopante de la Belgique (de 1830 à 1914, la population passe de 3,8 à 7,5 millions d'habitants !) amplifie et accélère ce mouvement constaté tout le long de la frontière du Nord. Ils ne manquent pas d'instruction, ils signent tous les deux d'une main agile.
son arrivée en France, l'immigrant belge peut choisir de s'y installer, il devient alors un "résident étranger", Le statut de résident permet de bénéficier, au bout d'une certaine durée de séjour de l'aide des bureaux de bienfaisance fort précieux en temps de disette. Il y a surtout la voie de la naturalisation (rendue possible par la loi de 1889) à laquelle notre famille va souscrire.
a famille s'agrandit, elle emménage ensuite à Trélon, où Félix se marie en 1888 avec Marie Angèle Vanderhaeghe native de Bermeries fille d'Emmanuel, brigadier des douanes dont le père Jean Baptiste est lui-même Lieutenant des Douanes.
es ouvriers ne devait être à la fête à cette époque.
Les tristes événements du 1er mai 1891 de Fourmies devaient être encore dans toutes les têtes, sans compter les événements de 70 qui avaient du marquer les esprits, à Glageon, ils étaient aux premières loges.Guerre passée à la trappe par les livres scolaires, guerre honteuse qui vit cependant le sang des soldats des deux bords couler autant qu'en 1914. Qui se souvient aujourd’hui de cette guerre?
ette génération est élevée dans la peur, peur "des Ulhans qui mangent les petits enfants".Pour vaincre cette peur, on s’organise, on crée des Sociétés d’instruction militaire préparatoire de Gymnastique et de Tir, un peu partout dans le pays, Glageon n’échappe pas à cette règle.
élix est menuisier et après 1890 ils s'installent à Glageon avec leurs deux premiers enfants il est "à son compte", rue du Ruisseau la bien nommée, le ruisseau cheminant en son milieu servant probablement aux riverains qui devaient en prélever l'eau (5)
élicienne notre grand mère se souvenait d'une enfance modeste mais relativement aisée, sans véritable difficulté financière, née pratiquement aveugle, elle avait d'ailleurs pu être opérée des yeux à l'age de 6 ans, à une époque où il n'était pas question de sécurité sociale, encore moins de mutuelle...
n assiste à cette époque à un emballement de la construction, Le centre du village s'étoffe de plus en plus. Partout on retrouve la pierre du pays : maisons,églises, moulins, murets, des façades aux toitures jusqu’à l’encadrement des portes et des fenêtres, tout contribue à mettre en valeur l'identité même du pays : moellons ou pierre de taille, marbre pour les cheminées ou les sculptures…
ous sommes en 1912, janvier voit la famille des Decobert arriver du Pas de Calais, natifs de Tilques ils viennent de Lens où Léopold Victor et Marie Emilie Brunelot son épouse l'avaient installée après les déboires commerciaux de Léopold
harron "à son compte", il avait été déclaré en liquidation judicière en 1903, la vie ne devait pas être facile avec 5 enfants dont Abel l'avant dernier, qui deviendra mon grand père
ais voilà que déjà gronde à nouveau l'orage...

'affiche, annonçant la mobilisation pour le 2 août 1914 à 0 h., est apposée à la porte de la mairie. Comme dans chaque bourg ou village, le tocsin retentit. La population accueille la nouvelle avec un élan patriotique certain. cependant "La tristesse qui était au fond de tous les coeurs ne s'étalaient point.Les hommes pour la plupart n'étaient pas gais;ils étaient résolus , ce qui vaut mieux." Marc Bloch souvenir de guerre,1914-1915.
rès vite, un vent de panique souffle sur la région. Les réfugiés belges affluent dans le Nord. Leur récit des atrocités commises par les Allemands (destructions massives, exécutions de civils, viols ...), jette la population dans la terreur...
L'Historique du 4ème Régiments de Zouaves qui est passé à Glageon au cours de la retraite le 25 aout est éloquente :"les obus allemands se rapprochent et suivent"..."sur les routes où trois jours auparavant ils semaient la confiance, les Zouaves repassent tristes,"..."quelle douleur devant ces convois de paysans qui fuient l'invasion et qu'il faut, pour garder les routes libres, repousser à travers champs en faisant taire la pitié!"..."il faut veiller, demeurer en alerte, accueillir les isolés, les gens perdus"..."Ce n'est pas la débâcle, mais l'émotion étreint le coeur. Il faut aller plus loin. On passe à Trélon, Glageon pour ne s'arrêter qu'à Rainsart. C'est le 25; il est près de 21 heures. On a marché depuis l'aube."
es zones occupées fluctueront au cours des affrontements, malheureusement, elles resteront très proches des zones de combats pendant quatre années.
lageon et Trèlon, mal placés géographiquement, bénéficiant d’une liaison ferroviaire avec les zones de combat, les allemands y installeront un énorme dépôt de munitions et leur lourde présence sera constante tout au long du conflit
ès la fin de 1914, le système de réquisitions est organisé. Les Allemands, recensent toutes les matières premières et les produits manufacturés existant dans les territoires occupés. En 1916, paraît à Munich le rapport sur l’industrie en France occupée publié par le Grand Quartier Général qui dresse un état de toutes les branches industrielles : mines, métallurgie, textile, chimie , les stocks et le matériel des usines..., c'est le bilan de l’activité des destructions.
sont analysées les possibilités de pénétration de l’industrie allemande. Cet état a un double but : éliminer les entreprises concurrentes et punir les usines qui refusent de travailler pour les Allemands. En zones rurales, on recense tout le bétail, le grain, les pommes de terre, la paille ou le foin les surfaces cultivées ou emblavées ...
partir de 1916, chaque maison doit dresser une liste de tout ce qu’elle contient comme bien matériel et l’afficher Bien visiblement .
Tout est bon à être réquisitionné : linge, meubles, matelas, bouchons de liège, vin, outils, métaux, bois, ustensiles de cuisine, cuir, caoutchouc ... Pour récupérer les métaux, les tuyauteries en cuivre des usines sont démontées, les statues et les cloches sont fondues, le zinc des gouttières est récupéré ainsi que le fil de fer barbelé des pâtures. On récupère la laine des matelas pour confectionner des uniformes; les forêts sont dévastées, comme la forêt de Mormal ou celle de Raismes, pour boiser les tranchées. Dès 1914, le Major von Merhing va jusqu'à faire venir un éléphant d'asie depuis le zoo d'Hambourg pour aider au débardage des troncs d'arbres et mieux piller la forêt de Mormal, Gouverneur d'Avesnes sur Helpe pendant l'occupation, le major avait fait placarder dans les rue de la ville, "J'ai brulé Orchies, si Avesnes ne se tient pas bien, elle aura le même sort" (témoignage de Jéronimo sur Chrisnord)
ans son premier rapport annuel, Hoover(6) compare le Nord " à un vaste camp de concentration dans lequel toute espèce de vie économique est totalement suspendue " et où il faut secourir 2 125 000 personnes.
a Fagne est mise en coupe réglée, les arbres abattus, les filatures arrétées, vidées de leur matériel...
Félicienne gardait de cette époque un souvenir effrayé, la venue du Kaiser à Trélon pendant laquelle il y eut 1 soldat quasiment tout les 50m... les
patrouilles des allemands la remplissait restropectivement de terreur...
Les femmes avaient gardé de ces privations des recettes que les familles se divulgaient entre elles...
Le Beurre de Guerre
Préparation : 1 oeuf, 50 g de bon beurre, 25 g de fécule, 25 g de farine, ½ l. de lait. Délayez parfaitement la fécule, la farine et le jaune d’oeuf avec le lait préalablement bouilli mais refroidi. Passez le tout au travers d’une fine passoire dans une casserole, ajoutez le blanc d’oeuf battu en neige et le beurre préparé. Mettez au feu sans cesser de tourner le mélange, faites bouillir quelques minutes jusqu’à consistance d’un beurre ordinaire. Bien saler. Le beurre de guerre doit être consommé dans les 4 jours.
Les Epinards économiques
Avec les feuilles de rhubarbe dépouillées de leurs côtes, procédez exactement comme pour les épinards, c’est à dire : les laver soigneusement, les cuire à l’eau bouillante salée, les bien rafraîchir et les presser ; ensuite les hacher et les assaisonner de beurre, sel, poivre et d’un peu d’ail ; ajoutez une branche de thym. On peut se dispenser d’y mettre de l’oseille. Délicieux aussi un mélange de moitié d’épinards économiques et moitié purée de pomme de terre.
es officiers et la troupe étaient le plus souvent logés chez l’habitant, ils doivent présenter un billet de logement. Les officiers habitent les belles demeures, les simples soldats, les autres. Les meilleures chambres leur sont réservées, la cuisine est commune. Au début de la guerre, les habitants sont tenus de nourrir les occupants; on y renonce assez vite devant la pénurie croissante. Les bureaux ou les grands personnages sont installés dans des bâtiments dont on a expulsé les propriétaires.
a dysentrie, La grippe espagnole qui trouvèrent un terrain favorable parmi une population fragilisée par la malnutrition laissa aussi son cortège de chagrins...
es Allemands réquisitionnèrent des ateliers à Glageon et Anor où étaient fabriqués divers matériels destinés au front, notamment des planches, échelles, éléments de passerelle, destinés aux tranchées, des tonneaux à eau qui suivaient les troupes allemandes, et même des “boîtes explosives” anti-tank. Lorsque, par chance, les soldats chargés de leur transport étaient bavards, la destination de ces matériels était transmise aux alliés par le réseau de la Dame Blanche de Trélon. Quant aux “boîtes explosives”, il ne fallut pas longtemps pour que les ouvriers les sabotent, autant que faire se pouvait, par simple humidification de la poudre. Seuls, alors, explosaient les détonateurs.(8)
algré les privations, la peur, les souffrances, ou peut-être à cause d'elles le 1er Février 1917, Abel et Félicienne se marient...
n 1918, tout ce qui reste comme bâtiments ou matériel industriel est incendié ou dynamité.L’armée
allemande fait également sauter les ponts, les voix ferrées afin de gêner la progression des Anglais. 
'est Raoul, Fernand, Emile Damien « Brigadier 6ème Hussards ; Croix de guerre, médaille militaire, né à Rouen (Seine-Inférieure) le 19/2/1891, qui est entré comme premier libérateur de Glageon le 9/11/1918 il mourut frappé par les balles allemandes.Un monument sera érigé à sa mémoire en concession à perpétuité par décision du conseil municipal du 19/11/1927».
e 11 novembre 1918, le Nord offre un spectacle de désolation et le tableau final des destructions dépasse toutes les prévisions...
es villes, des villages entiers ont été anéantis et ne sont plus que des tas de gravats. Pendant plus de 4 ans...le Nord a connu l’exploitation méthodique de toutes ses ressources tant économiques qu’humaines. Aux destructions dues aux combats et aux bombardements, s’ajoute la mise à sac des bâtiments, des entreprises et des moyens de transport.
’occupant a procédé à une éradicationsystématique de la base industrielle de la région. 53 107 immeubles ont été détruits et 210 000 endommagés ; 7384 usines ont été saccagées et laissées à l’état de squelettes métalliques ; 8849 km de routes et 1459 km de voies ferrées sont à refaire ; 1249 ponts ont sauté. Il n’y a plus que 4 chevalets de mines debout sur 107 avant-guerre.
e Nord a perdu 9 % de sa population. Plus de 400 000 ha de terres sont à nettoyer : il faut y retirer 4700 km de fil de fer barbelé, combler 7850 km de tranchées.
n "zone rouge", une balafre d’une trentaine de km de large qui marque la ligne de front, la terre est polluée par les gaz,
constellée de trous de bombes, d’obus éclatés ou non, de sapes, de mines, de cadavres et plus de 6000 blockhaus en béton armé parsèment la campagne. Les eaux ont envahi les parties basses et les ont transformées en marécages. Ailleurs, chardons et herbes sauvages donnent à la région un aspect de steppe.
e matériel agricole et le cheptel ont été perdus, envolés ou détruits. Les forêts ont été rasées, soit par l’artillerie soit par abattage systématique du bois destiné à étayer les tranchées.
a forêt de Nieppe est aux 3/4 détruite, la forêt de Fourmies a été saignée à blanc, celle de Saint-Amand a été rasée sur 3000 ha et le bois de Phalempin coupé aux 2/3. La forêt de Marchiennes n’existe plus et est envahie par les eaux. La retraite allemande a consommé la perte de ce qui restait de la forêt de Mormal.
algré la paix revenue, la population du Nord va rester encore pendant de longs mois isolée du reste de la France : voies de communication rompues, ponts et écluses détruits, chemin de fer, voies et matériel détruits.
e ravitaillement de la population reste problématique. En 1919, chaque personne ne dispose que de 500 g de pommes de terre et de 100 g de viande par jour et les prix s’envolent.(source, Lille.fr Patrimoine)
près la Première Guerre mondiale, il n'y a plus de grosses installations industrielles nouvelles. Malgré la reconstruction, Glageon connait une période de forte récession industrielle, seule la carrière génèrera encore une activité industrielle importante.
our le jeune couple Decobert-Joiris, nos grands parents...c'est une autre histoire qui commence, avec, comme pour tous leurs prédécesseurs, son lot de chagrins de deuils...et de joies....
(**) en réalité, la frontière telle est connue aujourd'hui mettra plus d'un siècle et nombre d'accords pour se construire
1a)Malbrough s'en va-t-en guerre (Mort et convoi de l'invincible Malbrough) est une chanson française dont les paroles datent du XVIIIeme. L'air est probablement plus ancien encore. Il aurait, d'après Chateaubriand, été emprunté aux Arabes durant les croisades. La mélodie a été adaptée par les Anglais sous le titre For He's a Jolly Good Fellow. Ce chant aurait été le premier chant européen transmis aux aborigènes d'Australie d'après le folkloriste australien John Meredith.
1)Journal d'un curé de campagne au XVIIe siècle Par Alexandre Dubois p140)
2)La potée d'étain ou plutôt, il vaudrait mieux la nommer Potée de plomb, car constituée de stannate de plomb en poudre (en grande quantité) additionnée de péroxyde d'étain( quantité minime) est extrèmement dangereuse, pour la mettre en fonction il faut graisser ou appliquer une huile imbibante sur un tissu ou un feutre tournant en assez grande vitesse. Terriblement nocive pour la santé et pour la planête. Cette potée très employée au XIX siècle a décimé une bonne partie des ouvriers qui l'on utilisée, utilisée surtout pour le polissage des pierres demies- dures à dures ( granite et marbres) et entrant dans la composition du cristal, elle fût déjà déclarée dangereuse à la fin du XIXéme siècle.
3)Il nous faut cependant tempérer les liens de l'Avesnois dans le flot de références fantaisistes relatives à des fournitures pour la décoration de ce prestigieux monument.II y a évidemment les prospectus publicitaires des firmes marbrières et entre autres ceux de la marbrerie H. Vienne de Cousolre qui a fourni du marbre pour l'Hôtel de Ville de Versailles et probablement certaines dalles pour les restaurations du château au XIXème siècle. II s'ensuit que le village de Cousolre figure dans le guide Michelin comme "Ce fut la cité du marbre, exploité jadis dans les carrières et scieries de Sainte-Anne. Le marbre de Cousolre, noir et blanc, a été abondamment utilisé au château de Versailles." Un prospectus du Parc naturel régional de l'Avesnois précise que "les marbres de Cousolre ont servi à édifier certaines des cheminées du Château de Versailles"... Il faut rappeler que le marbre de Cousolre n'est exploité que depuis le XIXéme siècle... Il y a donc impossibilité chronologique (LES MARBRES DE BELGIQUE, HISTOIRE et SCIENCES Eric Groessens p32)
4)G. Ducarme nous a appris que ces magnifiques colonnes ont été acquises après 1914, par des antiquaires. Elles auraient pris, cette fois sans difficulté, le chemin de l'Amérique où elles sont allées orner le domaine d'un milliardaire épris des chefs-d'oeuvre de notre passé. Cette histoire montre que les colonnes étaient façonnées avant expédition.
L'auteur, qui a vu à Paris et ailleurs en France plus d'une centaine de
colonnes en marbre de Rance, s'est laissé dire que certaines d'entre-elles
étaient destinées à Versailles mais avaient été détournées de leur
destination initiale pour des raisons budgétaires.
5) La population de Glageon va passer de 831 habitants en 1801 à 2626 en 1901
6) cette rue, où le ruisseau a été couvert, s'appelle aujourd'hui la rue Hector Dufresnes (Chrisnord)
7)Créée d’abord pour venir en aide aux Américains surpris par la guerre en Europe, la Commission for Relief in Belgium est fondée à Bruxelles, le 22 octobre 1914, par l’américain Brand Whitlock, le marquis de Villalobar, ambassadeur d’Espagne et l’ingénieur britannique Herbert Hoover. Les fonds sont fournis par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Le Comité d’alimentation du Nord de la France n’est créé qu’en avril 1915. C’est dans les premiers mois de cette année que l’industriel lillois, Louis Guérin entre en contact avec le Comité National Belge et l’American Comitee for Relief in Belgium. En avril 1915, il obtient l’accord des Allemands qui trouvent là un moyen de se débarrasser du ravitaillement des civils français et s’engagent à ne pas réquisitionner les denrées fournies. Dans le Nord, il y a 3 districts : Lille, Douai et Fourmies (Maubeuge est d’abord ravitaillé par la Belgique).
Il s’agit surtout de farine, de froment, maïs, riz, pâtes, haricots, lard, graisse et huile, sel, sucre, café ou savon. Par la suite, on y ajoutera des pommes de terre venues de Hollande, des plantes potagères, des semences, des produits spéciaux pour les enfants ou des médicaments. En moyenne en 1916, chaque habitant touche par jour : 240 g de farine, 14 g de maïs, 60 g de riz, 48 g de lard ou de viande en conserve, 15 g de sucre, 19 g de café, 19 g de lait et 16 g de savon. On estime à 1100-1300, les calories/jour fournies à chaque habitant par le Comité. La répartition entre les habitants est faite sur un strict pied d’égalité; ceux qui peuvent payer achètent ces produits, les indigents sont nourris gratuitement.Le C.R.B. est dissout à la fin du mois de décembre 1918, il a sauvé de la famine la population du Nord. L’état sanitaire de la population laisse cependant fort à désirer. Selon Calmette, directeur de l’Institut Pasteur de Lille, la mortalité est passée de 19-21 ‰ avant la guerre à 41-55 ‰ en 1918 et la tuberculose a fait des progrès foudroyants.
8)J. Martine LM-LF (49-57) source: Monographie Le peloton d’élite de Trélon-Hirson ; Un service de renseignement en Thiérache Avesnois,
réalisée par M. et Mme Thierry Nonnet, d’après :
- Les archives générales de Belgique, services patriotiques, fonds 207 à 225 ;
- Secrets of the White Lady du capitaine Henry Landau, Putnam, 1935 ;
- L’intelligence Service en Belgique de Jean Bardanne, éd. Baudinière, 1933.
- Un géant dans la résistance, Walthère Dewé d’Henri Bernard, 1971, La renaissance du livre.
**Toutes les vues de Cartes postales proviennent du site Chrisnord que je remercie à nouveau, sans lui, rien n'eut été pareil...**
Glageon terre hennuyère 1
a terre dite de l'Avesnois aujourd'hui est la conséquence d'une frontière artificielle qui coupe le Hainaut ancestral en
deux pays, "de part et d'autre de cette ligne ne vivent pas des Belges et des Français, mais des soeurs et des frères hennuyers que des gouvernements centralisateurs à l'excès ont séparés injustement, nous ne sommes pas étrangers, nous parlons la même langue...de chaque côté, nous avons la même culture et...la même histoire (B.Carpentier)
u fil des siècles, au même titre que la peste et la famine, la guerre fut pour les Hennuyers un mal avec lequel ils devaient composer.
LAGEON se disait autrefois GLAGON, GLANGON, d'après A. Desmasures "glan" en celtique veut dire bord de l'étang, de la rivière, et "gon" veut dire roche, hauteur...
e village s'appela GLAJUN en 1112, puis GLAJEON, GLAVIN, GLAION, et GLAGON au cours du XIIIème siècle, au XIVème siècle on trouve GLAGHON puis GLAJON au cours du XVème siècle, le nom enfin pris son orthographe actuel au cours du XVIIème siècle.
'est là que les longues lignées d'Avesnois qui se sont succédées se sont rejointes pour faire naitre Félicienne Joiris, ma grand mère et que naquirent aussi "mamie Yvonne", ainsi que ses frère et soeur ainés...
à que débute notre mémoire familiale maternelle....
'est au coeur du Sud-Est Avesnois que l'on trouve Glageon "village clairière" incrusté dans l'écrin d'émeraude du massif forestier de trélon de plus de 4000 ha, sa situation et celle de Trélon sont remarquables, celui qui vient s'y promener soit par le nord, le sud et l'ouest est contraint de passer par la forêt, seule la voie est, venant de Chimay est bordée de prairies. On dit qu'elle est déjà mentionnée dans une charte de Dagobert 1er en 640
.
a vue de la fin du XVIe siècle, tiré des minutes d'Adrien de Montigny le peintre des Albums de Croÿ, montre le village à peu près dans sa conformation actuelle si ce n'est le château aujourd'hui disparu...
ne trentaine de feux sont dispersés le long du bas des rues de Fourmies, du Trieux le Coq, Georges et Dufrenes, toutes sont couvertes de toits de chaume et seuls l'église, le château, son pigeonnier et le moulin ont une couverture d'ardoise.Seul le château n'est plus.
l faut remonter au XIIème siècle pour trouver le premier texte faisant mention de Glageon. En venant d’Avesnes c'est elle que vous rencontrerez la première en entrant dans la fagne.
la sortie de la forêt du Pont de Sains, on aperçoit bientôt le village de briques et de pierre grise environné de verdure. Glageon fait partie administrativement de l'Avesnois, géologiquement des Ardennes et historiquement du Hainaut mais ses paysages rappellent essentiellement la Thiérache. L'Aisne et la Belgique en sont actuellement séparés par seulement 10 kilomètres.
e village fut autrefois célèbre pour sa carrière de marbre qui peut, dit-on, encore être admiré au château de Versailles dont les restaurations ont largement utilisé le marbre de tout l'Avesnois.
En 1862, on y a découvert, plus précisément au hameau de Couplevoie, des sépultures renfermant des armes, des fers de lance, un scramasaxe (poignard) et des lames de glaive, sans doute d'époque franque ou mérovingienne.
on histoire est à peu près celle de tous les villages de notre région, le parcours cahotique, parfois sanglant mais persévérant d'un lieu de vie, avec ses habitants laborieux qui toujours, inlassablement vont reconstruire ce que les grands de ce monde se partagent comme un jeu de carte, et ravagent régulièrement sans souci des populations qui participent pourtant à sa richesse.
n 843, le traité de Verdun octroie la Francie Médiane dont fait partie notre région et Glageon à Lothaire 1er.
En 855, le traité de Prüm partage la Francie Médiane entre ses 3 fils, notre territoire est rattaché à la Lotharingie avec Lothaire II pour souverain.
n 870, à sa mort, avec le traité de Meerssen, cette partie de la Lotharingie est rattachée à la Francie occidentale avec Charles le Chauve pour suzerain.
n 880, le traité de Ribemont fait historiquement débuter le titre héréditaire de comte de Hainaut, il fait cette fois partie de la Francie orientale dite aussi Germanie avec Louis III "le Jeune" pour roi qui place Régnier 1er dit "au long col" à sa tête.
n 898, Régnier tombe en disgrace, Zwentibold, fils bâtard d'Arnulf de Carinthie à qui son père a confié ce royaume est un véritable fou...il s'en prend aux grands seigneurs de son royaume, Régnier Ier de Hainaut, Gérard Ier comte de Metz et à son frère Matfried Ier comte d'Eifel. Il les chasse, les dépouille de leurs dignités, leur enlève tous leurs biens et leurs terres pour les distribuer à ses favoris, le Hainaut passe entre les mains de Sigard qui le conservera jusqu'à sa mort en 920, ce n'est qu'en mai 924 que le comté retournera à Régnier II fils du premier.
n 962 après bien des viscissitudes, "le comté de Hainaut" terre du roi de germanie Othon II de Saxe entre dans le giron du Saint-Empire romain germanique auquel il est associé.
ers 1096, Glageon passe sous la domination des seigneurs d'Avesnes vassaux des comtes de Hainaut qui sont depuis 1051 de la dynastie des Baudouins comtes de Flandre,
'est sous Baudouin VI dit de Mons que Nicolas 1er y construit un château fort vers 1150.
C'est un important château, connu par plusieurs vues en élévation aussi bien dans les albums de Croÿ que par des plans conservés à Avesnes, il était établi sur une motte féodale, à l'est de la rivière au lieu dit "Les Pâtures" derrière l'ancien cimetière. Mais il n'en subsiste rien aujourd'hui...
a vie du peuple n'était pas facile en ces époques reculées...Tous les habitants des lieux, serfs et hommes libres compris dans l'enclave de la seigneurie de haute justice, devaient "l'ost et le chevauchée", c'est à dire: le service militaire et la participation aux courses pour la sûreté du pays.Ils étaient contraints de prendre les armes et d'accompagner le seigneur dans ses différentes expéditions car ce dernier détenait le pouvoir militaire et avait le droit de lever un ost seigneural, chaque seigneur disposant librement de ses propres forces, recrutées parmi ses vassaux.
e temps et le progrès des mœurs diminuèrent cependant cette obligation, sans réduire pour autant le droit de corvée et de banalités.
insi on a vu le Sire Wautier dispenser ceux d'Avesnes de l'accompagner aux joutes et aux tournois , et qu'ils ne s'engagent à se mettre en campagne avec lui que dans les cas soit de réquisition de la part de son suzerain , ou d'invasion de l'un de ses domaines. Par la suite s'il le pouvait toujours ce ne fut plus qu'une fois l'an, mais en les défrayant s'il les retenait plus d'un jour.
e service des vassaux et des habitants s'allégea donc progressivement. Bientôt il ne consista plus pour ainsi dire qu'à monter la garde en ville...Mais de tout temps, en contrepartie le seigneur leur devait assistance et protection, et les habitants de Glageon couraient s'abriter dans le chateau fortifié à la première alarme. Dans l'ensemble, Le règne des Baudouin sur le Hainaut a été favorable à la population. Dans les campagnes, les défrichements sont nombreux. Ils permettent d'étendre les aires de culture et d'augmenter le nombre de villages.
ans le même temps, les conditions des paysans s'améliorent, le servage disparait progressivement. A côté de cela, on assiste au développement des villes, comme Valenciennes et Maubeuge qui s'enrichissent grâce au commerce du drap.
es comtes n'hésitent d'ailleurs pas à s'allier les bourgeois en accordant des chartes de franchises aux villes. c'est le cas de trélon en 1162 à laquelle Nicolas d'Avesnes accorde la charte dite de Prisches.
n 1186 le ciel semblait vouloir favoriser les populations. A la mi décembre, les arbres furent tout fleuri et, en février, les poires et les pommes furent avancées de la grosseur d'une noix. Les oiseaux mesmes furent trompés, car on les vit pondre et esclorre leurs poussins en janvier (...), mais depuis mars jusqu'en juin, il fit un très grand froid. [...]
Pendant que Mormal résonnait du chant des oiseaux, de la hache du bûcheron, du cor et de la meute des veneurs ou du bramement du cerf, les trouvères du pays lançaient comme le rossignol des notes harmonieuses, et les seigneurs se divertissaient dans leurs châteaux ou à la chasse et participaient à des expéditions, des chevauchées, des tournois."(Michel Payen**)
n nouveau changement dynastique a lieu à la fin du XIIIe siècle. Il est historiquement connu sous le nom de «querelle des Avesnes et des Dampierre». Suite au jugement du roi de France Louis IX, Jean II d'Avesnes, fils issu du premier mariage de la comtesse Marguerite de Hainaut, reçoit la couronne hennuyère.
n siècle plus tard, l'héritage hennuyer passera dans la famille de Bavière par le mariage de la fille du comte Guillaume Ier, Marguerite, avec l'empereur Louis de Bavière...
la fin du XIV ème siècle à quelques lieues de là...de l'autre côté de la frontière, en France, la guerre de 100 ans fait rage, les anglais, alliés du St Empire viennent chercher refuge et réorganiser leurs forces sur les terres hennuyères, le duc de Bourgogne Philippe le Bon, autre allié de l'Angleterre, tente par tous les moyens d'affaiblir son ennemi le roi de France.Il a un grand projet, former un gigantesque Etat bourguignon au nord-est et contrer le royaume de France.
l y parvient progressivement, par achat et mariages, puis en 1428 au traité de Delft, il se voit remettre la tutelle du comté de Hainaut, par la comtesse Jacqueline qui lui donne ainsi les pleins pouvoirs...
Les états de Hennuyers sont ainsi "fondus" avec les autres possessions bourguignonnes, puis, par le jeu des mariages et des successions il passera à la maison des Habsbourg d'Autriche, par le mariage de Marie de Bourgogne
avec le futur empereur romain-germanique Maximilien Ier puis aux mains des rois d'Espagne suite au traité du Cateau-Cambrésis entre l'Espagne et la France par le mariage de Philippe II fils de Charles Quint avec
Elisabeth de France héritière du trône d'Espagne
e château de Glageon a donc toujours servi à fermer une frontière, mais du moyen-âge jusqu’en 1657, Glageon et ses habitants ont souffert du voisinage de cette frontière...
e sont d'incessants conflits avec la France, puis la sanglante répression menée par le duc d'Albe contre la religion réformée...
our se protéger, et tout au long des siècles, les Hennuyers s'adaptent. Des milices urbaines et rurales sont organisées et tout un système de défense et de guet est mis en place, à Glageon sans doute comme partout ailleurs dans le comté qui est parsemé de forteresses, dans les villages démunis de chateau, on va fortifier les églises...
es pauvres populations subissent tout ces changements sans souffler mot, se rendent-elles compte vraiment du changement de domination du comté, la misère est-elle pire ? ou au contraire leur situation s'améliore-t-elle ?
Ils survivent aux destructions, aux pillages.. font face aux famines... aux épidémies... à la peste
ependant il faut croire que l'endroit, bucolique à souhait, devait aussi avoir de beaux attraits
Car devenu propriété de Marie de Châlons qui possédait aussi à Glageon des droits qu'elle tenait en fief de la seigneurie d'Avesnes, elle les a vendus à Guy de Châtillon en 1333 juste entre les famines épouvantables des années 1310/1320 et avant la grande peste de 1349 (1/3 de la population européenne disparue) Sans doute Glageon et sa région n'y échappèrent-ils pas...
"Les bois étaient hantés par des meurtriers, des bannis, des hérétiques, des déshérites poussés par la misère ou l'épidémie."
a trouée de chimay, véritable boulevard qui s'avance jusqu'au territoire Français par Mariembbourg, Chimay, Trélon, Glageon entre les forêts de Thièrache et de la Fagne, rend la position de Glageon très dangereuse, Louis XI va tenter plusieurs incursions, dévaster Avesnes, Landrecies, Le Quesnoy, Maubeuge, Chimay, Bavay...
e roi de France décida de faucher les blés du plat pays. Le 25 juin, il écrivit à Antoine de Chabannes, grand-maître de France: "Je vous envoie trois ou quatre mille faucheurs pour faire le gât que vous savez. Je vous prie, mettez-les en besogne, et ne plaignez pas cinq ou six pipes de vin à les faire bien boire et à les enivrer. Et lendemain bien matin, mettez-les en besogne, tellement que j'en oye parler. Monseigneur le grand maître, je vous assure que ce sera la chose au monde qui fera le plus tôt dire le mot capituler à Valenciennes."
uelques jours plus tard, Chabannes lançait des milliers de faucheurs "à l'assaut des blés mûrissants". Protégés par quatre cents lances et quatre mille archers, ceux-ci dévastèrent systématiquement les champs (Michel Payen)
Les "faucheurs", soldats mercenaires parcourent le Hainaut, brulent les églises, pillent les villages. Philippe de Commynes nous décrit la campagne de 1478 :"les armées du roi font merveilleux dommages(à ce) pays, comme de piller et brûler maintes beaux villages et maintes belles scences"...
a tactique Française de terre brulée utilisée dans le sud du Hainaut, outre l'effroi qu'elle jette dans le coeur des paysans, provoque la haine contre les Français...Les destructions, les excés de toutes sortes, ne seront pas oubliées dans la mémoire collective, quand, 150 ans plus tard, les troupes Françaises renouvelleront leurs exploits....
'hiver 1479-1480 fut très rude et terrible pour les pauvres. Les "feuillars" (brigands abrités par le feuillage des bois) étaient nombreux dans les bois et dans le massif de Mormal. Ce serait dans cette forêt que, en mars 1482, Marie de Bourgogne qui chassait le héron tomba de son cheval en franchissant un fossé; elle fut projetée contre un arbre et ne survécut pas à ses blessures.(Michel Payen, d'autres la disent morte dans les même conditions dans les marais de Biezenbosh )
és 1522, un décret impérial fit de l'inquisition une institution d'Etat. On poursuivit les réformés de Valenciennes.
En 1529, l'empereur Charles Quint décréta que tout hérétique périrait, les hommes par le fer et les femmes par la fosse. Beaucoup de protestants prirent le chemin de la Hollande.
Les biens des fugitifs furent confisqués et brûlés.
ntre temps, le château de Glageon avait appartenu à Jean d'Eclaibes (grand maître de l'artillerie du roi d'Espagne Philippe II) par son mariage avec Ide de Bergues dame de Glageon, puis à Philipp de Stavele, (° 1509 † 1563), baron de Chaumont, seigneur de Glageon(1) dont la commune porte, encore aujourd'hui, les armoiries.
el qu'il est représenté dans les albums de Croÿ au XVIIème siècle , c'est un bel et grand ouvrage avec toutes les caractéristiques d'un château-fort, bâti en quadrilatère il est entièrement couvert d'ardoise, peut-être construit en briques ou en moellons de pierre couverts d'un enduit rosé. L'entrée (non visible ici) se situe à l'ouest, du côté des quatre tours. Elle possède un pont sur des douves remplies d'eau. Trois autres tours sont visibles, elles cantonnent les angles.
droite on découvre un élégant jardin rectangulaire composé de trente-deux parterres entourés d'une enceinte avec tourelles aux angles. L'ensemble est agréable et élégant
ien que fortifié donc, il fut pris en 1543 par les troupes de François Ier opérant contre celles de Charles Quint. Pillé et brûlé, il fut reconstruit peu après.
n 1552, voulant se venger sur le Hainaut "des horribles dégâts" que le comte de Rœulx, Adrien de Croÿ, par les ordres de Marie de Hongrie(2) avait fait en Picardie et notamment au château de Folembray qui fut incendié durant les dernières campagnes, Henri II vint l'attaquer à son tour, il fut emporté d'assaut et ceux qui l'occupaient furent tous passés au fil de l'épée...
" M. d'Aumalle, avec les chevaux legers, avait pénétré jusques à Valenciennes sans trouver nul ennemi... car ils s'estoient enclos dans les villes... » Le samedi neufiesme (Jour de juillet') vint le camp » loger à la Flamangery (3), et estoit l'avant-garde logée tout auprès de la bataille. C'estoit un beau village, et le dernier de ceux qui sont de l'obéissance du roy, qui n'avait point esté bruslé. Le roy y fit séjour du dimanche dixiesme. De ce logis furent envoyés aucuns , pour recognoistre la ville d'Avesnes ; mais les grandes et insupportables pluyes, dont fut l'armée continuellement affligée, et les chemins fermés » au charroy de l'artillerie, furent cause que le siège » ne fut mis devant Avesnes. » (Guillaume Paradin, doyen de Beaujeu ; Continuation de l'Histoire de nostre temps.)
lageon, Trélon, Chimay furent plus malheureux. " Estant le roy devant le chasteau de Glageon, sortit de Trelon une damoyselle bien laide, laquelle en sa calamité babilla à rire à la compagnie ; car elle crioit à tant de teste, qu'on sauvast la vie à son mari et à elle son honneur. Ceste requeste se termina en risée, et luy fut dit que sa beauté serviroit de sauvegarde à son honneur, et luy valut mieux pudique difformité que beauté prostituée."
ependant que " le chasteau dudict Trelong flottoit entre desespoir de se defendre et vouloir de tenir, les soldats francois montèrent avec eschelles , et prindrent la place, et pour l'indignation qu'ilz avoient de la blessure du seigneur d'Estanges, tuerent grand nombre de ceux qui se trouverent avec les armes, dedans ladite forteresse..."
n 1553, l'ennemi s'empara à nouveau de la forteresse mais, l'année suivante, après le sac de Chimay, le connestable Anne de Montmorency "s'en retournant" à Trelon, fut ledit chasteau entièrement mis par terre, et renversé de fondz en comble, si bien qu'il n'y demoura corps-de-logis ny murailles debout que tout ne fust rasé , tant par » mines que par feu ; mesmêment furent les murailles » du chasteau jettées dedans les fossez, à force de » pionniers , et n'y demoura quasi pierre sur pierre, qui avoit esté un des plus beaux lieux de toute icelle contrée...
es Français détruisirent les récoltes... dépouillèrent les églises... rançonnèrent, déportèrent ou massacrèrent les paysans, mais les Impériaux nous firent tout autant de dégâts, ils rasèrent les habitations pour établir leurs campements, volèrent le bétail, le charroi, le fourrage et les vivres et créèrent de telles dévastations, famines et morts que la peste s'en suivit...
l n'y eut plus d'issue possible pour la pauvre population que de se sauver et s'éparpiller dans les bois qu'elle connait mieux que personne... On imagine assez ses souffrances et les privations qui s'en suivirent, les femmes, les petits enfants contraints de vivre dans des conditions si difficiles causées par la précipitation du départ...
"Le chasteau de Glasson (Glageon) abandonné, fut le feu mis aussi, et se sentirent les plus proches de l'infortuné voisinage de Trelon. Depuis le logis de Roquigny, jusques au lieu où fut Trelong, ayant fait le roy trois lieues, print résolution de se retirer, à cause des pluyes continuelles, qui avoient en telle sorte destrempé le païs, qu'il n'estoit possible à personne de pouvoir tenir à pié ferme : tant s'en falloit qu'il fust possible d'y mener ces lourdes machines de l'artillerie. Ainsi partit ledict seigneur pour aller à Monstreul-les-Dames au giste".
ais la vengeance du roi n'était pas encore satisfaite... il voulait en faire ressentir plus immédiatement les effets à Marie. "Il y avait" , dit un historien, "une ardente haine entre Henri II et la reine de Hongrie, dont je ne sais pas le sujet, mais seulement que les soldats françois avoient fait des chansons d'elle et de Barbanson (4), le plus aimable seigneur de sa cour." ( Mezerai , Histoire de France.)
e connétable revint en 1554 dans le Hainaut à la tête d'une armée formidable. "Sa marche fit croire aux ennemis qu'il en vouloit à Avesnes, où ils jeterent beaucoup de troupes, mais, rabattant tout à coup sur la droite, il fit investir Mariembourg , dont il se rendit maître".( Le P. Daniel)
e roi ayant rejoint l'armée prit Bouvines, Dinant et Binche qu'il brûla avec le magnifique palais de la reine Marie, orné de peintures, de vases, de statues antiques, qui furent dispersés(5)(Anquetil, Histoire de France.) Mariemont, séjour enchanteur embelli par l'art et la nature, et dont les jardins surtout étaient délicieux, Mariemont eut le même sort. Tout fut détruit, bouleversé, et au milieu des ruines le roi fit mettre cette inscription : "Souviens-toi de Folembray, Reine insensée".
uand la nouvelle de ce désastre fut apportée à Marie, on dit que, d'abord par courrier, elle ne montre pas de réaction et plaint le roi de ne pas savoir maîtriser sa colère et de tomber si bas... mais lorsqu’elle se rend sur les ruines "elle tomba en telle détresse, despit et rage, qu'elle ne s'en pût de long-temps rapaiser : et en passant un jour auprès, en voulut voir la ruine, et la regardant fort piteusement, la larme à l'œil, jura que "toute la France s'en repentiroit et qu'elle se ressentiroit de ces feux, et qu'elle ne seroit jamais à son aise, que le beau Fontainebleau, dont on faisoit tant de cas, ne fust mis par terre et ny » demeureroit pierre sur pierre". (Brantôme)
'armée francaise poursuivant l'armée impériale, qui reculait en bon ordre, embrasa dans sa traversée, "Maubeuge et Bavai, belle petite ville, laquelle estoit abandonnée des habitans"( Paradin.)
la forteresse fut rasée une fois encore. Rebâtie après le traité du Cateau-Cambrésis en 1559, Glageon et les environs étaient à nouveau rattachés aux Pays-Bas...
Le XVIIème siècle s'ouvre sur une période de paix relative succédant aux destructions de la guerre que nous ont fait les Français, "l'ennemi héréditaire".
ais la trève est de courte durée, nous sommes en terre d'Empire, la guerre de trente ans va toucher directement notre région, le sud du Hainaut est dévasté par les troupes du duc de Bouillon dès 1622 (6)...
Les conflits reprennent entre la France et l'Espagne, ainsi que par la sanglante répressions menée par Ferdinand Alvarez de Tolède, duc d'Albe, contre la religion réformée. C'est ce que l'on appela le "Siècle de Malheur"...il s'étendit de 1635 à 1715...
'Avesnois en première ligne des combats entre la France et l'Espagne, subit les assauts des mercenaires mal payés, qui arrivent de France par la trouée de l'Oise.
Après une brève période d'accalmie et de prospérité économique aux alentours des années 1620, la région sombre à nouveau sous le coup des invasions et des pillages.
a misère est grande, les conditions naturelles de notre règion étant défavorables à l'agriculture, Mossay (6) nous dit que les terres y sont "stériles, mauvaises et aqueuse", la pauvreté est un dénominateur commun.Nos paysans/bucherons pratiquent le plus souvent la culture sur brûlis, qui donne une terre maigrement enrichie par les cendres... 
a tentation est forte aussi d'aller ramasser du bois vert ou de tendre quelques pièges dans les bois du seigneur qui veille jalousement sur son bien et n'hésite pas à condamner à de lourdes amendes le pauvre journalier qui porte atteinte à son bien ...
Peut-être aussi faire un peu de contrebande en achetant de la marchandise détaxée dans les villages francs et la revendre avec un petit bénéfice, aller, pourquoi pas, jusqu'en France vendre le sel acheté à bon prix en Hainaut où la gabelle est inconnue.
Mais déjà, au coeur des bois, non loin de la fagne, grands nobles et forgerons créent les premiers établissement industriels de la région.
ls utilisent les ressources du milieu le fer du sous sol, l'eau pour actionner les moulins et les martinets, le bois de la forêt pour fabriquer le charbon de bois, combustible nécéssaire pour les fourneaux.Aux premiers temps de la "forgerie", le "faudreus" devait être à la fois mineur, charbonnier et forgeron.Il trouvait le minerai quasi à fleur de terre.
Selon l'intendant du Hainaut, à la fin du XVIIème, sur le territoire qui restera Français, notamment Trélon, dépendances d'Avesnes et de Maubeuge, on compte 5 fourneaux, 9 forges, et une fonderie qui donnent du travail à 830 ouvriers qui fabriquent clous, plaques de cheminées mais surtout, fournissent à l'Espagne du fer nécessaire à la fabrication des canons...
oilà la richesse du Pays...
On comprend mieux pourquoi nos rivières et nos forêts constituent un objectif stratégique de choix pour les Français...
la mort d'Isabelle d'Autriche, en 1633, comme convenu, ses provinces revinrent à l'Espagne. De ses 35 années de présence aux Pays-Bas qui correspondirent à une période de paix, les habitants du sud du Hainaut ont gardé longtemps un heureux souvenir.
ourtant, "quoique bien intentionnée mais soumise aux volontés de Madrid, elle n'a apporté à nos maux aucun soulagement. [...] Le poids des impôts, la peste qui par deux fois ravage Mons, les déprédations des troupes espagnoles font le reste. En 1626, les vivres coûtent de trois à quatre fois plus cher que les années précédentes. Le prix du froment est si élevé que le peuple ne mange plus que du pain d'avoine dont il maraude les épis à demi-mûrs. Le vagabondage prend des proportions effrayantes. Plus de la moitié du sol appartenant aux seigneurs et aux abbayes, la plupart des manants doivent vivre de la culture d'insuffisants courtils...
Les archiducs tentent, mais en vain, de rendre vie aux industries hennuyères que les persécutions religieuses ont privées de leur meilleure main-d'oeuvre, en interdisant l'importation de draps étrangers. Ni Tournai, ni Valenciennes, ni Mons, ne retrouveront leur vitalité d'antan. La tapisserie est à jamais ruinée...
urenne (7) vint par la suite attaquer le château et l'enleva deux fois de vive force en 1637 et en 1655. Il n'en reste plus rien aujourd'hui...
n trouve la trace de l'occupation française dans une requête datée du 31.12.1639 et formulée par les fermiers des six portions de la forêt de Mormal. Ceux-ci écrivirent que par suite des événements survenus notamment en 1636, au "Quesnoy, Bavay, Landrecies et généralement tous villages dans et aux environs de la dite forest", ces lieux ont été "tellement fligez de contagion que la pluspart des manan d'iceulx en sont morts et les aultres se sont rendus fugitifz". Puis l'armée impériale "s'est venue loger inopinément sans ordre aux environs de la dicte forest lorsque l'on a fait rompre les ponts pour leur empescher le passage du costé de la ville d'Avesnes, les dégats entraînèrent la ruine totale des manans (paysans) des environs de la dicte forest".
n compensation, le roi d'Espagne Philippe IV accorda à ces fermiers de l'herbage, une remise du tiers du rendage.
La guerre continue...les forces sont égales, en Hainaut, des villes changent de maîtres en l'espace de quelques mois, Landrecies, Condé, le Quesnoy, et si le sort des armes restent indécis, les populations civiles ne sont pas pour autant à l'abri des destructions, en février 1651, les mercenaires français du général Rose dévastent à nouveau le territoire, la Fagne, les bourgs de Trélon, de Liessies, la vallée d'Eppes Sauvage connaissent une fois de plus, le fer et le feu des français...
n 1655 Louis XIV avait alors 17 ans lorsqu'il vint au Quesnoy où il passa la nuit. "Le pays estait despeuplé en telle sorte que dedans des villages de grande estendue il ne s'y rencontrait que cincq a six mesnages tout au plus, et encore ils estaient si pauvres et tellement affaiblis par les guerres contre la France que les laboureurs n'avaient les moiens d'eulx monter de valets ni chevaulx"... 
ans les dernières années du règne de Louis XIV, le sort des Pays-Bas espagnols sera réglé par les traités d'Utrecht et de Rastatt et par le traité d'Anvers, qui les font passer sous domination autrichienne.
n 1659 suite au traité des pyrénées le sort du sud du Hainaut est définitivement réglé et constitue en partie ce que nous appelons aujourd'hui l'Avesnois.
Glageon était devenue Française....
**Michel Payen, EN HAINAUT LES VILLAGES DE GOMMEGNIES ET DE FRASNOY
DE 1724 A 1737 vol 1er (Une approche de la micro-histoire du hameau)
1)Philippe de Stavele était ambassadeur de Marguerite de Parme, gouverneur des Pays-Bas espagnols, auprès d'Élisabeth Ière, reine d'Angleterre, chevalier de la Toison d'Or (1555, brevet n°222)
2)soeur de Charles Quint, reine puis régente de Hongrie par son veuvage d'avec Louis II de Hongrie,il l'avait nommée Gouverneur des Pays-Bas Espagnols
3)la Flamengrie.Lors de la plupart des traités du XVIIe siècle, lorsque l'on annexait une ville, on annexait l'ensemble de ses dépendances.Cela dit, quelques cas particuliers dérogèrent à ce traitement. Ainsi, la Flamengrie fut l'objet d'échanges nombreux de parcelles avec les Pays-Bas espagnols puis autrichiens. De nos jours, elle se trouve donc en curieuse position frontalière, avec un tracé complexe. Les bornes-frontières Autrichiennes et Françaises, autrefois au nombre de 65, dont une vingtaine existe encore, représentent un patrimoine original. En faisant abstraction de la frontière, La Flamengrie serait le prolongement de la ville belge de Roisin.(Wikipedia)
4) de Barbançon probablement la branche des Seigneurs de Jeumont
5)Le somptueux palais Renaissance édifié par l'architecte montois Jacques Du Broeucq pour la régente Marie de Hongrie, sur les bases du château médiéval, est une cible magnifique pour les canons français. Sa construction débutée en 1545 nécessita près de cinq millions de briques. Achevé pour le séjour de Charles Quint et de son fils, en août 1549, incendié 5 ans plus tard par les troupes d'Henri II, roi de France, il sera définitivement ruiné en 1578. Sous les archiducs Albert et Isabelle (1599 -1621), une tentative de restauration n'aboutira pas. Nombre d'éléments sculptés partent à Mons (portail d'entrée) ou sont réutilisés à Binche même. Classé en 1936, le site est actuellement soumis à un vaste programme de fouilles archéologiques, à l'emplacement-même où le parc communal fut aménagé au 18ème siècle. Le tour de chemin de ronde, par le sommet des anciens remparts offre une vue imprenable sur la campagne environnante.(Wallonie-Bruxelles Tourisme)
La légende prétend que c'est en ce chateau de Binche où Marie de Hongrie organisa en l’honneur de son frère Charles-Quint des festivités grandioses "les Triomphes de Binche" http://www.binche1549.com/historique.php dont la somptuosité devint proverbiale, que naquirent les fameux "Gilles".
On rapporte que, pour célébrer les nombreuses conquêtes de l’illustre monarque, des représentants de tous les peuples conquis formèrent cortège, entre autres des indigènes du Pérou, des Incas, dont les coiffures, les tatouages multicolores et les danses caractéristiques firent tellement sensation que les Binchois s’en inspirèrent et qu’il en sortit, tel un personnage de légende, le roi carnaval, le «Gille de Binche».
6)J.Mossay, Les intendants du Hainaut à Maubeuge 1678/1720, éd+ La Société archéologique et historique de l'arrondissement d'Avesnes, 1971 p20
7) Duc de Bouillon, Frédéric Maurice de La Tour-d'Auvergne (Sedan, 1605 - Pontoise, 7 novembre 1652), était le fils de Henri de La Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, duc de Bouillon,(lui même petit fils du connétable Anne de Montmorency par sa mère) et de Élisabeth de Nassau. Son frère était le fameux Turenne, maréchal de France. Il fut duc de Bouillon, prince de Sedan et général de l'armée royale française. Le 25 mars 1623 il devint second duc de Bouillon.Le 12 octobre 1635, il prit du service dans l'armée française comme maréchal de camp, commandant la cavalerie de l'armée de Flandres. Il prit alors une grande part aux guerres civiles, et livra, avec le comte de Soissons, la bataille de la Marfée contre les troupes de Richelieu (1641). Il fut compromis dans la conspiration de Cinq-Mars en 1642.(Wikipedia)
**Toutes les photos des gouaches dites de Croÿ proviennent du site Chrisnord que je remercie particulièrement pour la qualité de son travail et son sens du partage**
Bourgeois de Valenciennes 6 Privilèges des Bourgeois
ul serf ici", disait Froissart...
et effectivement , tout serf ou esclave, ayant eu un an et un jour de résidence dans
la ville, devenait libre, jouissait des mêmes privilèges que les bourgeois et était affranchi
du droit de morte main.ous les habitants de Valenciennes étaient donc libres et ne pouvaient être jugés que
par leur prévôt et les échevins qu'ils nommaient.e droit d asile ou de refuge aurait été, c'est la tradition qui le rapporte, accordé à
Valenciennes au IVème siècle par l'empereur 
Valentinien, qui aurait dit-on trouvé ce moyen pour
faciliter l'installation d'une population nombreuse
dans cette ville qu'il aurait faite restaurer...
ertains pensent donc que le fondateur de Valenciennes
fut Valentinien le Grand (ou son plus jeune fils) et que le nom de Valencianna serait
corrompu de Valentiniana.
acques de Guise écrit dans son Histoire du Hainaut qu'il restaura la ville de
Valenciennes en 293, cette date est cependant improbable compte tenu de la
naissance du dit Valentinien établie en 321 en PannonieIl aurait fondé l’hôpital du Castel Saint-Jean* sur
l’actuelle place du Marché aux Herbes où se tenait
auparavant un temple dédié à la déesse Vesta.
Les vestales chargées du service du temple auraient
adjoint à leurs fonctions le soin des soldats romains qui
défendaient la frontière toute proche.
alentinien, fervent promoteur du Christianisme aurait fait rasé le temple et
l’aurait remplacé par une chapelle dédiée à la sainte Vierge.
l aurait créé en outre l’Hôtellerie Saint-Jean 
destinée à soigner les malades.'autres pensaient que la ville avait pris le nom
Valentiane de son fondateur nommé Valens. Mais,
Valentinianus est lui même un nom dérivé du latin valens
qui veut dire fort, vigoureux...n sait avec certitude qu'effectivement c'est à
Ambianum (Amiens) en Gaule Belgique où Valentinien 1er était malade qu'il proclama
son fils Empereur le 24 août 367 (2)...
ls vécurent donc bien dans nos contrées...
n discutera et même on refusera d'admettre cette origine, elle n'est cependant pas
invraisemblable et mérite autant de considération que bien d'autres...n réalité, l'acte le plus ancien que l'on ai trouvé, et dans lequel le nom de
Valenciennes soit mentionné (document toujours conservé en original) date de l'hiver
693. On y lit la formule "Valencianis in palacio nostro"... (À Valenciennes, en notre palais)
c'est le premier jalon sourcé sur la longue route de l'histoire de cette ville...
uparavant, c'est Famars qui avait la prédominance et, jusqu'au Xe siècle, les vieilles
chartes situeront Valenciennes "in pago Fanomartensi"... (dans le pays de Famars).uoi qu'il en soit, on connait l'existence de franchises Valenciennoises bien avant la
charte communale de 1114 ou celle de la confrérie de la Halle Basse qui date de
1067 et qui est considérée comme le prélude de la loi communale de Valenciennese droit d'asile s'appliquait aux serfs étrangers
homicides et débiteurs, qu'on ne pouvait plus
poursuivre sitôt qu'ils étaient entrés dans la ville...
pourvu qu'ils fussent catholiques, d'Oultreman nous dit que
cette franchise se donnait aussi aux étrangers ayant blessé
quelqu'un ou commis un homicide , et qu'ils devaient
demander la jouissance de ce privilège étant hors de la
banlieue, ils ne pouvaient entrer dans la ville avant de
l'avoir obtenue du magistrat, mais s'il était poursuivi par ses adversaires et contraint de
se sauver dans la ville, alors il pouvait entrer dans l'église Saint-Pierre , en criant à
haute voix "Franchise, franchise".
près un an et un jour, ainsi affranchis, ils pouvaient prétendre à devenir Bourgeois
de Valenciennes. Leurs seigneurs ayant laissé, par la force des choses, écouler ce
délai, y perdaient leurs droits.la suite de son séjour, le demandeur avait cependant quelques formalités à accomplir
Il devait être accompagné de deux Bourgeois de Valenciennes,
et se présenter devant le Prévôt ou son Suppléant pour
répondre à une série de questions.
Après son acquiescement le Magistrat faisait prêter au
nouveau Bourgeois, main levée en direction de l'Abbaye
de St Jean (où se trouvait des reliques célèbres) le serment ci-après,
recueilli d'après un registre des Choses communes
TTEL serment que le Comte Jehan fist de la paix à tenir je le tiendray, ainsy m'aide
Dieu, Saint Jehan et les aultres ; sy promect de comparoir par devant la justice pour
faire et porter bon et léal tesmoignage d'entre homme et homme, femme et femme, et
homme et femme, touttefois que requis seray ; aussy de comparoir à touttes scemonces de
Conseil et de celler tout ce qu'il y sera dict audict Conseil et de dénuncher les ennemis de
la ville sy avant que le polray sçavoir."
uis le Prévôt reprenait :
"Cy jurés, par vostre foy et serment, que vous porterés loyal tesmoignage entre
homme et homme, femme et femme, homme et femme, femme et homme, partout où vous
serés requis". Enfin il lui faisait jurer que "s'il sçavoit en quelque tampz nul grief,
contratiété, ne villenie aulcune au corps de la ville, ne as Prouvos ne Jurés, quiconques
le soient, il venroit en leur ayde et confort ; et s'il ne pouvoit venir il leur feroit sçavoir
le plus brief qu'il pourroit."l est à noter aussi, et nous verrons plus loin combien c'est important, que d'après la
loi communale, tout fils de Bourgeois ayant atteint 15 ans révolus, était tenu lui aussi
de "jurer la paix".près son passage à l'état de Bourgeois, le serf ou le forain devait payer à partir de
1497 un droit d'entrée au profit de la commune.
En échange et à partir de ce moment-là la commune lui devait aide et protection...l était admis au partage des franchises dont jouissaient les enfants de la cité et ces
franchises étaient si considérables qu'elles excitaient la jalousie des autres villes
du Hainaut.ais cela ne suffisait pas, de plus, le Bourgeois de Valenciennes était affranchi de
maintes redevances, onéreuses et vexatoires de vinage, pontenage ... dans toute
l'étendue du chef-lieu.l pouvait en outre porter des armes de guerre alors
que cette autorisation était refusée à tous les
habitants du Hainaut.
l faut bien dire les choses comme elle sont, devant la
puissante bourgeoisie valenciennoise, le Grand Bailli
du Hainaut lui-même était sans pouvoir dans bien des cas...
ar en effet... l'égalité la plus complète entre les
citoyens existait devant la loi, mais pas toujours en ce
qui concernait les moeurs...l y avait une caste patricienne composée de Bourgeois enrichis par le négoce, "qui
ne faisoit aucun refus de s'allier avec les nobles, espousant leurs enfans et leur
donnant réciproquement leurs filles en mariage".
ais ces roturiers, d'après d'Oultreman avaient l'orgueil de dédaigner
les titres "ceux d'entre-eux qui avoient été anoblis, chérissoient tant
le titre de Bourgeois qu'ils ne l'oublioient jamais et aimoient bien d'estre
qualifiés "honnorables" plutôt que "nobles". Simon de Marly, Jean
son fils, Jean de Valenciennes, Jean de Quarouble, Jean Gouchez,
Jacques Party, Jean Bougier et beaucoup d'autre semblables furent chevaliers, qui,
en tous leurs contrats et actes publics s'appelèrent toujours Bourgeois de Valenciennes".
ls recueillaient l'appui de la population en prodiguant au peuple fêtes et spectacles
somptueux et en se montrant intraitables sur le fait des franchises de la ville.es charges et offices de Valenciennes n'étaient donnés qu'à des bourgeois qui
pouvaient être armés en tous lieux D'Oultreman rapporte à ce sujet qu'en 1332,
Thomas de Vertaing, prévôt de Maubeuge, ayant ordonné à un nommé Thomas Foriez
de mettre l'épée bas , d'après l'édit du prince qui défendait le port d'armes partout le
Hainaut, ce dernier répondit que "my pour Seigneur, mi pour plainte il ne l'osterait pas,
étant bourgeois de Valentiennes".e prévôt l'ayant arrêté, comme contrevenant aux lois du pays, fut obligé de le
relâcher aussitôt par ordre du prince...ar exception remarquable dans le Hainaut juqu'aux XIIIéme siècle, encore qu'il ne
disparut vraiment qu'en 1455 lorsqu'il fut aboli par le duc de Bourgogne qui, ayant
assisté au dernier avait été "écoeuré par le spectacle"
les bourgeois avaient par privilège droit au duel
judiciaire pour les larcins et plus tard pour les
homicides, L'appelant pouvait être la partie lésée, un
parent de la victime ou un champion, en particulier
pour les femmes et devait avoir été admis à jouir de la franchise de la ville.
Il appartenait alors aux parents de la victime de se présenter devant le magistrat soutenir
qu'il n' avait pas droit à ce privilège, car ses actes étaient "vilains" et offraient alors de
le prouver par le duel judicière...
e combat se passait en grande pompe après publication de bans et suivait un rituel
très précis.n distingue parfaitement que les nobles ne bénéficient d'aucun régime de faveur, et
la plupart des condamnations des "afforains" ne les concernent que "pour che qu'ils
n'étoient pas bourgois ne fil de bourgois" qui se sentaient suffisament puissants pour ne
pas envier d'autres titres et pour traiter d'égal à égal avec les personnages de la plus
haute condition...insi, si la charte de 1114 prévoyait que les chevaliers et écuyers étaient justiciables
"aussi" de leurs seigneurs, les bourgeois eux ne l'étaient que de leur tribunal et
leurs échevins et l'article 13 va jusqu'à appliquer au comte lui-même la justice échevinale...
es sept familles les plus puissantes et les plus influentes des bourgeois de
Valenciennes possésaient les sept "maisons fortes" qui avaient privilège d'asile, et
où aucun, même le premier magistrat n'avait autorité de faire arrêter un coupable quelque
soit le délit qui lui était reproché( aboli en 1337 par Guillaume II de Hainaut)
ependant, ils n'avaient pas le droit d'exploiter ou même de posséder des tavernes ou
brasseries à moins d'une lieue au-delà des limites du territoire valenciennois...e la même manière, ils ne pouvaient quitter la ville pour aller habiter ailleurs, sans
congé du Magistrat et ceci jusqu'au règne des Princes de la Maison d'Autriche.
ette disposition particulière était un legs des temps carolingiens, en effet
Charlemagne disait dans son testament "que nul homme franc, subject ou vassal d'un
des roys ses enfans, ne peust quitter son seigneur pour aller servir l'autre ou demeurer en
ses terres et que celui-cy se gardast bien de le recevoir".
es bourgeois de Valenciennes ne pouvaient, en outre, être arrêtés en aucun lieu pour
dettes, ni leurs biens sequestrés sous le moindre prétexte.n autre droit bien plus arbitraire était l'abatis des maisons ou adjours...On en trouve
déjà les traces dans les capitulaires de Charlemagne et dans l'interdictio tecti des
Romains...
ette peine de l'abbatis de maison était la seule qui s'exerçait en dehors des limites
de la juridiction de la ville... c'était presque un fait de guerre... en tous les cas un
acte de vengeance communale basée avant tout sur la solidarité des bourgeois du
moyen age
ar en effet l'abbatis pouvait être infligé à celui qui, élu prévôt ou juré, refusait
d'accepter la fonction échevinale, c'était le résultat du caractère obligatoire des
charges municipales. Mais il le pouvait aussi à celui qui, assigné à se présenter, ne
comparaissait pas et au fils qui, arrivé à la majorité, soit 15 ans accomplis, se refusait à
jurer la paix...
ans l'ensemble, la sentence d'abbatis à toujours pour cause un outrage fait hors de
la ville à un bourgeois de Valenciennesinsi lorsqu'un habitant des environs de la ville avait outragé , battu ou injurié un
bourgeois, hors de la banlieue, celui-ci en portait plainte au magistrat , requérant
justice, selon les lois et franchises de la ville, on s'assurait de sa bourgeoisie, il prêtait
serment sur l'injure ou l'outrage reçu, et les agresseurs étaient "ajournés" solennellement
à comparaître dans les sept joursu début, la charte de 1114 ne prescrivait l'abattis de maison qu'à défaut de
comparution, pour autant que que l'ajournement stipulait que " s'il avoyt maison
devens le pais de le ville, on li abbateroit" (3), c'est plus tard au XIVè et XVè siècle que
les juges plus sévères pour les défaillants, mentionnent l'abbatis de maison parmi les peines
appliquées même en cas de comparutionette peine ne frappait que l'étranger, mais elle le frappait aussi puissant qu'il fut...
Les fiers bourgeois de Valenciennes ne craignaient pas d'édicter cette sentence
contre des adversaires redoutables comme le sire de Mastaing ou le châtelain de Raismes
et effectuaient ces expéditions à leur grand risques...n ajournait le coupable, s'il ne comparaissait pas, et même ensuite, s'il comparaissait
" on li abatoit" De là de véritables expéditions militaires, dont l'exécution était
minutieusement réglée, mais que leurs frais et les difficultés qu'elles entraînèrent avec les
seigneurs firent disparaître, en 1458, par ordre du duc de Bourgogne. Malgré les quelques
abus qui résultèrent de ce droit, il n'en fut pas moins de nature à particulièrement affirmer
et faire ressortir les privilèges des bourgeois de Valenciennes, de même que ces expéditions
répandirent "au loin autour de la cité un prestige de respect mêlé de terreur (1)."e fait avoué les agresseurs étaient condamnés à quelque amende et à avoir leurs
maisons abattues ; on en défendait l'aliénation jusqu'à ce que la loi fut accomplie ; et
l'on publiait le jour où l'on irait abattre la maison du coupable. Un second ban conviait les
gens en franchise à se présenter devant le magistrat pour se mettre à sa disposition, sauf
excuse légitime.u jour marqué, six échevins nommés pour cette exécution , accompagnaient les
bourgeois tous en armes, on sortait de la![]()
ville comme en guerre, chaque connétable devant
leurs hommes et leurs bannières respectives,
avec tentes pour chaque métier et artillerie,
archers, arbalestriers et bombardiers,
s'ensuivaient les différents corps de métiers, fruitiers, porteurs au sac, barbieurs,
deskerkeurs, nouceurs, trayeurs de vin, cabareteurs, mesureurs de blé, teinturiers de
wide(4) et de bouillon, couvreurs de ros de gluy (5), plaqueurs, manouvriers etc...etc....
le défilé se terminait par la dernière bannière des jurés escortés de la noblesse du pays....
suivaient des chariots chargés de crocs et autres
instruments pour tirer les bâtimens en bas , et
des charrettes chargées de provisions de bouche.
Au but de l'expédition, on ordonnait aux
habitants d'abandonner la maison, puis le "prévost-le-comte et celui de la ville donnoit
le premier coup, de là certaine bande qu'on appeloit les francs d'office (6), qui estoient
destinés et gagés pour esteindre et empescher le cours des embrazements dans la ville,
tiroient à bas la dite maison et la ruinait.
uis "on afforoit solennellement vin et bières et ce
par jugement et chacun se tiroit à
cartier pour prendre son repas."
n 1456, le 25 avril, on abattit deux maisons,
l'une à Bruay et l'autre à Fresnes; trois
compagnies avec leurs bannières , sortirent de la ville à cinq heures du matin, au son des
cloches du beffroi, ayant à leur tête le prévôt et les six échevins désignés , les archers,
les arbalétriers , les bombardiers , les métiers suivaient, en tout 600 hommes armés et
équipés comme pour entrer en campagne, avec trompettes et clairons.
rrivés devant la maison qui devait être abattue, on fit sortir ceux qui l'habitaient,
le prévôt donna le premier coup , ensuite les francs Justîce (6), destinés et gagés
pour ces expéditions, abattirent la maison en peu d'instants.
n 1270, à Escaupont; en 1315, à Rouvignies; en 1362 et 1414, à Denain et aussi à
Crespin et St Saulve en 1382, en 1385 à Aulnoy; en 1453, à Verchain où l'on abattit
la maison du maïeur et d'un èchevin...

e ne fut qu'après l'abattis de la maison du châtelain de Raismes en
1430, malgré l'intercession du souverain, et bien que la terre de
Raismes n'apparteint pas au coupable mais à Nicolas Rollin (7), chancelier
de Bourgogne, que cette exaction fut suspendue, puis![]()
abolie par lettres patentes du duc Philippe de Bourgogne,
du 30 mai 1458, en même temps que les duels judiciaires.
ien que le duc et la comtesse Jacqueline avalèrent en silence cet affront, le châtelain
ne tarda pas à se venger, en 1433 un malheureux qui se prétendait bourgeois Valenciennois
Gilles Aoust, qui maraudait dans le bois fut pendu et étranglé en vertu d'un jugement
sommaire de l'office de Raismes.
es bourgeois de Valenciennes partirent alors en guerre et sous la conduite
du magistrat, 600 hommes armés allèrent dépendre son corps et brisèrent tout dans
le bois...la suite de quoi le duc ordonna "arrest général sur corps et biens des habitants
d'icelle ville sortant la banlieuwe"(cartulaire des contes de Hainaut, V)

e prévost et les jurés envoyèrent tous les connétables parcourir toutes les rues pour
avertir tous les habitants qu'il y avait danger à sortir de la ville, des pourparlers
s'en suivirent, et le 11 mai 1434, un accord fut conclu entre le procureur du duc et Nicolas
Rollin d'une part et la ville de Valenciennes d'autre part.

our châtier l'insoumission de ses bourgeois, la ville de Valenciennes fut condamnée à
payer 25.000 philippus d'or (8) dont 20.000 au duc et 5.000 au chancelier.e plus, Gilles Dugardin instigateur de la vengeance devait crier merci
à
monseigneur le duc ou à son prévôt-le-comte, à genoux et tête découverte,
et accessoirement, les habitants de la ville ne pouraient plus ramasser de bois ni vert ni
sec en forest de Raimes.
ependant, il est précisé à la demande des Valenciennois que cette somme serait payée
à titre de transaction et non d'amende. Par la suite, le duc rapporta la sentence
d'arrêt général sur les corps et biens des bourgeois de Valenciennes et autorisa la mise en
place d'un impôt sur le vin pour payer les 25.000 philippus.

ette énorme somme fut versée l'année même de l'appointement, comme le stipulent les
reçus de Nicolas Rollin, Chancelier de Raismes et Jehan Rosoir, receveur général du
Hainaut datés de juin et juillet 1434

i besoin était encore nécessaire, cela donne une idée de la puissance financière des
bourgeois de Valenciennes...

ais s'en était bientôt fini de ces privilèges, le Hainaut n'était plus, déjà, cette terre à
l'autonomie séculaire...Réuni officiellement en 1433, avec les autres possessions
bourguignonnes du Nord, Artois, Brabant, Limbourg, Flandre, Namur, Luxembourg seront
désormais reprises sous la dénomination unique de Pays-Bas Bourguignons...
*Dans le Castrum qui dessinait une sorte de triangle accolé à l'Escaut... d'après la tradition,
avait été fondée une abbaye dédiée à saint Jean-Baptiste..."Cette abbaye dite de "saint
Jean" va jouer un rôle éducatif capital - étant siège de l'écolâtrerie de notre ville jusqu'à
la Révolution.
La dénomination de la rue qui borde actuellement le chevet de l'église Saint-Géry, entre la
rue de Paris et celle des Récollets, s'inspire du plus ancien des monastères de Valenciennes,
puisqu'il fut fondé au VIIème siècle. Il existait aussi une place Saint-Jean, à l'extrémité
de la rue Saint-Jacques. Le monastère comme la place ne sont plus que des souvenirs :
le premier a été démoli après la Révolution, comme beaucoup d'autres édifices religieux, et
la seconde, touchée par l'incendie géant de mai 1940, a disparu lors de la reconstruction et
du remodelage urbain du centre-ville. Sur son emplacement se dresse aujourd'hui une banque,
la Société Générale. L'abbaye Saint-Jean-Baptiste disposait, du fait de son ancienneté,
d'une certaine supériorité sur les autres institutions religieuses. Elle ne se privait pas d'en
user, d'autant qu'elle était la paroisse des souverains du Hainaut, qui y firent baptiser,
par exemple, la Comtesse Jeanne de Flandre en 1202, et qu'elle bénéficiait depuis le
XIIème siècle du droit d'écolâtrie, régissant les premières écoles qui virent le jour dans
notre ville. Saint-Jean était aussi l'église officielle de la ville : c'est sous ses voûtes que
le prévôt de la cité et les échevins viennent prêter serment avant de prendre leurs fonctions.
Et, nous dit-on, il était de tradition qu'un étranger sollicitant l'honneur de devenir bourgeois
de Valenciennes, s'engage, lors de sa réception dans la maison communale, à respecter les lois
et règlements en usage, en tournant le regard vers le clocher de Saint-Jean
1)D'après Caffiaux, Abattis de maison à Gommegnies... (Valenciennes, 1863, in-8°, p. 27;
cité par l'auteur, p. 280.
2)Dictionnaire de la conversation et de la lecture: Ten - Ved, Volume 51 p 413
3) c'est à dire le territoire compris dans "la paix de la ville" limites mentionnées par
d'Outreman et dans le livre noir qui étaient celles du chef-lieu de Valenciennes dont
notamment, Bouchain, Ath, Leuze, Condé et le Quesnoy.
4)teinturiers utilisant la waide ou gaiste (isatis tinctoris) pour teindre en jaune, jusqu'en
1629 les teinturiers de Valenciennes furent divisés en deux classes, ceus de waide et ceux
de garance (abbé Cappliez, histoire des métiers de Valenciennes et de leurs st patrons,
Valenciennes, Giard, 1893 p 202)
5) couvreurs de chaume
6) pompiers de l'époque (Caffiaux, les Francs des cinq offices des feux XIIIé, XIVé et
XVé siècles.Lille, 1869)
7) Nicollas Rollin qui fonda les Hospices de Beaune
8) les philippus ou clincars ou ridders valaient 50 gros, monnaie de Flandre, il reprenait le
thème du cavalier correspondant par la symbolique à ses prétentions à la souveraineté,
Philippe le bon en avait autorisé la frappe à Valenciennes par ordonnance donnée à Lille
le 25 mars 1433 confirmée le 18 mai 1433, dans une lettre du duc, qui déclare "comme à
cause de nos droicts, seigneurie, hauteur et noblesse de nos païs(...) nous appartienne de
faire forger toutes les fois qu'il nous plaist monnoie d'or et d'argent" Le philippus servira
d'ailleurs pour la première fois, à unifier les monnaies de l'espace politique bouguignon,
Bourgogne, Flandre, Hainaut, Brabant (R.Chalon, rec herches sur les monnaies des comtes de
Hainaut, Bruxelles, 1848, p37) sur les monnaies de l'époque voir aussi :
Pour quelques deniers de plus, petit précis monétaire au temps du bon roy Charles VII : page 4
Source principale, La justice criminelle des magistrats de Valenciennes au Moyen age, Maurice
Bauchond, Paris, 1904)
Bourgeois de Valenciennes 5 l'infortune des Bernier
uelques années encore....Les Berniers virent leur fortune au zénith...
Le comte Guillaume Ier étant mort le 7 juin 1337, 
son fils Guillaume II lui succéda.
C'est alors qu' arriva le moment
des retours de fortune et les persécutions...
l ne fut pas sitôt entré au gouvernement de ses Etats
nous dit d'Outreman, "qu'il attaqua les principaux bourgeois de cette ville de
Valenciennes que feu son père avait chéris et estimés. "
'est ainsi que le 2 janvier 1337, Guillaume jeune comte de Hainaut confisqua
les biens de Jean Bernier à son profit, comme son Castel des Prés à Maing,
qui sera racheté comme bien séquestré par Jean de Neuville, et ceux de
Jean Bernier le Jeune, fils de celui-ci au profit de la ville de Valenciennes.
Quant à Jean Bernier dit le moyen le petit-fils, qui était filleul de la comtesse de
Hainaut il sera exclu de tous les offices de la ville....
insi donc, six mois....ce fut le temps nécessaire à Guillaume II pour décider de
renier tous les bons et loyaux services des conseils les plus fidèles de son père,
"sans occasion, ne raison nulle sy non par envie et hayne qu'on avoit sur luy et sur
son estât, et espéciallement ceulx du conseil du conte de Haynau, lesquels à tort et
mauvaisement informèrent le dit conte que Jehan Bernier avoit révélé au roy
Philippe de France une conspiration qui avoit esté faite du bon conte Guillame
contre ledit roy".
Laissons encore la parole à notre chroniqueur
t furent les devant dits bourgois, tous présents au banquet de Bernier
"jugiés des eschevins de Valenciennes qui adont furent renouvelés et restablis,
et de ceulx qui mis y avoient esté pour l'année :
remier, Jehan de Caroubbe fut bannis de la ville, et à dix mille livres à la ville
et osté luy et ses hoirs du conseil et des offices de la ville.tem. Le seigneur Jehan de Le Sauch fut banis de la ville, et à sept mil livres à
la ville, et osté luy et tous ses hoirs du conseil et des offices de la ville ; lequel
après reult la ville et fut remis en la conciliation d'ycelle.tem. Sire Allart du Gardin fut ajugiés à deux mille livres, la moitié à la ville et
l'aultre de prest, et privés du conseil et des offices de la ville ; lequel puis y
fut remis.tem. Jaques Le Chamgeur fut taxé à cinq cens livres à la ville, et osté du eonseil
et des offices d'ycelle.tem. Jaques Gouchet fut banny de la ville et adjugié à trois mille livres à la ville.
tem. Jehan Dernier fut banny et adjugiés à perdre tout le sien qui estoit en la
ville et en la banliewe d'ycelle ; et ce de dehors fut aplicquiet et confisquiet
au conte de Haynau, ce qu'on en peult trouver, comme forfait par cas de lèzemajesté
mais madamoiselle sa femme reult sa maison et la terre de Vy qui est près d'Escaupont
pour ce que c'estoit son doaire.
t est assavoir que Jehan Dernier le josne fut condanpné, et osté luy et ses hoirs
des offices et du conseil de la ville, et ses parents jusques au tiercli getton, qui
puis y fut remis ; et eust esté le dit Jehan Dernier jugiés à grant domraaige de ses
biens et de son corps, et tout par envie et traytreuse hayne, se n'eust esté madame
Jehenne, jadis contesse àe Haynau et nonne de Fontenelle, sa mareine.
tem. Jehan Polie fut condanné à mille livres de prest à la ville.
t Jehan Party à mille livres de prest samblablement"
ans sa crédulité Guillaume crut tout ce qu'on lui rapporta et les accusa en outre
d'avoir fait défense au peuple « d'avoir recours et ressort à la personne de son
seigneur et comte » alors qu'ils étaient « grevés et oppressés » par le prévôt et les
échevins de la ville. Jean Bernier, le père, Jean son fils, furent en outre accusés d'avoir
révélé au roi de France les secrets du conseil du comte Guillaume Ier,
de lui avoir répété les alliances du comte de Hainaut avec Edouard III.
et de plus d'avoir, eux et leurs femmes, "usé de sortillèges" pour faire
périr le comte et la comtesse.
Cette accusation s'appuyait sur deux statues de bois que damoiselle Marie du Nouvion,
femme à Jehan Dernier l'aisné, et à damoiselle Billehault Dugardin, femme Jehan
Bernier le josne, avaient fait venir "d'ung bourgois d'Ippre qui les fist apporter du
pays d'Allemaigne, lequel estoit appelle Jehan du Coulombier et fist cest envoy pour
ce que c'estoit ainssy comme figure et exemple pour le monde, car les ymaiges estoient
par devant moult jollyement et gentement aornées de painture, et par derrière elles
estoient toutes creuses, wydes et trawées, et dedens les traux estoient bestes et vers
de boys, coulourés et paints comme la chose le requéroit, en dénottant et dëraonstrant
que, combien qu'on soit jollyt et plaisant au monde, tantost comme les gens sont
trespassés, ils deviennent cendres, vers, pourriture et de vermine et très-infecte ordure"
es dames ne croyaient si bien penser qu'effectivement, elles purent par la suite,
vérifier de visu, combien les vanités de ce monde sont éphémères....
es accusés prouvèrent que si les finances de la ville
étaient obérées, ce dont on leur fesait un crime,
c'était par suite des largesses faites par la ville au comte
Guillaume Ier et au comte Jean son père en maintes
circonstances. Ils n'en furent pas moins
emprisonnés, condamnés à de fortes amendes et bannis.
A l'évidence, Jehan Bernier l'aisné envié, haï fut trahi par ceux là même qu'il
accueillait chaque jour à sa table et rompaient le pain avec lui à sa table en lui
montrant fausse amitié et faux semblants...
Ses richesses, les honneurs qui lui étaient rendus exacerbant leur jalousie au paroxisme
omment imaginer que cet homme qui avait été au service et aux gages de Jean de
Hainaut et de la comtesse Philippe son épouse, puis au bon comte Guillaume son
fils et son épouse Jeanne de Valois, et les avait, tous, si bien et si loyalement servis dans
toutes les fonctions qu'ils avaient jugés bon de lui confier à Valenciennes et ailleurs
tel qu'il apparait dans les lettres signées du bon comte Guillaume et scellées de son grand
Sceau, ait pu trahir, pire encore...souhaiter la mort des maitres auquels il fut si dévoué
sa vie durant ?
l fut réduit à fuir, tandis que la nuit des trois rois, à minuit les sergents du comte
emmenèrent son clerc Lotard, en un "pré dalés" où on avait fait une fosse où il
"fut enfouy et couvert de terre tant qu'il fut pasmés et sur le point de morir" pour
le forcer par la torture à dénoncer son maître mais il brava toutes les souffrances
pour rendre témoignage de son innocence et leur demanda seulement " puisque ainsi est
que cy fault mort recevoir, pour Dieu faittes moy tost morir"
'est peut-être à ce clerc, si magnifiquement dévoué à la vérité, que nous devons ce
récit parvenu jusqu'à nous et qui, à côté de celui de Jehan Froissart, illustre
chroniqueur du moyen âge, nous a permis de placer une autre narration écrite aux mêmes
lieux par un de ses contemporains.
uant à Jean Bernier, lorsque le roi Philippe de France sut qu'il était accusé, il lui
manda, dit Une ancienne chronique, « qu'il vidast hors du pays de Haynaut, et
qu'il se vint en « France, » ce qu'il fit. Lorsqu'il fut à sa cour, Philippe lui fit subir
un interrogatoire pardevant les rois de Navarre et de Bohême, le comte de Flandre
et autres. Jean Bernier s'en tira à la satisfaction de tous.'est alors seulement que le roi de France le fit son varlet entier et maître des
enquêtes en son parlement.lus tard, après avoir recueilli de nouveaux renseignements, le roi lui donna des
lettres qui témoignaient de son innocence. Elles sont datées du bois de Vincennes,
le 7 novembre 1338.ependant Bernier ne resta point en France ; il vint avec son fils a la cour du comte
de Flandre, dont il était pensionnaire, puis se 
retira dans une chambre à l'abbaye de Saint-Saulve*
près Valenciennes, y attendant le résultat des
démarches que fesaient pour lui les rois de France,
de Bohême et de Navarre, le comte de Flandre
et une foule de seigneurs qui s'intéressaient à lui.
nfin, le comte de Hainaut reconnut la
fausseté des accusations portées contre
les anciens serviteurs de son père et notamment
contre Jean Bernier.
I résolut alors de proclamer hautement l'innocence de ce dernier...
Etant venu à Valenciennes, il convint, en présence des rois et princes déjà cités,
qu'il avait été induit en erreur sur le compte de Bernier, et méchamment conseillé à son
égard par des gens qui étaient ses ennemis personnels sous le règne du comte son père.uis il se rendit « en l'église de monseigneur St-Saulve, d'emprès Valenciennes et
en la chambre dudit Jean Bernier », accompagné de sept des principaux seigneurs
de sa cour, du sous-prieur de l'abbaye et de plusieurs religieux, « et mit sa main en la
main de Jean Bernier, et dit que par la foi de son coeur que s'il eût en à faire ce qu'il
avait fait de lui et des autres bourgeois de Valenciennes, et on lui donnant mille livres
de vieux gros, qu'il ne ferait pas ce qu'il avait fait, et qu'il lui pesait moult et de coeur
de ce que si légèrement avait cru à leur contraire, et dit de rechef :
"Jean Bernier, mon ami, soyez à votre paix, et je vous ai en convent que je vous
ferai autant d'honneur que je vous ai fait de blâme".
uis le comte lui envoya, à St-Saulve, deux boeufs de Savoie, un pourceau de
Mayence, un mûid de blé et une queue de vin de St-Jangon. Enfin, il lui rendit ses
biens, sauf sa maison de Maing, et la terre de Thiant qu'il avait vendu et dont il conserva
le prix...
ette réhabilitation de Jean Bernier et celle aussi des autres bourgeois enveloppés
dans sa disgrâce, et tout ceux là même qui furent présents à ce banquet de 1334,
eut lieu en 1341.
e bon vieillard, dit d'Outreman, mourut audit St-Saulve, » cette même année,
le 14 avril, peut-être d'émotion d'avoir vu, comme le dit la chronique citée plus haut
«son prince reconnaître si humblement qu'il avait méfait. »
atons-nous cependant d'ajouter, qu'après avoir vécu avec tant d'éclat,de gloire et
d'honneur, ayant été prévôt de Valenciennes en 1316, 1324, 1326, 1330 et 1336,
1er conseiller et receveur général de la province du Hainaut, ayant vu l'inconstante
fortune lui tourner le dos... il lui fut encore permis de mourir dans l'opulence et d'avoir
des obsèques dignes de sa vie...n rapporte entre autres que neuf abbés, vêtus pontificalement, y assistèrent.
Ses obsèques eurent lieu à l'abbaye, en habit de l'ordre de Cluny, avec une pompe
extraordinaire, il fut enseveli dans la chapelle familiale de l'église de St Jean où
reposaient pompeusement les cendres de sa famille ...ais la vie va devenir tellement marâtre pour ses descendants, qu'en 1520, lorsque
cette église fut incendiée, y compris la chapelle des Bernier,l'abbé de St-Jean
voulant la racheter, il ne trouva plus qu'une pauvre femme de village , dernière
descendante de cette antique famille, qui vendit tous ses droits à l'abbaye pour un seul
mencaud de blé.elle est la vicissitude des choses humaines et l'instabilité des biens de ce monde !
La maison qui vit au XIVe siècle tant de nobles convives devint par la suite la
demeure d'un honnête nourrisseur...es salles ou les rois de Bohème et de Navarre savourèrent leur repas furent
transformées en étables, et dans ces lieux où nos dames du moyen-âge exercèrent
le pouvoir de leurs charmes... ne s'entendaient plus alors que les meuglements et bruits
de sabots des généreuses laitières de nos contrées et ne brillaient plus que leur
somptueuses robes crottées....
La guerre de cent ans était passée par là....
*Abbaye, fondée au IXe siècle ultérieurement attachée à Cluny. Elle était installée à
proximité d’une église des VIIe-VIIIe s. où la dépouille de Saulve, évêque martyr, reposa
vers 740.
Bourgeois de Valenciennes 4 Qui était donc ces Jean Bernier?
l faut d'abord noter que les Valenciennois bénéficiaient d'un statut tout à fait
exceptionnel
n effet, à Valenciennes, l'accession à l'état 
de Bourgeois est un privilège qui, suivant la
tradition, remonterait à l'empereur Valentinien
au IVème siècle. Dans le but de faciliter
l'augmentation de la population d'une ville
qu'il avait fait restaurer, celui-ci offrait
l'asile aux serfs étrangers y ayant habité
durant un an et un jour.
Ainsi affranchis, ils pouvaient prétendre à devenir Bourgeois. Leurs seigneurs ayant
laisser écouler ce délai, perdaient leurs droits sur eux...
a famille des Berniers étaient issus de ces familles de Valenciennes que le travail
avait enrichi, au point que ses membres marchaient de pair avec les nobles, de
telle sorte qu'ils étaient plus fiers de ce titre de "bourgeois de Valenciennes",
qu'ils prenaient en toute occasion, que d'un titre de noblesse...
armi ces familles de bourgeois, celle des Bernier, dont trois membres prénommés
Jean, le père, le fils et le petit-fils vivaient comme nous l'avons vu au 14e siècle.
Il ne faudrait cependant pas s'imaginer que les Bernier ne devaient leur renommée qu'à
l'étalage de leurs grandes richesses, au faste et à la magnificence qu'ils déployèrent
en de nombreuses occasions...
Ils la devaient surtout au grand crédit qu'ils
s'étaient acquis par le négoce et le commerce
avec l'Orient et l'Angleterre, et comptaient plusieurs terres à clocher parmis leurs
propriétés, ainsi qu'à la haute considération 
dont on entourait les négociants, à tel point
que sa maison, ainsi que celles des autres
bougeois de la ville, jouissaient du droit
d'asile; aussi, dit l'historien d'Oultreman, "étaient-elles si fortes et bien munies, que
ni le magistrat, ni le prince, n'eussent osé en tirer ceux qui s'y étaient réfugiés".
e privilège fort ancien fut aboli par le comte Guillaume, second du nom, après les
différents qu'il eut avec les Berniers et autres riches bourgeois de Valenciennes
Ces hommes étaient si puissamment riches que de nobles familles recherchaient leur alliance.
Bernier, le père, seigneur de Maing, Thiant, Vicq l'Eschelle et autres lieux, avait épousé
Marie de Nouvion. après avoir été l'un des officiers de Jean d'Avesnes, comte de Hainaut
mort en 1304 , il fit partie du conseil privé de son fils et successeur, Guillaume ler, dit le
Bon.
ean "le jeune" Bernier fut successivement grand bailli du Hainaut, receveur du comté,
et Prévôt-le-Comte*à Valenciennes de 1316 à 1337.Il était en même temps conseiller
pensionnaire de plusieurs rois et princes et notamment du roi de France...
aissons la parole, cette fois encore à notre chroniqueur anonyme qui mêle à son récit
général de nombreux documents empruntés à leurs archives domestiques et ne manque
pas de nous apprendre combien leur influence était grande.....
hy après sont dénommés les princes et les évesques desquels sire Jehan Bernier eult
pensions et qui de leurs conseils estoit.
remièrement, ledit Jehan Bernier estoit pensionnez et avoit gaiges du
roi Philippe de France, et estoit ung des maistres des enquestes à Paris
du parlement et varlet onthier au roy. C'est assavoir que là où ledit Jehan
Bernier estoit, c'estoit celuy seul qui portoit et asseoit l'escuielle devant
le roy, comme il appertenoit, et pourtant l'appelloit on varlet enthier.
Ainssy sy fait les aultres qui en tel manière servent les roys de France
quant les dits varlets enthiers sont où les corps des roys sont. Et avoil
chacun an , ij et (200 ) livres parisis, et délivrance à la court du roy pour
luy et pour sa maisnye.
Item , du roy Edouart d'Englelerre avoit il chacun an annuellement xx livres
à l'estrelin qui vallent C livres tournois monnoy de Haynau.
Item , du roy Jehan de Behaigne, qui de son conseil estoit, il avoit chacun an
ij paires de drapz de troys pièches, et ung millier de fasseaulz et deux
milliers de rames.
Item, du Conte Loys de Flandres, duquel conseil il estoit, audit chacun an
de pension xl livres et draps de troys pièches.
Item, du bon conte Gaillame de Haynau, duquel estoit de son privé conseil,
et avoec ce , grand bailly de Hav nau , et puis fut recepveur dud. Haynau,
et après fut grant temps provost de par Monseigneur led. Conte en sa ville
de Valenchiennes , il avoit draps chacun an de i i j pièches.
Item , du comte Loys de Blois, pour estre de son conseil, il avoit chacun an
ij paires de drapz de i i j pièches.
Item, de l'évesque de Cambray quiconques le fust pour le temps dudit Jehan
Bernier pour la vacquacion de son conseil , il avoit L livres chacun an et ses
drapz de iij pièces.
Item de l'Evesque d'Utrec qui fut de ceulx de Distre , il avoit, pmir être
de son conseil, xl livres par an, et les drapz de iij pièches.
Item, de Monseigneur Jehan de Haynau , conte de Soisson, il avoit iij
pièches de drapz.
Item , de Monseigneur Henry de Flandres, conte de Lodz, jij pièches de
drapz.
Item, de Monseigneur Gallerant de Lingny iij pièches de drapz.
Item, de Monseigneur Robert d'Artois, il avoit pareillement iij pièches
de drapz.
De Monseigneur d'Enghien, iij pièches de drapz.
De Monseigneur Milles de Noyerz iij pièches de drapz.
De Monseigneur de Vornes i i j pièches de drapz.ui font en somme i i ij et xxx livres et xx x vj pièches de draps, avec ung millier
de fasseaulx et deux milliers de rames, sans le baillyaige , provosté de
Valenchiennes, et recepture de Haynau, avoec pluseurs aultres benesces et prouflis
que chacun an il obtenoit.ernier le jeune,Grand bailli du Hainaut — Prevôt-le-Comte à Valenciennes. avait
pour femme, comme nous l'avons vu, damoiselle Billehaut Du Gardin, bourgeois
banneret de Valenciennes, il était un des plus riches marchands de la cité.
Aussi paraissait-il avec pompe 
aux fêtes qui se donnaient alors.
Ainsi fit-il, en 1326, aux fêtes d'Arras ; ainsi, en 1330, à une table ronde réunie
à Paris*. Il y parut conduisant plusieurs autres bourgeois de Valenciennes, parmi
lesquels son fils Jean, tous à cheval, magnifiquement habillés et portant les armes du
Hainaut.
ais ce qui a le plus frappé et a été le plus relaté depuis par nos historiens, fut
le fameux banquet que nous avons vu, où l'on compta six services, où nous avons vu se
confondre les mets les plus rares et les plus raffinés de l'époque où il offrit aussi
de la venaison, des patés juteux et parfumés, puis encore des lamproies, des brochets,
des écrevisses, des pâtés d'anguilles et les fritures les plus appétissantes, les sirops
les plus délicieux, des amandes préparées au miel, du sucre vermeil, du blanc-manger
semé de graines de pommes de Grenade...
ans être noble de race, cette riche famille avait pris des armes et portait
De Gueulée à trois losanges percés d'argent.(à trois macles d'argent)ean Bernier recevait des pensions innombrables pour ses qualités, il aimait les
lettres, peut-être parce que sa femme était parente de Jean Baillehaut, le
lauréat du Puy de Valenciennes; il encourageait les arts, car il faisait venir
d'Allemagne d'élégantes figures en bois, que rongeait secrètement le ver,
image des vanités du monde selon le chroniqueur....
-t-il, seulement un instant, imaginé que les fastes de ce royal banquet allaient
éveiller les plus viles jalousies et lui apporter de bien amers lendemains....
*"prévôt-le-comte". Cette fonction, particulière à Valenciennes et dans le Comté de
Hainaut, jouait le rôle de ministère public et le Magistrat rendait sa décision.
L'exécution de la sentence, elle, était de la compétence du prévôt comtal et les
dépenses occasionnées (épreuve de la question et peine capitale) étaient reprises
dans la comptabilité de la prévôté-le-comte de Valenciennes. Par ailleurs, la cour
prévôtale condamnait de présumés sorciers au moyen d'apaisements, enregistrés parmi
ses recettes de justice. Le dépouillement de la comptabilité de la prévôté-le-comte,
source jusqu'ici inexploitée, permet d'avancer la date des premiers procès de
sorcellerie connus dans le Nord de la France.Toutes les condamnations pour sorcellerie
en fait la pratique de sortilèges, se situent entre 1350 et 1378, une période
particulièrement troublée dans l'histoire du Hainaut. D'autres procès ont peut-être
précédé, mais faute de sources comptables conservées, on ne peut l'affirmer. Quant
au siècle suivant, il ne semble pas avoir connu de telles poursuites. Catherine Pavot
* la Table ronde à Paris était une corporation des chevaliers, membres de la confrérie
en question, qui participaient aux tournois en présence de nombreux chevaliers venus
de toute la France.
Bourgeois de Valenciennes 3 le menu de Jean Bernier
Voici donc nos illustres convives qui arrivent 
chez Jean Bernier, sans doute a-t-il jetté un
dernier regard pour verifier que tout est
parfait, le voici qui accueille et accompagne
ses hôtes à la place qui leur est expressément
attribuée...
Nous l'avons vu et bien compris, le plan de la
table où sont placés les convives suit le respect
absolu d'une hiérarchie sociale tout comme
l'ordre des services dépend de cet ordre social.
Gare à qui se méprendrait et s'octroierait une place qui ne serait pas celle de sa condition
ou de son rang...
La table médiévale est le reflet de la société...
On s'y attable pour y être vu et conforter ainsi son statut. Tout y est étiquette, codes de
savoir-vivre et démonstrations de pouvoirs....
Il nous faut ici, avoir une pensée pour les communs
nul doute que la cuisine soit affairée, pleine du
bourdonnement du labeur et bien outillée,
"il y fault poz, paelles, chaudirons, gramaux
(crémaillères) rostiers, sauserons, broches de fer,
hastes de fust, chroches hanes, car ce ne fust
l'en s'ardist la main a saichier, lardouere fault
et cheminons petail, mortier, aulx et oignons,
estamine, paelle trouée pour plus tost faire la
porée, cuilliers grandes, cuilliers petites, crétine (morceau de lard) pour les
leschefrites, aler souvent quérir au four longue pelle fault a retour qui
dessous le rost sera mise et si convient, quand je n'advise pos de terre pour les potaiges
et encore est-ce les usaiges d'avoir granz cousteaulx pour les queus"...
egardez comme la cheminée ronronne des bouffées rougeoyantes et odorantes...
les fumets les plus savoureux s'en exalent, voyez comment, de l'éplucheur au rôtisseur,
en passant par le patissier.. chacun y a son poste qui suit, lui aussi, une hiérarchie
bien comprise, afin que rien ne puisse entraver le ballet parfaitement ordonnancé des plats...e festin se composa de plusieurs services, construits chacun de plusieurs plats, souvent
servis ensemble, en portions communes et non pas en parts individuelles.
n sait que Jean Bernier le jeune, fit office de maître d'hôtel,un, voire plusieurs
"écuyers tranchants" un échanson (5) les écuyers, les pages de ces messieurs aussi
sans doute, ainsi qu'un grand nombre de "varlets"s devaient le seconder, on verra des
musiciens déambuler, les chiens attendre l'os qu'on ne manquera pas de leur lancer...
Les mets liquides disposés en des plats de terre ou de dinanderie (1) finement
ciselée, avec des "cuillers", les autres plats seront servis sur d’épaisses
tranches de pain ou « tranchoirs » eux-mêmes posés sur des "tailloirs"
d'étain (4), on mange avec les doigts, – ce qui obligera à se laver les mains
entre les services.
C'est pourquoi des serviteurs circulent munis de bassins à laver et de riches
aquamaniles pleines d’eau aromatisée, et pendant que l’un versait, l’autre
présentait au convive une « tonaille » ou serviette pour s’essuyer.
Il était coutume d’apporter un couteau privé au dîner
et lorsqu’il n’y avait pas assez de couteaux, on en partageait avec
les voisins...sauf la haute noblesse ou les invités les plus importants...
on peut donc supposer que Jean Bernier en avait fait disposer au tranchant aigu et
artistiquement travaillés devant ses hôtes couronnés...
es plats sont posés sur la table par un « asséeur », assisté de varlets qui enlevaient
les restes et les remettaient aux écuyers de cuisine
Les vins sont servis dans des aiguières en dinanderie (1) ciselée art mosan ayant
atteint une véritable perfection au fils des siècles
On boit dans des coupes appelées Mazer ou dans des hanaps (2),
sans doute notre Jean Bernier avait-il offert à boire
de son vin le meilleur dans des cornes à boire (3)
vant toutes choses, on se lava les mains avec une décoction
de plantes parfumées versée par les becs ouvrés
d'aquamaniles somptueux, représentant peut-être des
animaux fantastiques.
Mais revenons à notre chroniqueur anonyme..
laissons le nous narrer le faste de ce menu royal...
hy après sont dénommés et escrips les metz et les entre-metz et les sortes
des vins dont on servy les princes et les seigneurs et les damoiselles qui sont
dessus nommez".
"Le premier metz d'assise fut de grues et de venoison de cerfz; et les entremez furent
de lamproyes (6) semées de claux de girouffle et sausse
appertenant à celuy entremetz ; et avoit envoyé les
lamproyes ung qui s'appelloit Nicolaz Muchet bourgois de Paris,
poissonnier du roy Philippe de France, audit Jehan Bernier dont
nous faisons mencion".
"Le second mès d'assise fut de rost de paons, de coqz lymoges, de perdris, de haïrons,
de butors et de connins (7); et saulses appertenans a telz metz ; et les entremetz
furent de luz (8) fondis."Imaginez...un paon tout emplumé (9), flanqué de hérons...
porté sur un brancard par deux écuyers faire
triomphalement son entrée au son des cornemuses et de
l’olifant, précédé et suivi de joueurs de musique et de
porteurs de torches,...
Il ne sera livré à l’écuyer tranchant qu’après avoir
accompli sa promenade triomphale par la salle et les
haltes devant "oncques" plus haults convives
L’assistance éclate en vivats frénétiques devant ce chef-d’œuvre culinaire
e tierch més d'assise fut du blanc mengier et d'un vermeil , tout en une escuielle.
Le blanc semé de chucre et de grains de pommes de Grenade ; et le vermeil de
chucre et d'amandes frittes en miel, et l'entremetz fut de gellée de plusieurs poissons.
e quatriesme metz d'assise fut de locs (loches, se vendaient à la chopine soit
environ 120) , frittes au vert aillet; et l'entremetz fut de pastez de siros et de
pastez d'anguilles".
e cinquiesme metz d'assise fut de pricques en galentine; et l'entremetz fut de
friture de pippetz farssis de crespes , et sur cet entremetz paons eslevez et
hayrons et coqz lymoges".
'sisiesme melz d'assise fut de creniches et l'entremetz fut de hurres de senglerz
enthières, et fritures qu'on décoppa par trenches pour mettre devant les
seigneurs, et sausses appertenans à telz metz."(10)
Les plats défilent et ils sont innombrables...
Groupés dans un coin, les jongleurs jouent leurs plus beaux
morceaux, font quelques tours pour attirer
l'attention.
C'est seulement à la fin du repas que l'on commence
à chanter et à conter...
Puis on passe aux chansons à boire. Et celles-ci sont
assez gaillardes, car nos aïeux ne détestaient pas le
mot cru et les femmes ne s'effarouchaient point des
grivoiseries...
Et après figues et nepples de Saiht-Liévin , et tantost
après on servy de claré et du rond mestier;
t furent les seigneurs servis de six sortes et manières de vins...
que sire Jehan Bernier devant nommé avoit en sa maison de provéance
c'est assavoir:in de Saint-Jangon*, cette appellation qui appartenait probablement aux moines
venait d'un village situé dans le comté de Mâcon (à cette époque du domaine royal)
il est cité à plusieurs reprises dans le traité de paix signé entre Charles VII et le duc
de Bourgogne à Arrasin d'Aussoirre, (Auxerre) par vin d'Auxerre il faut à cette époque, entendre
tous les vins de l'Yonne et de la Basse Bourgogne;Auxerre, Vezlay, Tonnerre,
Chablis, Irancy etc....essentiellement vin blanc, il faut à ce titre rappeler que le
Chablis est, encore aujourd'hui, un cru réputé, Ces vins étaient moins forts en alcool et
de transport plus facile, au XIIIème siècle, il est cité à Arras dans "le jeu de St Nicolas
de Jean Bodel" "Chaïens fait bon disner, chaiens! Chi a caut pain et caus herens, Et vin
d'Aucherre à plein tonnel! ou on le déguste avec pain et harengs chauds....in de Beaune de qui dès le XIIe siècle, Beaune doit sa renommée au commerce
des vinst vin de Rin, La culture de la vigne dans cette région a débuté après la conquête
romaine, au Moyen-Âge, le Rhin servait de voie de commercialisation vers les pays
nordiques. Au XVI siècle, la réputation de ces vins était déjà considérablet "le VIème et plus espécial fut vin de Tubranne de quoy on servy avoec le
premier metz ; et en avoit ledit sire Jehan Bernier adont le fust d'une pippe de
Rin toutte plaine dud. Tubranne qu'il avoit gardé par pluseurs années, lequel sire Jehan
Bernier servit les seigneurs , et assist les escuielles devant les princes, c'est assavoir
Jehan Bernier, fils de Jehan Bernier, qui avoit espousé Madamoiselle de Braffe , de
laquelle il estoit fils".ar c'était un honneur que de servir à table une personne de condition plus élevée
que la sienne...Afin de permettre que l'on goûtât sans se fatiguer
l'estomac de tout ce qui paraissait à table, ces
festins étaient, à des intervalles égaux, interrom-
pus par des intermèdes que, dans le langage du
temps, on appelait entremets qui se traduisaient
en joyeux ébats et devis des jongleurs, ménestrels
et troubadours.
1)La dinanderie proprement dite fut pratiquée au début du XIe siècle dans la vallée de la
Meuse, d'abord à Huy puis à Dinant (ville d'où cette discipline tire son nom). Elle est
probablement à l'origine d'une importante tradition d'orfèvrerie liturgique qui se
répand dans tout le pays mosan et belge, elle produit outre des aiguières, des châsses,
reliquaires, croix, reliures d'une grande richesse (art mosan).La renommée et la qualité
des produits issus de cette industrie fut telle que les marchants batteurs dinantais
entrèrent dans la ligue hanséatique, sorte de puissante confédération politico-commerciale
des villes rhénanes. Il est à noter qu'afin d’écouler leurs produits sur les marchés anglais,
ils possédaient une halle, dès 1329, à Londres.
2)Le mazer est un récipient en bois ou métal (argent) de forme
hémisphérique plus ou moins aplatie, monté ou pas sur un pied et
muni ou non d’anses. Dans certains cas, le récipient peut-être équipé d’un couvercle ; on
parle alors d’un hanap.
3)Le symbolisme de la corne est celui de la puissance, mais
également de la richesse et de la force guerrière.
4)Les "tranchoirs" sont de grandes tranches de pain épaisses
qui servent d'assiettes, elles ne se mangent pas. Les "tailloirs"
sont des plaques en bois ou en métal sur lesquelles étaient
posés les "tranchoirs"
5)Les carafes de vin, souvent en métal, ne sont pas laissées sur la table à la disposition
des convives l'échanson s’occupe du service du vin.
6)À la fin du Moyen Âge , elles constituent un produit rare, un luxe.
7)Connins : lapins
8)Luz : brochet
9)Au lieu de plumer l’oiseau, on retire délicatement sa peau sans en détacher les plumes
et, une fois farci et cuit, on le présente « rhabillé » pour servir.
10)Les plus connues parvenues jusqu'à nous sont: la saulce cameline une des grandes sauces
médiévales, onctueuse et épaissie à la mie de pain, très épicée (gingembre, cannelle, safran,
muscade et vin).De la cameline sorte de plante grasse, on tirait une huile qui donnait aux
aliments une saveur très recherchée etsaulce de trahison Sauce sucrée/salée (vin, vinaigre,
sucre, moutarde, etc.).
Sur les vins
*Vin de Saint Jangon, chroniques et mémoires sur l'histoire de France:
Les grands vins de Beaune produits sur les côtes de la vallée de la Saône, les plus prisés
dans tout l'Occident au Moyen Age, ne parvenaient qu'en petites quantités aux Pays-Bas.
Ils étaient réservés aux princes. M. Craeybeckx montre bien que du temps de Philippe
le Hardi ce dernier saisit toutes les occasions d'en faire venir dans son comté de Flandre,
mais il ne démontre pas que les vins de Haute Bourgogne aient trouvé un débouché plus
important aux Pays-Bas parce que les ducs de Bourgogne étaient comtes de Flandre.
Le problème reste posé : il semble que les ducs aient surtout répandu le renom des grands
vins de leur duché
Le renouveau commercial renaît au 11e siècle, largement aidé par l’apparition des grandes
villes des Flandres. Les riches marchands aiment boire beaucoup de vin, et le font savoir,
afin d’asseoir leur prestige de classe. Des gildes (associations de défense des intérêts
communs) se forment, et des « assemblées où l’on boit » (potationes) réunissent les
burgenses (bourgeois), qui se distinguent avant tous des paysans par leur accès au vin.
En somme, boire, c’est hype à l’époque.
Cette demande en vin de la part de consommateurs opulents (des Flandres, d’Angleterre
et des pays baltiques), importante aux 12e et 13e, eut des répercussions jusqu’au 19e
siècle car elle favorisa grandement la culture de la vigne, y compris en des contrées
méridionales éloignées comme la Bourgogne ou la Gascogne.
Au XVIe siècle la consommation moyenne du vin était dans les Pays Bas de l'ordre de 20
litres par personne et par an et de ces 20 litres 60 % au moins provenaient de France ;
naturellement certaines classes de la société en consommaient davantage que d'autres :
princes, clercs et bourgeois en absorbaient sans doute 50 litres et plus tandis que la
plupart des artisans et les paysans ne connaissaient que la bière. Ces chiffres diligemment
déduits à partir des documents paraissent assurés.
De ces vins consommés en quantité à peu près constante par les habitants des Pays Bas du
Xème au XVIe siècle, tout se passe comme si le tiers environ était constitué de vins du Rhin,
le tiers de vins de l'Ile de France et de Bourgogne, le tiers de vins des pays du sud-ouest,
Aunis et Gascogne.
On retrace avec grande précision les modes d'importation des deux grandes catégories de
vins de France consommés aux Pays-Bas. Les vins du grand vignoble d'Auxerre et ceux de
l'abondant vignoble de la région parisienne descendaient l'Yonne et la Seine jusqu'au
confluent de l'Oise; de ce" point, ils gagnaient les Pays-Bas par deux itinéraires différents
3 ou bien ils poursuivaient leur route sur la Seine par bateau jusqu'à Rouen d'où des
navires de mer les portaient à Saint-Omer, à Ypres et surtout à Damme du xme au xve siècle
à Middelbourg et de là à Anvers au xvie siècle ; ou bien ils remontaient le cours de l'Oise
jusqu'à Compiègne où ils étaient chargés sur des chariots qui, par Bapaume, gagnaient Arras,
Lille, Douai et Tournai et les autres villes d'étape qui les répartissaient dans la contrée :
de Douai ou de Tournai la Scarpe et l'Escaut les portaient jusqu'à Gand.
Les vins du Laonnais, du Soissonnais et de Champagne voyageaient exclusivement par chariots:
ils gagnaient par Saint-Quentin le Hainaut où Valenciennes et Mons étaient les principales
villes d'étape.
Qu'ils circulent en tonneaux sur les gribanes de la Somme ou par char à 8 cheveaux,
charettes à 4, ou en outres au dos des bêtes de somme, les vins sont taxés au péages que nous
connaissons depuis le XIIème siècle.On peut estimer de 10 à 15 % le poids des taxes en sus
du prix à la mise en vente, auxquels il faut encore ajouter le prix de l'aide attesté depuis le
XIème siècle. le montant total peut ainsi être estimé une somme suffisamment élevée pour
justifier les procés et innombrables privilèges d'exemption arrachés par l'église et nombre
de puissants...
S.Lebeck indique par exemple des exemptions obtenues à partir de 1139 pour Vaucelles,
Saint Quentin, Ham, Ribémont, Guines, Nesles, St Omer, Avesnes et Valenciennes...
Quel que soit le prix des diverses qualités importées, le vin est une marchandise chère :
en règle générale, la cargaison vaut plus que le bateau qui la porte et le prix du fret
équivaut au tiers de la valeur de la cargaison. Le vin constitue à tel point le chargement
idéal pour un bateau qu'à partir des Rôles d'Oléron l'habitude s'est prise de définir la
capacité d'un navire par le nombre de tonneaux qu'il pouvait porter : cet usage des marines
atlantiques est peu à peu devenu universel...
Bourgeois de Valenciennes 2 Les convives du banquet de Jean Bernier
"Et tandis que le bon conte Guillame de Haynault, de Holande et de Zélande le père...
gisoit travilliés de gouttes"
remièrement séytent à table. 6 couples.
1) Henri de Flandre, comte de Lodes, fils de Guy de Dampierre et Isabelle du
Luxembourg, et demoiselle Marie de Nouvion (porte de gueules à une garde ou étrille d'or
surmonté de 2 besants en chef de même), espouse de Jean Bernier dit d'Avesnes, le père,
Prévôt le comte, 1er conseiller receveur général de la province.
2)Jean de Luxembourg, roi de Bohème, pas encore aveugle à cette époque, il paraît tantôt
comme prêteur, tantôt comme emprunteur dans divers actes du Cartulaire de Liège et de
Malines....
et demoiselle Catherine de le Croix (d'azur au sautoir d'or),fille de Jean, seigneur de Croix,
épouse de Pierron le Poyvre qui était d'une famille originaire de Champagne qui possédait la
baronnie du même nom sur la route de Vitry, lieutenant prévôt de Valenciennes en ? porte de
gueules au sautoir d'or chargé de 5 merlettes d'azur.
3)Monseigneur Philippe d'Evreux, roi de Navarre,et demoiselle Isabelle de Baissy (de gueules au chef d'argent au léopard d'azur sur
le canton dextre du chef) femme de sire Simon Dugardin seigneur du Vivier
lequel porte d'azur à l'arbre arraché d'or, il était veuf en premier mariage
d'Isabelle de Pronville.
4)L'autoritaire Adolf de la Marck , prince-évêque de Liège, c'est lui qui 10 ans plus tard
autorisera la création du Tribunal des XXII, consacrant le principe de la responsabilité de
tous les fonctionnaires publics...
et demoiselle Isabelle de Baralles (d'or à la fasce d'azur chargée de 3 étoiles de
six raies d'or) femme de sire Amaury de la Vigne seigneur d'Escaupont sur l'Escaut,

fils de Raoul lieutenant d'Oisy et Agnès de la Salle, il fut 9 fois prévôt de
Valenciennes, en 1306, 1309, 1312, 1315, 1322, 1325, 1328, 1331 et 1334
5)Monseigneur Louis de Nevers , comte de Flandres, qui fut si fidèle au roi de France qu'il
se fit hair du peuple flamand...
et demoiselle Maigne de Pronville, fille d'Aubert (de sinople à la croix engrélée
d'argent), femme de Jean de Quaroube,prévost de Valenciennes en 1318, 1323,

1324, 1327, 1330, 1333 et 1336, fils de Landry/Lambert porte d'azur au sautoir
d'argent accompagné de 4 macles de même.
6)Monseigneur Renaud , duc de Gueldre, comte de Zutphen, mari de Aliénor d'Angleterre,
la fille d'Edouard II roi d'Angleterre et d'Isabelle de France
et demoiselle Maigne A-Le-Taque , femme de sire Jacques Gouchez seigneur de
Pont-Raoul, prévôt de Valenciennes en 1332 et 1335 porte de sinople à l'aigle
d'or à la bordure endentée et camponnée d'argent et de gueules.la seconde Table. 5 couples.
1)Monseigneur Guillaume, comte de Juliers gendre du bon comte Guillaume par son
mariage avec Jeanne de Hainaut
et "demprès lui", demoiselle Isabeau de Braffe (d'azur à un léopard marchant d'or semé de
croix recroisetées et fichées de même )qui mourut en 1363, femme de Jean
Bernier le jeune dit "le moyen" qui mourut à Tournay en 1341 .
2)Monseigneur Jean de Hainaut, seigneur de Beaumont et comte de Soissons, frère du
comte Guillaume, oncle de la reine d'Angleterre Philippe
et Maigne de Hesques (d'azur au dragon d'or), femme de Jean de Baissy, qui
fut échevin de Valenciennes en 1320, 1321 1327, 1330 et 1333, prévôt en 1340,
1343, porte de gueules au chef d'argent au léopard d'azur sur le canton
dextre du chef. Il devait son nom au village de Bachy près de Cysoing. Issu
d'une des familles les plus considérables de Valenciennes il avait pris part
en 1331 au tournoi des Trente-et-un Rois.Une de ses sœurs est placée près du roi de
Navarre une autre près du comte de Nassau.
3)Monseigneur Jean, comte de Namur, seigneur de l'écluse où 6 ans plus tard se deroulera
la fameuse bataille navale franco-anglaise

et "ensievant" lui madame Marie Bernier dame de le Celle, fille de Jean le père,
épouse de Jacques du Sars, peut-être de cette famille "Baraf" une 
branche parfois dite batarde de la maison de Ligne, qui porte d'azur à 3 lions
d'argent couronnés d'or.
4)Gerlier 1er comte de Nassau-Wiesbaden fils d'Adolphe de Nassau Roi des romains du
Saint-Empire qui régna de 1292 à 1298 et d'Imagina zu Isemburg-Limburg.
Auprès de lui mademoiselle Marie de Baissy (de gueules au chef d'argent au léopard d'azur
sur le canton dextre du chef), femme de Jean Party l'aisné porte d'or au lion 
de sable armé et lampassé de gueules écartelé de vair dont le fils Jean présent
lui aussi fut plusieurs fois prévôt de Valenciennes en 1364, 1367, 1374,1377,
1380,1383, 1386 reçut le 26 octobre 1391 "pardon" du comte Guillaume d'Ostrevent.
Ce couple est enseveli au Cordeliers de Valenciennes et reçu pour épitaphe
"Chy gist Jean Party l'aisnet ky trespassa l'an 1339 le 13ème jour de janvier priées Dieu
pour s'ame, chy gist Marie de Baissi espouse au dit Jean Party laquelle trespassa l'an 1342
le 6ème jour d'août priés Dieu pour s'ame"
5)Monseigneur Jean comte de Grantpré, marié à Marguerite de Sully fille d'Henri,
Grand Bouteillé de France
et madamoiselle Margueritte Creste, femme de Jaques Le Cochon.
e la tierche table et de l'ordonnance d'ycelle.
7 couples.
La comtesse de Hainaut, Jeanne de Valois, épouse du comte Guillaume-le-Bon. Encore que
selon les ouvrages compulsés, elle ne soit pas toujours dite présente à ce banquet...
1)Monseigneur Guillaume, alors damoisel de Hainaut (fils ainé du comte Guillaume), puis
comte d'Ostrevant, sera successeur de son père
et Isabelle de Saint-Saulve (d'azur à trois marteaux d'argent, à la bordure
de gueules semée de besans d'or), femme de Jean le Vilain porte d'azur
à trois macles d'argent posés deux et un.
2)Monseigneur Gérard de Voorne burgrave de Zélande, écuyer, homme du comte
( Voorne insula, Isle de Hollande En Zélande, le comte aurait confié la chatellenie à la
famille de Voorne, propriétaire d'une grosse seigneurie située en marge et quasi
indépendante de sa principauté.
Il espérait ainsi gagner ce lignage à la cause hollandaise. Il se serait toutefois gardé de
donner un contenu réel à la fonction. Aux XIIIne et XIVe siècles, les Voorne jouent un
rôle influent dans l'entourage comtal uniquement en leur qualité de membres de
l'aristocratie foncière et non en vertu de leur office. D'ailleurs, des baillis révocables
exercent au xme siècle en Zélande des droits de justice bien plus considérables que ceux
du châtelain.) Epoux de Heilwig de Borsselen puis de Elisabeth de Clèves,le 28 novembre
1328, il avait renoncé avec Aubert, son fils, à tout ce qu'ils pouvaient réclamer au comte
du fait du burgraviat de ce pays et à d'autres titres. (Devillers, Carlulaire du Hamaut
sud de Reiffenberg, Monuments, t. III, p. 210) Il avait marié son dit fils Aubert à
Mathilde de Quabeke mariage dont il était résulté une terrible guerre de familles, dont
on ne devine pas bien les motifs... la vie à plus de soixante personnes, en fut la conséquence.
Si bien que le pape Jean XXII, sollicité par le roi de France, s'était fait un devoir
d'intervenir, pour déclarer par une lettre du 21 novembre 1325 la validité du mariage et
la légitimité des enfants à naître (Fayen, 11, n* I66().Il portait de Gueules au léopard
lionné d'or, armé d'azur et d'argent, lampassé d'azur et mourut en 1337
et Isabelle de le Sauch fille de Nicaise porte d'or à l'aigle becquée et membrée
de gueules, femme de Wauquier de Hesques porte d'azur au griffon d'or.
3)Monseigneur Wauthier III d'Enghienet madamoiselle Bilehault Dugardin d'azur à l'arbre arraché de 5 racines,
5 branches d'or fille de Simon sieur du Vivier qui testa à Valenciennes en 1315
et d'Isabelle de Baissy sa seconde épouse, épouse de Jean Bernier 
"le maisné" 2ème fils de Jean le père.
4)Monseigneur Jean de Henin-Lietard seigneur de Boussu gentilhomme de la chambre de
l'Empereur, qui fut institué héritier de la seigneurie de Boussu par son cousin germain Jean
fils de Baudouin le Borgne. Mort le 5 octobre 1379, il avait épousé Jeanne de Rochefort en
Ardennes, Portait de gueules barré d'or
et madamoiselle Marguerite de Condé, femme de Nicaise de le Sauch qui porte d'or à l'aigle
d'azur becquée et membrée de gueules.
4)Henry, seigneur d'Antoing,et madamoiselle Ysabelle le Villains (d'azur à trois macles d'argent) , femme
de Robert Party, porte d'or au lion de sable armé et lampassé 
de gueules écartelé de vair.
5)Monseigneur Jean de Guistelles, seigneurs du dit lieu, chambellan de Flandre, occis à la
bataille de Crecy le 26 août 1346, portait de gueules au chevron d'hermine accompagné de
trois molettes d'argent, il avait épousé Marie d' Haveskerke dame héritière de Strate
et madamoiselle Isabelle de Hesques (d'azur au griffon d'or), femme de Thierry
de Somaing porte d'argent au lion de gueules armés, lampassés d'azur à la
bordure engrélée de même, il mourut en Castille au service du duc de Lancastre.
6)Monseigneur d'Augimont, c'est par son moyen que Jeanne de Valois, soeur du roi de
France Philippe VI, mère du comte de Hainaut Guillaume, belle mère du roi d'Angleterre
Edouard III, obtint leurs consentements pour une conférence entre les députés des parties,
cette conférence de 3 jours se termina par la signature d'une trève jusqu'à la st Jean
Baptiste suivante, le 20 septembre les ennemis (Anglais et Ecossais) décampaient du siège
de Tournai, le roi entra dans Tournai, marqua aux commandans & aux soldats la satisfaction
qu'il avoit de leur conduite : & pour témoigner aux habitans combien il étoit content de leur
fidélité, il leur rendit leurs privilèges. II rétablit la justice de la maison de ville, leur permit
d'élire des prévôts et des jurés selon leurs anciens usages, leur confia à eux-mêmes la garde
de leur ville, sans leur donner de gouverneurs François, comme ils en avoient toujours eu
depuis plusieurs, années, puis après avoir mis ordre à tout, congédia son armée,
et revint à Paris.
et madamoiselle Agnès de Landau (fascé de dix pièces d'argent et de gueules), femme de
Jean Dugardin fils de Nicolas et Marguerite Gribert, porte d'azur à l'arbre 
arraché de 5 racines et de 5 rameaux d'or, prévôt de Valenciennes en 1334,
1338, 1341 et 1345
e la quatriesme table et de ceulx qui y furent assis. 7 couples.
1)Monseigneur d'Ercleet madamoiselle Isabelle Dugardin, soeur de Jean (vu table 3),
femme de Pierre de Baralles porte d'or à la fasce d'azur chargée
de trois étoiles à six rais d'or.
2)Monseigneur de Barbançon, seigneur de Jeumont qui porte d'argent à trois lions de
gueules armés lampassés et couronnés d'or,
et madamoiselle Marie de le Cauchie (d'or fretté de gueules, semé de lions d'azur),
épouse de Jacques le Villain .
3)Monseigneur de Prath
et madamoiselle Philippe Dugardin , femme de Jeau le Cochon porte d'azur à
trois corps d'or barré de gueules
4)Monseigneur de Fagnoelleset après lui madamoiselle Maigne Brochon d'azur semé de croix recroisettées et
fichées d'or un léopard rampant de même brochant sur le tout, du château St Jehan.
5)Monseigneur Jean de la Hamayde seigneur du dit lieu, de Condé et de Renaix porte d'or
à trois hamaïdes de gueules, marié à Wasiera dame héritière de Wingléet madamoiselle Maigne Pollé, fille de Jean Pollé prévôt de Valenciennes en 1338,
1346, portent de Sinople au sautoir d'or accompagné de 4 aiglons de même .
6)Monseigneur Gérard II d'Enghien-Havré, seigneur d'Havrech (Havré)de Rhode et
Bienvenes, châtelain de Mons, décédé en mars 1361.
et madamoiselle Isabelle le Cambgeur ou Changeur dite aussi Lamelin
porte de sable semé de lys d'or, dit aussi péan plein, épouse
De Georges Hack, elle se fit religieuse après le décés de son époux
en 1370 morte le 12 juillet 1384 inhumée église des Récollets avec
pour épitaphe "Chy gist Demiselle Isabeau de Cambgier dit Lamelin, qui fut femme de Georges Hac et
fut soeur de Saint Françoise à la mort et qui trespassa l'an 1384 le 12ème jour de juillet
priez pour s'ame"
7)Monseigneur Guillaume baron de Hornes et d'Althena, seigneur de Garsberck etc, il fut
privé d'Althena par Guillaume de Hainaut, lequel avait acheté la souveraineté de Thierry
comte de Clèves dont le sire de Hornes était le gendre. Conjointement avec Adolphe,évéque
de Liège, Louis, comte de Looz, Henri de Lewenberg et Arnold de Steyn, il termina,
le 13 mars 1331, par un acte d'arbitrage, les différends qui s'étaient élevés entre Thierri II,
sire de Heynsberg et Jean de Heynsberg, son frère, au sujet du partage des biens délaissés
par leurs parents, il portait d'or à trois trompes de gueules virollées et enguichées d'argent,
décédé en 1342. C'est de cette famille illustre que sortaient les Régnier, premiers comtes
du Hainaut, ainsi que les comtes de Looz.
et madamoiselle Isabelle Brocquette , femme de Jean de Werchin porte d'azur semé de
billettes d'argent un lion de même, armé et lampassé de gueules brochant sur le tout,
"maistre-keux" du comte Guillaume, (un espace vrai mais complexe est celui du maître
queux d'une grande maison qui est essentiellement une fonction politique...)
e la cinquiesme table où il n'y etit fors que hommes..
Monseigneur Jacques d'Angimont,
Monseigneur de Gommegnies,Monseigneur Olyfart de Ghistelles porte de gueules au chevron d'hermine
accompagné de trois molettes d'argent ,
Monseigneur Henry de gavre, seigneur de Liedekerke porte de gueules à 
trois lions d'or couronnés d'argent,
Monseigneur Henry de Brederode seigneur de Bréderode dont le chateau ancestral
est en Hollande porte écartelé au 1 et 4 d'or au lion de gueules armé et lampassé d'azur,
au 2 et 3 d'argent au lion de gueules armé et lampassé d'azur ;
Monseigneur Guillaume de Jausse seigneur de Mastaing, Sassegnies, et Hannoy en Artois,
mort en 1388 de gueules à la fasce d'or au chef vivré de même,
Monseigneur Jean de Liseroelles.

Monseigneur de Pottes burelé d'argent et d'azur de dix pièces, une cotice de
gueules chargées de trois aiglons d'or brochant sur le tout
t enfin la 6e table. (10 bourgeois).
Amaury de le Vigne déjà cité ,
Jean de Quaroube déjà cité
Allard Dugardin ,
Jean de le Sauch ,
Jacques Gouchez déjà cité
Jean Pollé,
Jean de Baissy déjà cité
Jacques le Changeur
Pierre le Poivre déjà cité
et Jean Party dont l'épitaphe est si élogieuse,
"Chy gist lÿbon Jean Party, ly noble bourgois qui partis, fut de grand science son temps,
car sage prudhomes sontans, fut toujours tant qui fut en vie, quoy sur luy et mainte envie
de mainte noble homme aimés, et mainte heure à la joûte armés, Riche fut et de noble à tour,
plusieurs grans festes four jousta, mais la mort à lui sajousta, dont tout laissa rentes et
cliens, droit en l'an mil quatre cent quatre, le 23ème jour d'avril priés Dieu pour luy,
chy gist le bon jean Party, fils de noble homme jean Party et de la bonne noble Dame,
marie de Baissy dame, saige su prendont en son tems, à noble oeuvres mettoit son tems,
toujours autant quel fut en vie, quoi sur lui eut mainte envie de maintes nobles hommes
il fut aimés, et maint jour à la joute armés, riche fut et noble à tour plusieurs grans
festes fort jousta mais la mort à lui s'ajouta, droit en l'an 1404 le 23e jour sans rabattre,
au mois d'avril, vuillez priez pour luy et pour tous trespassez"....
Ces Notables habitants étaient les pères et les maris des dames des quatre premières tables.
Jean Bernier le Jeune servait en qualité de maître d'hôtel.
Bourgeois de Valenciennes 1, Jean Bernier
Nous sommes à Valenciennes en l'an 1333...
orsqu'on parle aujourd'hui des Bourgeois, on a quelques difficultés à imaginer la
richesse et l'importance de ces notables en des époques reculées....
Cependant le fait suivant peut nous éclairer sur l'ampleur des moyens qu'avaient certains
bourgeois de la noble et franche ville de Valenciennes au moyen-âge.
L 'an 1333, vers la Chandeleur, le comte de Flandre Louis de Nevers, armant pour faire la
guerre au duc de Brabant, se rendit avec tous ses confédérés à Valenciennes , pour y
parlementer avec le comte Guillaume de Hainaut.
Malheureusement, Guillaume souffrant abominablement d'une crise de goutte, était contraint
de rester alité en son palais de la Salle-le-Comte...
l requit Jean Bernier, le fils de son Prévôt Jean Bernier d'Avesnes, notable et riche
bourgeois de Valenciennes, de "recepvoyr et festyer" les princes et seigneurs ses
cousins et amis dans sa belle maison sise à la Hamayde, devant le pont de St Pol.
Alors que cette belle compagnie allait passer à table , le roi de Navarre , Philippe d'Evreux,
arriva en ville et descendit à l'hôtellerie du Cygne. Jean Bernier prévenu, s'empressa d'aller
supplier Sa Majesté navarroise de bien vouloir honorer de sa présence sa maison et les
princes qui s'y trouveraient réunis.
Le roi, apprenant la maladie du comte Guillaume, pensa sans doute qu'il valait encore mieux
diner chez un bourgeois que de diner au régime du comte voire...pas diner pas du tout...
Il accepta l'invitation et, parait-il, ne le regretta point...
ernier, en effet, s'étant piqué d'honneur, régala avec une magnificence vraiment royale
cette auguste assemblée , composée de deux rois, de huit comtes souverains, de vingt-
quatre des premiers seigneurs de la contrée et des dix plus notables bourgeois de la ville...

Chaque convive , roi ou duc , gentilhomme ou vilain, avait à ses côtés une
Valenciennoise, qu'on avait eu le soin de prendre parmi les plus distin-
guées et peut-être les plus jolies...
Gageons que cette galanterie ne fut, sans doute pas la moins appréciée
par les têtes couronnées et les preux chevaliers qui les accompagnaient.
es temps nous ont conservé les "récits d'un bourgeois de Valenciennes"
d'un chroniqueur anonyme de l'époque relatant non seulement la composition des tables,
mais aussi celle des mets et les noms des vins qui désaltérèrent ces nobles convives.
Du temps même de l'historien Valenciennois, Henri d'Oultreman qui l'écrit plus de deux
siècles plus tard, "la mémoire de ce banquet estoit encore aussi fresche, comme s'il n'y eust
que vingt ans que la chose fust passée".
Il parait que ce souvenir du "très riche très excellent et très
somptueux bancquet" que fist Jehan Bernier, bourgeois banneret de
Valenciennes, pour l'honneur de son seigneur et maistre le comte
Guillame de Haynau"...se fut surtout perpétué par les dames...
Nous ne pouvons que faire des conjectures et nous borner à consigner
ici les noms des illustres dineurs et ....
de leurs jolies voisines....

ais d'abord, plantons le décor...
Nous savons que l'événement se déroula dans la maison de Jean Bernier, il faut donc que la
Salle fut suffisamment vaste et confortable pour y recevoir autant de monde à un moment
aussi précoce de l'année...en effet, à la chandeleur, en février, il fait encore froid dans nos
contrées...
Il faut donc imaginer un, voire deux vastes foyers, probablement alimentés tout le long du
banquet, des chaufferettes de cuivre garnies de braises sans doute glissées sous les tréteaux
recouverts des draps les plus immaculés de la maison, repliées sur eux-mêmes et pour cette
raison, appelés doubliers afin que chaque convive puisse aisément s'essuyer la bouche entre
chaque bouchée.
Ces nappes provenaient de Flandre, de Troyes ou de Reims, en Champagne ; elles étaient
damassées comme celles qu'à l'époque des Croisades on tissait à Damas, en Syrie, et
s'achetaient au poids de l'or (Le prix d'une seule aune de ce tissu était en effet
l'équivalent de 200 livres de lé)... l'effet glacial des murs adouci par de grandes
tapisseries colorées... De ces belles oeuvres flamandes qui rayonnent de par le monde
aujourd'hui encore (1)...

ne salle donc, assez vaste pour recevoir comme il est dit, sept tables...près de
70 personnes...
Il faut aussi imaginer que selon les coutumes de l'époque, un seul côté des dites tables était
occupé, qu'il fallut donc pas moins de 90 mètres de draps pour en couvrir planches et
tréteaux jusqu'au sol...

Car il n'est pas question ici d'une table disposée
en U comme on le voit parfois sur des miniatures
de l'époque...
il est bien fait mention de six tables différentes...
Peut être aussi a-t-on dressé une estrade pour
la table d'honneur.
Sans doute, aussi riche la maison fut-elle, il ne devait y avoir de chaises en suffisance,
des bancs devaient garnir la majorité des tables, quelques ployants en X (2)...et
les "chaires"(3) travaillées par les imagiers les plus habiles furent-elles réservées aux
hôtes les plus nobles de l'assistance Regardez...voyez comme la mystérieuse vapeur des
torches fait rutiler les cuivres, les bronzes et les étains des hanaps et nefs (4)
ostensiblement exposées sur les dressoirs et les crédences...
Déjà, j'entend le brouhaha des voix et des sabots des cheveaux qui s'acheminent
vers la maison....

1)dès le 14ème siècle, les tapisseries flamandes connurent un grand succès, bien avant que la
peinture ne rencontre la perspective, car, en dépit du travail qu’elle exigeait, elle pouvait se
transporter aisément. Les grandes villes qui fournirent les plus grandes tapisseries furent
Bruxelles, Oudenaarde, Malines, Tournai et Bruges, mais également Arras. Elles servirent à
véhiculer des thèmes chrétiens, mais aussi de propagande, comme en témoigne la prise de
Tunis par Charles-Quint.
Outre une fonction d’isolation des salles des châteaux, elles servaient aussi à la propagande
des monarques, qui les emmenaient avec eux au cours de leurs campagnes guerrières.
C’étaient en quelque sorte, les témoignages de l’époque, les premières photos de guerre,
à la gloire du vainqueur...
2)le tabouret en X, hérité de l’Antiquité, est largement répandu car il se plie et se déplace
aisément. Le trône de Dagobert ou faudesteuil est une conjugaison du trône et du tabouret
pliant en X. Modifié tardivement par l’ajout des accotoirs et du dossier, c’est le plus
ancien siège français parvenu jusqu’à nous.
3)la chaire (vient de « cathédra » qui signifie siège, qui deviendra par la suite chaise) est
un siège très architectural en bois sculpté, symbole de la majesté. Elle fit son apparition au
Moyen Age et continua sa carrière jusqu’au début de la Renaissance. Ce siège d'apparat
était réservé au seigneur du Moyen-Age. L'assise était constituée d'un coffre auquel on
avait ajouté un dossier et des accotoirs. Elle symbolise le pouvoir et l'autorité de l'époque,
et faisait office de trône. Elle était parfois surmontée d'un petit toit appelé dais.
4)Il s'agit d'un objet en forme de navire, d'où son nom, et qui peut
contenir les épices qu'on garde sous clef à cause de leur prix.
Mais plus généralement, il s'agit d'un objet de décoration dont la
splendeur indique le rang de celui qui reçoit.Ancêtre des centres de
table bourgeois du XIXe siècle, elle peut être d'argent, de vermeil ou même d'or...
Les métiers de notre arbre, le blanconier ou mégissier 2
Alors donc notre Thomas qui est "blanconier" ne travaille pas pour approvisionner sa bourrellerie... ce cuir souple utilisé aussi par les cordonniers, savetiers, selliers, relieurs et qui lui est nécessaire à cette activité est un cuir qui est produit par les corroyeurs...
La mégisserie qu'il professe est un "art" particulier qui emploie l'alun pour obtenir des peaux délicates, douces et blanches utilisées dans la ganterie, la cordonnerie et la reliure de luxe, elle prépare aussi le travail des parcheminiers, qui fut le seul support des copistes européens au Moyen Âge jusqu'à ce que le papier apparaisse et le supplante. À la fin du XIVe siècle, il est utilisé essentiellement pour la réalisation de documents précieux, d'imprimés de luxe ou encore pour réaliser des reliures.
Et surtout elle fabrique ces parchemins en peau de veau mort-né, d'une structure très fine, qui sont appelés vélins qui diffèrent des parchemins par leur aspect demi-transparent et sont fabriqués à partir de très jeunes veaux, les plus beaux et les plus recherchés provenant en général de fœtus.
Thomas ne roulait probablement pas sur l’or... même s’il gagnait bien sa vie.
L’essentiel de son capital macérait dans ses cuves en se bonifiant doucement comme le bon vin...
Les peaux représentaient donc une importante immobilisation d’argent entre l’achat des « peaux vertes » et la revente des « peaux mégies ». Cette immobilisation s’étendait sur plusieurs semaines.
Il avait donc constament des peaux en travail à différents stades de la transformation...
Bien des petits blanconniers qui achetaient quelques peaux à la fois ne pouvaient sans doute pas lutter contre les gros négociants qui achetaient les peaux de toute une année, avec une avance pour être sûr que les bouchers leur réserve la marchandise...
De tous temps il est obligé de se débrouiller pour trouver les peaux convoitées. Ainsi est-il souvent contraint de profiter de sa parenté ou de son voisinage pour obtenir des prix acceptables...
C'est son oncle, Gilles Bourdais(a), qui lui fournit le principal de la matière, c'est le frère de sa mère Françoise, dont la famille est boucher de père en fils...
Lorsque Thomas rentre les peaux il procède d'abord à leur salage, il les empile côté chair au dessus, évâille (0)le sel de guérande et les superpose en tas pour quinze jours environ...
Ce matin... il s'est levé à "la piqe dou jou, il ét cin z’oures"(1) sa julienne est déjà debout, elle avait ravivé le feu et préparé la peùs(2) du matin, il s'installa sur le banc en face de son arpète, le bassin fumant entr'eux, un gros morceau de beurre y fondait doucement, ils passèrent leur cuillère dedans, la ramenant doucement vers eux, la trempant dans le bol de lait cuit que la julienne avait préparé pour chacun d'eux ils mangèrent tranquillemnt jusqu'à plus faim...
L'apprenti se régalait...sa mère qui n'était pas riche, faisait de "la noce"(3)... elle avait beau faire tremper la farine d'avoine non blutée,la veille et la passer dans un sac de toile avant de la cuire...rien n'égalait la bouillie de la maîtresse au bon goût de beurre
La Julienne debout derrière eux, veillait à ce qu'ils ne manquent de rien en "tuchonant"( 4) la petite
Lorsqu'ils se levèrent de table, elle était déjà à son pétrin, c'était jour de cuisson au four banal, hier le Korn-Boud avait sonné pour prévenir les femmes, lorsque la trompe marine retentirait à nouveau, cela voudrait dire que le four serait prêt à être enfourné, toutes les femmes s'y rejoindraient, leurs pains à cuire sur une charette à bras, pendant "la qherie d’pain"(5)elles auraient quelques heures devant elles pour bavarder en filant la quenouille...
De retour avec ses beaux "tourtiaux" craquants et encore chauds, elle les rangera dans la claie en bois suspendue au plafond ainsi que les morceaux de lards et de viandes séchées...
Elle ne boulangeait pas tous les jours la Julienne, elle connaissait le proverbe "bellefille, pain frais et bois vert mettent une maison au désert..."aussi savait-elle que le pain rassis se mange moins vite que le pain frais !
Et puis en plus d'économiser la farine cela ménageait sa peine...
Thomas est déjà sorti dans la rosée du matin, Faet-y fré (6)l'estomac plein, il va pouvoir " yetr fezant"(7)
Il va jusqu'à sa cabane au ruisseau,à deuz qhulbutées touéiz encalées(8), la peau, c'est un métier humide !
Il débute sa journée par le rognage ou retaillage des peaux salées, il ôte les pattes, oreilles, queues et tétines
Elles sont ensuite immergées dans les padèles(9) remplies d’eau par l'arpète, l’hiver, elle est glacée ! Le reverdissage dure 48 heures pour les peaux salées, ils les enfoncent d'un côté et de l'autre, à l'aide du bouloir à grand manche, Il tâte celles qu’il a mouillées hier...
Pour elles, c’est bon. Il les sort, vide l’eau sale et remplit de nouveau la padèle avec de l’eau propre, de la chaux vive et de la cendre de salicornes(10).
Encore quelques jours et les peaux seront prêtes à être époilées et écharnées.
Une troisième padèle à maturité attend à côté
Thomas jure ! la salicorne...quand c'est mélangé à la chao, c'est une vrai saleté, les dais(11) même emmaillotés de chiffons, sont couverts de ferlace(12)
le mal ne guérit jamais...ce sont des roucheries(13) permanentes...
A huit heures ils s'arrêtent juste pour manger un morceau de pain beurré et avaler un lichon de mauvais cidre
C'est le moment de passer au délainage de la cuve suivante, avec la fermentation il s'est produit un gonflement qui va faciliter le décollage des poils, deux billots de bois, des couteaux qui pendent au plafond…
Le couteau de fleur émoussé enlève les poils qui tombent par terre en petits tas sales, la peau doit est simplement effleurée...
Des heures courbé au-dessus d’un chevalet, à racler, rogner, il est éreinté !
De fréquents rinçages dans la rivière sont indispensables, c'est le gamin qui s'en charge. Il met de côté la laine graisseuse encore chargée de suint, la maitresse s'en chargera plus tard.
Thomas passe d'un billot à l'autre pour ne pas perdre le rythme
La peau revient alors sur le chevalet pour un grattage vigoureux de haut en bas visant à ôter tous les fragments de chair et de graisse d’un côté et tous les poils de l’autre ceci avec une pierre de grès ou des couteaux sans tranchant dits « couteaux ronds ou sourds ». L'enfant et Thomas poursuivent leur travail, Thomas, "bossé"(14) sur les billot, les peaux coincées avec "sa beuille(15)
Il rogne avec soin les bords et retire chaque lambeaux pour donner une forme régulière à la peau
Alors que l'apprenti fait le dernier rinçage, il redresse enfin son dao et ses rintias(16) raidis par l'effort, dehors le ciel est bleu et le soleil à son zénith, eghassae(17)il a le glavio sec, mais la Julienne arrive avec une cllâzée de galettes et le pisse-qenao(18)
Après la merrienne, et une dernière pipe, ils reprennent leur labeur...
Advéprée(19)la Julienne reste s'occuper de la laine, elle a placé la petite marie dans un filet pendu au plafond, l'enfant repue s'endort rapidement au coeur du balancement que sa mère a mis en branle...
Elle prépare un bain de cendres de salicorne et de savon à la graisse de porc et à l'alun pour éliminer le suint, la laine en sortira parfaitement dégraissée qui sera prête au peignage une fois qu'elle sera rincée et séchée.A la saison, elle tond aussi ses moutons...
Thomas quand à lui découvre une padèle remplie du mélange de crottes de chiens qu'il a préparé 8 jours plus tôt...
L'odeur épouvantable se répand aussitôt...mais ils y sont habitués...
Il prépare le bain de confitage en passant la mixture dans un vieux sac au dessus d'une cuve d'eau que le gamin a tiédie pendant le repas
Thomas y met les peaux à macérer en les remuant...
C'est ici que les peaux commencent à prendre tout leur moelleux, leur souplesse...
Il s'adresse à l'arpète:"Tu melayes bin tout les z'oures"(20) et vérifie l'état des peaux qu'il a mis la veille dans le confitage de son pour le déchaulage, au bout de 24 h maximum, il est terminé...mais il prend soin de vérifier l'acidité de son bain avec la chlorophylle des feuilles qui change de couleur en fonction de sa présence ...
Il en prépare un nouveau pour demain et vérifie celui qu'il a préparé la veille en versant l'eau tiède sur le son...
Toute la journée, thomas est entre le travail d'hier, celui d'aujourd'hui et la préparation de celui de demain...
En même temps, il prépare Ene miaojée(21)il a fait fondre l'alun dans de l'eau, avec du sel, de la farine, il basse l'zoe(22)
Il aime faire celà car la mixture sert de baume pour cicatriser ses derlaces…
Plus il y aura d'oeufs et plus la peau sera moelleuse et veloutée...
De decroche en decroche(21) il contrôle la durée du 1er confitage...il ramène du liquide et de l'air dans un repli de peau...si l'air passe à travers les pores, c'est que le confitage est à point, parfois aussi, il presse fortement la peau côté fleur, avec son pouce...
Alors, il ébrive(22) la peau sur la table... elle s'affaisse sur elle même, elle est douce et glisse entre les doigts...
Il la reprend et lui fait à nouveau subir un décrassage avec une coeurse d'ardoise et la rince à nouveau...
Il fonce(23) les peaux dans le bain de son qu'il couvre de pierres pour les maintenir au fond, de temps en temps, ils mélangent...
A ce moment, ilreprend sa mixtre et l'allonge avec de l'eau pour en faire une boullie, il sort les peaux dont le déchaulage est à point, et applique la bouillie sur la peau étendue sur la table, il la fait pénétrer côté chair en frottant uniformément, la couvre de bouillie et la plie en deux côté chair pour l'empêcher de sécher...
Quand il en a quelques unes, il les roule et les empile sous un sac couvert d'une pierre pendant cinq jours...
Les heures passent, la fatigue pèse sur ses épaules, les dernières peaux sont rangées, la lumière change déjà...
Mais la journée n'est pas terminée...
Il reprend les peaux qui ont déjà 5 jours, les secoue pour éliminer la pate séchée ou humide, et les donne à laver au gamin qui les égoutte sur des perches à l'ombre
Il va commencer, avant leur séchage complet, le palissonage de celles qui égouttent depuis la veille, il va les frotter inlassablement côté chair en dessous, contre la planche en les déplaçant énergiquement, d'avant en arrière et d'arrière en avant avec la pression adéquate, pour accentuer leur blancheur,si le cuir est trop sec,pendant la nuit, il les couvrira uniformément de copeaux de bois blanc sans tanin (hêtres, charmes, tilleuls) et humidifiés... il recommencera le lendemain...
Jusqu'à faire du cuir souple, Doujer(28) fin comme de la soie immaculée...
Le finissage exige de l'habileté et de la patience, il faut le temps... le cuir doit rester en pile parfois 3 semaines...
Le finissage à la pierre donnera tout son velouté à la peau...
Après onze, parfois douze heures de trime, ils saetent pu d’ou q’il n-n èt (29) ils rentrent à la maison ...
La Julienne à préparé la soupe grasse, avec le choux et le lard, ce soir c'est fête ! le pain est frais du jour...
Les métiers de notre arbre, le blanconier ou mégissier 1
Aujourd'hui, 9 août, des lambeaux de ciel bleu sont apparus et se sont cachés aussitôt, honteux, sans doute, et je les comprend, de ne savoir lutter contre les nuages gras, boursoufflés de pluie qui en déversent les rideaux par intermitence...
Rideaux...tout à fait cela...on voudrait pouvoir les soulever, éclairer la maison sombre, vidée des éclats de rire des petits...
En Bretagne chez Thomas, le temps passe aussi...la vie est dure en cette fin XVIIème
Nous l'avons vu Thomas Bequet, l'aieul de Philippe est "Bourrelier" et "Blanconier"
Voulant retrouver son parcours, j'ai vite découvert qu'un blanconier c'est, dans d'autres régions de France ce qu'on appelle un mégissier...
Un tanneur de peaux dirions nous ?
Oui...et non...
En effet, la mégisserie est un métier tout à fait particulier de l'industrie du cuir, aussi dur sans doute que celui de tanneur de grande peaux, le mégissier traitait "en blanc" les petites peaux (parfois achetées aux bouchers) pour approvisionner les artisans du cuir souple.
Elle emploit l’alun pour obtenir des peaux "mégis" douces et blanches utilisées dans la ganterie, la cordonnerie et la reliure de luxe
Appelé "mégis" au Moyen-âge, où l'alun est employé dans une solution d'eau, sel, farine, jaune d'œuf, huile d'olive, avec lesquels une pâte est faite qui est étalée sur la peau préalablement "confite" à au moins deux reprises..
On retrouve ce mode de tannage dit minéral, et sa recette, à quelques variantes près dans le manuscrit de Bologne, le Mappae et celui de Rosetti, à l'aide d'alun natif est déjà utilisé par les Egyptiens, les Romains et certains peuples Celtes. Cependant l'origine précise reste inconnue.
Cette technique donne un cuir qui résiste peu à l'eau, mais d'une grande souplesse et d'une blancheur éclatante, (d'où l'appelation de blanconier) Il pouvait être teinté avec des matières tinctoriales à peu près comme pour les tissus, C'est lui aussi qui donnent les premières préparations au parchemin et au vélin avant qu'ils passent entre les mains du parcheminier.
Il a servi pendant des siècles à produire des cuirs souples de couleurs pâles
Le "blanconnier" naturellement, triait, nettoyait la laine et la vendait aussi.
Sans doute que sa Julienne peut aussi en tirer quelques profits en filant la laine
Il était donc à la fois un artisan et un marchand, formant une catégorie hybride difficile à penser dans le cadre des idéologies sociales du temps.
Aussi la corporation, qui était pourtant peu nombreuse, se divisa-t-elle entre une oligarchie de négociants et une plèbe de pauvres maîtres.
Les mégissiers prospérèrent probabement aux alentours de Lamballe producteur de parchemins d'une telle qualité que sa réputation allait jusqu'à Rome, le parchemin le plus apte à recevoir un texte calligraphié et enluminé, est préparé à partir de peaux d'animaux maigres, comme le mouton et la chèvre.Le plus beau parchemin étant le vélin, qui désigne les peaux des animaux mort-nés (veau, agneau, chevreau). Les manuscrits sur vélin étaient les plus rares et les plus chers... De nos jours encore, le vélin de veau est le seul support utilisé par les Juifs pour copier la Torah.
Les cuirs produits s’inséraient aussi dans les courants d’échanges atlantiques et se négociaient surtout à Bilbao, Lisbonne et les possessions coloniales portugaises.
Ils formaient jadis une corporation fort ancienne, à qui il fut donné dès 1270, des réglements qui nous sont parvenus.
Au moment qui nous occupe, deux ans plus tôt en 1778 (1), Jacques Necker(2) avait ordonné une enquête sur la fabrication des cuirs en Bretagne
C’est la première fois que l’« œil et la main de l’État » se fixent sur les activités des « blanconniers », tanneurs et corroyeurs, qui composent cette industrie du cuir, et dont les instruments de travail les plus emblématiques sont le couteau à lame courbe et la « lunette » destinée aux travaux de finition des cuirs.
Le roi veut connaître le nombre de ses « peuples », et leurs facultés contributives (autrement dit, productives) : c’est à cette aune que s’évalue sa puissance [...].
L’un des inspecteurs, Guilloton, souligne toute la difficulté de sa tâche en écrivant, au sujet des tanneurs que « tous ces gens n’écrivent point et ne sçavent ce qu’ils ont vendus, ni ce qui leur reste. Les seuls employés de la Régie Généralle pourroient donner ces comparaisons mais ils disent en estre empêchés par leurs commettants, ils ont constament refusé jusqu’aux noms et domicile des tanneurs ».
Il termine ainsi son rapport « il n’y a de tanneurs et de mégissiers que ce qu’il en faut pour préparer les cuirs nécessaires à la consommation de l’endroit. Ils ne vendent point ailleurs, aussi leur commerce est-il très borné. La plupart ne pourroit l’augmenter faute de fonds pour acheter des peaux ; du reste ces gens cultivent la terre, font tous les commerces ruraux et négligent leurs cuirs qui sont de la plus médiocre qualité ».
Les sites concernés, anciens, se sont développés au cours du XV siècle et sont déjà mentionnés par Jean-Pierre Leguay dans ses travaux sur le réseau urbain breton.
En premier lieu, on peut noter que la localisation des ateliers est inchangée depuis l’époque médiévale. Cette industrie polluante, malodorante, est reléguée, sans doute par contrainte mais surtout par nécessité, dans des sites extra muros, proches des cours d’eau.
Comme au Moyen Âge et au début de l’époque moderne, les tanneurs de Dinan par exemple se concentrent ainsi dans la rue du Petit Fort et dans celle du Jerzual qui débouche directement sur la Rance.
On remarque par ailleurs, au travers des rôles de capitation qui constituent complément à l’enquête de 1778, d’importants écarts d’imposition entre une majorité de tanneurs qui ne s’acquittent que de quelques livres et une minorité de « marchands tanneurs » aisés, qui se limite parfois à un seul homme et dont on peut penser qu’elle contrôle le marché du cuir des lieux. L’aspect le plus frappant demeure la faiblesse des "jurandes"(3) du cuir.
On note toutefois un certain appauvrissement dans l’éventail des productions puisque la parcheminerie de Lamballe a disparu alors qu’elle jouissait, semble-t-il, d’une grande réputation, qui allait au-delà des limites de la Bretagne et jusqu'au Vatican. Les parcheminiers paraissant s’être reconvertis dans la mégisserie aux XVII et XVIII siècles.
L’inspecteur Libours dresse un bilan assez similaire "Des tanneurs et mégissiers que cet état présente il est bon d’observer qu’à peine y en a-t-il la moitié de bons, et très peu de riches, presque tous les mégissiers (qu’on appelle ici blanconniers) sont en même temps bourreliers et sont très pauvres."
Voilà...tout est dit sans doute...notre Thomas le bourrelier blanconnier, auquel "l'honorable famille" a cependant pris soin qu'il sache écrire et signer, n'est probablement pas très riche...
Peut-être... sachant écrire et compter, se charge-t-il de vendre lui même son travail... Henri Depors souligne d’ailleurs, à ce sujet, « la coïncidence fréquente des localités de tanneries avec des lieux de foire ». C'est vrai, St Cast n'est pas si loin de Plélan où, Selon Guilloton, « ils vendent aux marchés de Plélan à des marchands de toutes les parties de la province qui portent ces cuirs chez eux pour les revendre ».
Ses journées sont d'autant plus longues et pénibles...
Il lui faut s'approvisionner en peaux brutes, en sel, en salicorne, en chaux et en alun pour pouvoir exercer son art.
Car il faut 3,5 livres ou 4 livres de sel par « cuir vert », voire plus lorsque l’opération a lieu en hiver « en hyver, on est obligé d’employer quelques fois jusqu’à 8 ou 10 livres de sel par cuir, parce que les peaux ne sèchent que difficilement et que le danger de la putréfaction dure alors plus longtemps ».(4)
Dieu merci...il n'y a point de gabelle en Bretagne...
Ses prédecesseurs ont eu la vie plus facile..avant 1760 absence quasi totale d'impôt sur les cuirs... seules de modiques « traites foraines », aussi appelées « droits d’entrée et de sortie », sont perçues par des bureaux organisés dans les ports par un édit d’Henri III de 1553.
Mais depuis 1760... du fait de la guerre de Sept Ans (1756-1763). L’édit du 9 août 1759 supprime tous les offices sur les cuirs, pour leur substituer un droit unique perçu au moyen de marques apposées sur les « cuirs verts », à la sortie des boucheries, puis lors de leur mise en fosse et dans leur retrait...
L’édit d’août 1759 prévoit justement des restitutions en cas d’exportation, même si celles-ci diminuent après 1772. Depuis, des dépôts de cuirs verts sont mis en place dans certaines villes portuaires comme Morlaix, Landerneau et Saint-Brieuc, où les tanneurs peuvent se les procurer contre des acquis à caution (5), c’est-à-dire des engagements d’exportation après tannage.
Certainement notre Thomas peut-il aussi tirer profit de cet avantage...
(1) Dominique Derrien, « L’œil sur la lunette », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, 114-1 | 2007, mis en ligne le 30 mars 2009, URL : ici
(2)Jacques Necker, financier et homme politique genevois du XVIIIe siècle. Après avoir fait fortune comme banquier à Paris et appuyé par le succès de ses essais en matière de politique économique, il est nommé par le roi Louis XVI comme directeur général du Trésor royal en 1776, puis des Finances, poste auquel il modernise l'organisation économique du royaume en s'opposant au libéralisme de ses prédécesseurs.Promu par la suite ministre d'état, très apprécié du peuple, son renvoi est l’une des causes déterminantes du soulèvement populaire du 14 juillet 1789. Il est aussi le père de l'écrivain Mme de Staël(Wikipedia)
(3)Jurandes:Charge de juré sous l'ancienne monarchie française conférée par élection à un ou plusieurs membres d'une corporation, choisis pour la représenter et défendre ses intérêts
(4)l’Art du tanneur publié en 1764, Jérôme de La Lande
(5)Les marchandises soumises aux acquis à caution payaient les droits ailleurs qu’à leur bureau d’entrée, quelqu’un s’étant porté caution de ce payement.
Les métiers de notre arbre, le bourrelier 2
Thomas est prêt, son mulet harnaché, la carriole chargée, d'un regard appuyé il embrasse son bien le plus cher, sa Julienne et sa petite, il n'en fera pas plus que presser le bras de sa femme de ses doigts rugueux pour lui dire adieu.
Il jette un dernier regard à son enseigne
...
Le voilà parti en tournée, il passe devant "la croix de la cour" en granit qui est dressée là... en bordure du chemin de la cour depuis 1599, près de 190 ans déjà...
Il se dirige peut-être vers la "ville Pichet", tenant de la main son mulet qui tire nonchalamment la charette bachée, où se trouve tout le nécessaire à son art...
Nul doute que sa venue est attendue, de l'ouvrage il y en a après les moissons, il faudra certainement rester quelques jours...
C'est plaisir pour la femme du laboureur, un peu de visite, n'est-ce pas ne peut que contenter ?
L'occasion de savoir ce qui se passe au "bourg", ce qui se dit et...ce qui ne s'y dit pas...
Ces choses dont les hommes ne parlent qu'à mots couverts, et que les femmes, fines mouches, pourront se répeter à l'envie au lavoir... entre deux grandes savonnées qui s'éfilochent dans l'onde et les éclats de rire en cascades qu'on ne peut se permettre qu'entre filles et qui s'envolent dans ce ciel si vaste pour rejoindre tout là-bas... au loin... la mer où les sirènes les volent et les enferment pour mieux séduire les hommes...
Le soir, adossé au mur de la grange où il dormira bientôt, il repense à sa journée, à la veillée la conversation a trainé sur les exploits des gens du Guildo...
On lui a bien souvent raconté la bataille de St Cast contre les Anglais en 1758 (1)... il était trop jeune...2 ans...il n'en garde de souvenir que ce qu'on lui en a dit...
Elle avait cependant apporté la misère, à St Malo d'abord et dès avant en 1757(2)(3) les plus riches des malouins avaient été ruinés et, par suite, le petit peuple réduit à l'état de pauvreté la plus grande et la plus douloureuse...
Au général Anglais Bligh, l'ennemi, car cette néfaste campagne où il chercha la gloire, brisa sa fortune et le couvrit d'infamies...
Elle apporta aussi la honte et le chagrin dans la famille Grumellon de St Lormel, dont Julien "le traître du Guildo" (4) était issu...Dieu merci...son beau-frère Jean, n'en faisait, apparemment pas partie (5)
Cette histoire du Julien...il n'y avait jamais rien compris, il n'était pas le seul, même messire Manet, recteur de la paroisse était formel...Il fallait qu'il y eut un traître et c'était lui !
Il n'avait cependant jamais été condamné, et le 29 août 1759, il été sorti libre des prisons de Rennes ...
En 1780, il habitait encore au Guildo, vis-à-vis du couvent des Carmes, une petite maison d'où il pouvait voir le théâtre même de sa trahison.C'était un homme grand, maigre, portant cheveux longs et barbe noirs, les yeux bruns, le visage ovale le front haut et le nez mince, marchant droit et avec une sorte de tournure militaire.
Il vivait seul, et personne ne le hantait" (fréquentait).
"Souvent, les enfants le poursuivaient, en lui criant : « Va donc montrer le passage aux Anglais !"
Ni lui, ni personne ne l'avait plus jamais revu depuis, il était comme disparu...comme une vilaine idée qui vous poursuit sans relache, et se plante dans votre coeur à chaque instant, et tout à coup s'évanouit sans autre cause qu'elle n'était apparue ...
Le fils de la maison qui est pêcheur a évoqué aussi "la dame blanche" pour expliquer cette journée de bataille
Aux environs de Saint-Malo, lorsque des rubans d'azur apparaissent après gros temps, on les appelle « Sentes de la Vierge » elles sont la marque laissée par Marie, la mère du Christ, qui est descendue sur les flots enragés pour les calmer.
Lors de la bataille de 1758, une dame blanche s'éleva dans l'air, sortant du vieux puits du village de l'Isle, patrie de sainte Blanche, c'était la Sainte Vierge qui jusque-là était restée inerte dans sa niche ...Elle descendit sur le rivage et glissa sur les eaux déroulant sans fin son voile de mousseline à la crête des dunes...
Voilà pourquoi, disait-il, pendant tout le combat, les Anglais tirèrent trop haut et ne firent que peu de mal aux troupes françaises.Il en voulait pour preuve le sillage aérien de son voile resté depuis sur les eaux dans ces parages laissant de longues et éternelles traînées blanches....
Les pêcheurs de la baie de Saint-Cast racontaient que, la sainte Blanche, née dans leur village, où elle est l'objet d'un culte, avait déjà été confrontée aux Anglais et que, l' ayant surprise ils l'avaient emmenée sur un vaisseau jusqu'à Londres, qu'elle leur échappa, et, cheminant sur l'eau, elle revint en quelques heures à son pays natal.
"Son parcours, qui est parfois encore visible, est le « Chemin de sainte Blanche ".
Plus tard, elle épousa un capitaine de vaisseau qu'elle suivit à la guerre, il fut tué dans un combat, et le découragement se mettait dans l'équipage lorsque la sainte sauta à la mer, et se dirigea à pied sec vers les Anglais qui s'enfuirent en toute hâte devant l'effroyable prodige.
Traversant la mer où elle laissa un chemin de brume immaculée, elle vint se replacer dans sa niche.
C'est vrai, Thomas en convenait..Lorsqu'il fait calme, et que la marée est à peu près haute, on remarque dans les baies, des rubans d'azur plus clair comme festonnés d'argent qui se détachent sur le bleu d'alentour...
Il remercia la vierge de cette aide providencielle et se signa
Oui... encore une fois une bonne journée de labeur...
Il pense à sa Julienne, grosse pour la seconde fois...
Nous sommes en 1784, il espère cette fois un petit gars, n'a-t-il pas déjà une fille la jolie petite Marie aux yeux d'un bleu si profond ?
Il ne se lasse pas de ses gazouillis, de son minuscule minois et des ses poignets si dodus, ils sont heureux, jeunes, forts, leur vie si pleine commence à peine...
L'enfant viendra au printemps, à la saison des peaux...
Une autre saison....une autre histoire...
Il vide sa pipe en la tapant sur son sabot, se lève, un peu raidi par la fatigue de la journée et rentre se coucher dans la bonne odeur du foin
(1) Persée : La trahison du Guildo d'après les documents du procès
(2)La guerre de côtes en Bretagne au XVIIIe siècle : Saint-Malo et la région malouine après les descentes anglaises de 1758 pages308/309
(3) le montant total des dévastations commises par les Anglais en 1758 s'éleva à 3.913.474 livres,18 sous,6 deniers(dossier C:4709 des Archives d'Ille et Vilaine)
(4) Julien Charles Grumellon sa tante, Henriette Jeanne, fait partie de nos ancêtres
(5) Jean Grumellon
Les métiers de notre arbre, le bourrelier 1
Pas de joli soleil aujourd'hui...
Le ciel est bas chez nous...
Nos petits partis en balade par monts et par vaux pour rejoindre la mer, le coeur enflé, déjà, de la joie des vacances, l'ont emporté dans leurs bagages
Ils me reviendront dorés comme des petits pains, blonds comme les blés, les pommettes roses de plaisir et les yeuxpétillants de bonheur
Je vois déjà le tableau de leur retour déjà espéré, revêtu des couleurs si tendres et pourtant si gaies et lumineuses du bonheur familial.
Ne point se laisser prendre par la morosité du ciel...

Dans cette lumière filtrée de brume, les couleurs de l'Avesnois sont encore, comme hier, des dégradés des verts les plus vifs, et les fleurs persistent à épanouir avec onctuosité les velours de leurs charmes...
Beau temps pour faire un tour dans mon arbre, et aller de branche en branche visiter nos aïeux courir l'aventure à leur bras...aller de siècle en siècle leur apporter mon bonjour et mon affection....
Et justement voici Thomas (Benoit) Bequet
Pour ce que je sais, il est quatrième du nom depuis 1595, la famille n'en restera pas là...4 au moins suivront encore...
Il est un des 4ème arrière-grand-père de Philippe né en 1756 à Saint Cast le Guildo
C'est sa fille Jeanne qui s'est allièe aux Péan de Saint Cast, elle a marié Joseph Mathurin le laboureur...
Thomas qui signe d'une écriture un peu enfantine mais cependant déliée, est le fils ainé d'une famille "honorable"
Son grand père (dont je n'ai pas encore trouvé le métier) possède lui une signature élaborée terminée par la grille élégante que l'on retrouve le plus souvent chez les gens de robe.
On peut d'ailleurs noter que son arrière grand-père né à St Germain de la Mer en 1635 est qualifié de "maître" dans les actes dans lesquels il est cité, est-ce un titre de compagnonage ?
Sa grand mère Françoise Lhostellier est la fille de Jacques "honorable homme" sieur de la Pôterie à Landébia
Thomas et sa famille vivent au village de La Cour en Saint Cast dans les Côtes d'Armor
C'est son métier qui m'interpelle aujourd'hui, plus exactement ses métiers, car il semble que Thomas en ai deux...
Il est "Bourrelier" ET "blanconnier" (ce qu'on appelle ailleurs "mégissier")
Alors...pourquoi deux métiers ? et d'abord quels métiers ?
Le métier de bourrelier est très ancien. Il serait apparu en France au IVème siècle.
En 1268, les statuts de la corporation indiquent qu'ils sont "faiseurs de colliers à cheval et de dossières de selle et de tout autre manière de bourrellerie".
A partir de 1400, chaque apprenti peut devenir maître après avoir accompli son chef-d'oeuvre, en l'occurence un harnais complet.
Plus tard, la corporation se divisa en bourrelier (dans les campagnes) et sellier (plus citadin).
La principale matière travaillée par le bourrelier est le cuir de boeuf ou de vache qui, lorsqu'il est de bonne qualité, est le plus résistant.
Pour certaines pièces, il utilisait parfois le cuir de mouton. Le bourrelier devait aussi utiliser différents tissus, toiles caoutchoutées, moleskine. Pour fabriquer les colliers, il devait également travailler le bois et utiliser des clous, rivets, ferrures et autres pièces de métal, ainsi que de la bourre (poils d'animaux ou fillase de chanvre) - d'où le nom de ce métier.
Bourrelier... magnifique artisanat, ainsi donc, Thomas travaille "la bourre" et le cuir, il faisait et entrenait les harnais de cheveaux, les licols,les coussins, courroies pour mettre les bêtes au joug, mais aussi les bâches, capotes, tabliers et besaces...
Les bêtes de somme, chevaux, boeufs et âne, lui fournissent amplement du travail.

Imaginez son atelier où défilent les paysans du village,
en ce temps là...
tout le monde avait des bêtes au travail, c'est un lieu de rencontre...
Comme chez le maréchal ferrant... le temps de bruler une pipe d'échanger les nouvelles...
Leur atelier est aux hommes ce que le lavoir est au femmes...
Les hommes s'arrêtent un moment et discutent entre eux des petits événements qui jalonnent leurs jours et leurs champs...
La conversation ne l'empéchait pas de travaillait à créer les harnais et à ravauder les harnachements.
Son premier travail consistait à "poisser" de longues aiguillées de fil de chanvre, d’une longueur de trois mètres environ...
Il engluait ce fil en le tirant sur son genou dans un morceau de cuir plié contenant une noisette de poix, puis il le lissait avec un chiffon de façon qu’il glisse bien à la couture. Il tortillait ensemble deux, trois ou quatre brins, selon la résistance désirée, il appointait le cordonnet obtenu et l'enfilait une aiguille à chacun de ses bouts pour permettre une couture croisée.
Il maintenait son cuir avec des pinces après avoir percé les avant-trous avec son alène.
Il se protégeait parfois les paumes sous un gantelet appelé "manique".
Le manche arrondi d’une alène, en buis, servait au besoin à enfoncer l’aiguille".
Il confectionnait les harnais sur mesure, mesurant l’encolure du cheval ou des boeufs avant de réaliser le collier, évaluant la largeur de la selle en pouces.
Avec ses outils, ses pinceaux, ses bidons d’huile, il allait même entretenir les harnais à domicile, brossant les licous, grattant les sous-ventrières, nettoyant les martingales, graissant les brides, huilant les sellettes.
Parfois appelé le "marquis de la croupière" il était responsable de la bonne tenue des attelages de la région.
Et donc, régulièrement, une fois l'an le voilà qui s'en va avec sa cariole remplie de ses outils, et visite chaque ferme pour "faire le tour" des révisions, parfois, à l'occasion, peut-être aussi fabriquait-il quelques matelas de crin ou de laine pour quelques sous de plus...
Déjà, il se prépare, c'est demain qu'il faudra commencer la tournée...
Il fait bon vivre à l'ombre de notre arbre.
Un joli ciel d'été comme il en est chez moi dans le nord, avec quelques nuages pommelés, juste un peu de ce joli coton que ma mère grand, Félicienne dévidait à l'usine, et ce ni bleu ni vert que j'ai volé dans les yeux de ma fille pour le planter là! regardez... nous sommes en été, les roses sont en fleurs, les enfants s'en font des guirlandes de souvenirs si éphémères qu'ils doivent les nouer de rubans pour empêcher la brise de les emporter...
Fermez les yeux... j'entends le coucou chanter....
Et de ces jours qui devraient être "gros" de chaleur, je reste néanmoins à l'ombre de notre arbre...
La brise est douce, et son ramage incessant me raconte les histoires de nos aïeux.
Parfois... quand je suis perchée dans mon arbre, je les vois évoluer, toutes et tous, et même je leur chante la contine "bonjour ma cousiiineu, bonjour mon cousin germain etc ..."
Comme me le disait un de nos chers cousins
"Quand on travaille beaucoup sur une famille, sur une époque, on voit les gens naître, grandir, devenir parrain ou marraine, témoin, les signatures s'affirment, les gens vieillissent, on est troublé, surpris de les retrouver là où l'on ne les attend pas, dans une autre commune par exemple. Puis on remarque que l'écriture faiblit... devient hésitante et, au détour d'une triste page, voilà, ils meurent...
Mais, comme aujourd'hui, les petits sont là qui continuent la ritournelle...les entendez vous chanter dans le murmure des feuilles...
Venez avec moi vous promener dans l'arbre de notre famille

























Il nous faut ici, avoir une pensée pour les communs


































