L4cpa terre dite de l'Avesnois aujourd'hui est la conséquence d'une frontière artificielle qui coupe le Hainaut ancestral enCarte du comté de_Hainaut separation deux pays, "de part et d'autre de cette ligne ne vivent pas des Belges et des Français, mais des soeurs et des frères hennuyers que des gouvernements centralisateurs à l'excès ont séparés injustement, nous ne sommes pas étrangers, nous parlons la même langue...de chaque côté, nous avons la même culture et...la même histoire (B.Carpentier)

A4-cpu fil des siècles, au même titre que la peste et la famine, la guerre fut pour les Hennuyers un mal avec lequel ils devaient composer.

G4cpLAGEON se disait autrefois GLAGON, GLANGON, d'après A. Desmasures "glan" en celtique veut dire bord de l'étang, de la rivière, et "gon" veut dire roche, hauteur...
L4cpe village s'appela GLAJUN en 1112, puis GLAJEON, GLAVIN, GLAION, et GLAGON au cours du XIIIème siècle, au XIVème siècle on trouve GLAGHON puis GLAJON au cours du XVème siècle, le nom enfin pris son orthographe actuel au cours du XVIIème siècle.

C4cp'est là que les longues lignées d'Avesnois qui se sont succédées se sont rejointes pour faire naitre Félicienne Joiris, ma grand mère et que naquirent aussi "mamie Yvonne", ainsi que ses frère et soeur ainés...

L4cp

à que débute notre mémoire familiale maternelle....

 

GLAGEON CASSINI

C4cp'est au coeur du Sud-Est Avesnois que l'on trouve Glageon "village clairière" incrusté dans l'écrin d'émeraude du massif forestier de trélon de plus de 4000 ha, sa situation et celle de Trélon sont remarquables, celui qui vient s'y promener soit par le nord, le sud et l'ouest est contraint de passer par la forêt, seule la voie est, venant de Chimay est bordée de prairies. On dit qu'elle est déjà mentionnée dans une charte de Dagobert 1er en 640GLAGEON CROY.
L4cpa vue de la fin du XVIe siècle, tiré des minutes d'Adrien de Montigny le peintre des Albums de Croÿ, montre le village à peu près dans sa conformation actuelle si ce n'est le château aujourd'hui disparu...
U4cpne trentaine de feux sont dispersés le long du bas des rues de Fourmies, du Trieux le Coq, Georges et Dufrenes, toutes sont couvertes de toits de chaume et seuls l'église, le château, son pigeonnier et le moulin ont une couverture d'ardoise.Seul le château n'est plus.
J4cpl faut remonter au XIIème siècle pour trouver le premier texte faisant mention de Glageon. En venant d’Avesnes c'est elle que vous rencontrerez la première en entrant dans la fagne.
A4-cpla sortie de la forêt du Pont de Sains, on aperçoit bientôt le village de briques et de pierre grise environné de verdure. Glageon fait partie administrativement de l'Avesnois, géologiquement des Ardennes et historiquement du Hainaut mais ses paysages rappellent essentiellement la Thiérache. L'Aisne et la Belgique en sont actuellement séparés par seulement 10 kilomètres.
L4cpe village fut autrefois célèbre pour sa carrière de marbre qui peut, dit-on, encore être admiré au château de Versailles dont les restaurations ont largement utilisé le marbre de tout l'Avesnois.
En 1862, on y a découvert, plus précisément au hameau de Couplevoie, des sépultures renfermant des armes, des fers de lance, un scramasaxe (poignard) et des lames de glaive, sans doute d'époque franque ou mérovingienne.
S4cpon histoire est à peu près celle de tous les villages de notre région, le parcours cahotique, parfois sanglant mais persévérant d'un lieu de vie, avec ses habitants laborieux qui toujours, inlassablement vont reconstruire ce que les grands de ce monde se partagent comme un jeu de carte, et ravagent régulièrement sans souci des populations qui participent pourtant à sa richesse.verdun 843
E4cpn 843, le traité de Verdun octroie la Francie Médiane dont fait partie notre région et Glageon à Lothaire 1er.
En 855, le traité de Prüm partage la Francie Médiane entre ses 3 fils, notre territoire est rattaché à la Lotharingie avec Lothaire II pour souverain.partage 855 traité de Prum


E4cpn 870, à sa mort, avec le traité de Meerssen, cette partie de la Lotharingie est rattachée à la Francie occidentale avec Charles le Chauve pour suzerain.

E4cpn 880, le traité de Ribemont fait historiquement débuter le titre héréditaire de comte de Hainaut, il fait cette fois partie de la Francie orientale dite aussi Germanie avec Louis III "le Jeune" pour roi qui place Régnier 1er dit "au long col" à sa tête.Traité de Ribemont 880
E4cpn 898, Régnier tombe en disgrace, Zwentibold, fils bâtard d'Arnulf de Carinthie à qui son père a confié ce royaume est un véritable fou...il s'en prend aux grands seigneurs de son royaume, Régnier Ier de Hainaut, Gérard Ier comte de Metz et à son frère Matfried Ier comte d'Eifel. Il les chasse, les dépouille de leurs dignités, leur enlève tous leurs biens et leurs terres pour les distribuer à ses favoris, le Hainaut passe entre les mains de Sigard qui le conservera jusqu'à sa mort en 920, ce n'est qu'en mai 924 que le comté retournera à Régnier II fils du premier.


E4cpn 962 après bien des viscissitudes, "le comté de Hainaut" terre du roi de germanie Othon II de Saxe entre dans le giron du Saint-Empire romain germanique auquel il est associé.
V4cpers 1096, Glageon passe sous la domination des seigneurs d'Avesnes vassaux des comtes de Hainaut qui sont depuis 1051 de la dynastie des Baudouins comtes de Flandre, 
C4cp'est sous Baudouin VI dit de Mons que Nicolas 1er y construit un château fort vers 1150. CHATEAU DE GLAGEON 1597 CROYC'est un important château, connu par plusieurs vues en élévation aussi bien dans les albums de Croÿ que par des plans conservés à Avesnes, il était établi sur une motte féodale, à l'est de la rivière au lieu dit "Les Pâtures" derrière l'ancien cimetière. Mais il n'en subsiste rien aujourd'hui...

L4cpa vie du peuple n'était pas facile en ces époques reculées...Tous les habitants des lieux, serfs et hommes libres compris dans l'enclave de la seigneurie de haute justice, devaient "l'ost et le chevauchée", c'est à dire: le service militaire et la participation aux courses pour la sûreté du pays.Ils étaient contraints de prendre les armes et d'accompagner le seigneur dans ses différentes expéditions car ce dernier détenait le pouvoir militaire et avait le droit de lever un ost seigneural, chaque seigneur disposant librement de ses propres forces, recrutées parmi ses vassaux. 

L4cpe temps et le progrès des mœurs diminuèrent cependant cette obligation, sans réduire pour autant le droit de corvée et de banalités. 

A4-cpinsi on a vu le Sire Wautier dispenser ceux d'Avesnes de l'accompagner aux joutes et aux tournois , et qu'ils ne s'engagent à se mettre en campagne avec lui que dans les cas soit de réquisition de la part de son suzerain , ou d'invasion de l'un de ses domaines. Par la suite s'il le pouvait toujours ce ne fut plus qu'une fois l'an, mais en les défrayant s'il les retenait plus d'un jour. 

L4cpe service des vassaux et des habitants s'allégea donc progressivement. Bientôt il ne consista plus pour ainsi dire qu'à monter la garde en ville...Mais de tout temps, en contrepartie le seigneur leur devait assistance et protection, et les habitants de Glageon couraient s'abriter dans le chateau fortifié à la première alarme. Dans l'ensemble, Le règne des Baudouin sur le Hainaut a été favorable à la population. Dans les campagnes, les défrichements sont nombreux. Ils permettent d'étendre les aires de culture et d'augmenter le nombre de villages.CALENDRIER ENLUMINURES PAYSANS

D4cpans le même temps, les conditions des paysans s'améliorent, le servage disparait progressivement. A côté de cela, on assiste au développement des villes, comme Valenciennes et Maubeuge qui s'enrichissent grâce au commerce du drap.
L4cpes comtes n'hésitent d'ailleurs pas à s'allier les bourgeois en accordant des chartes de franchises aux villes. c'est le cas de trélon en 1162 à laquelle Nicolas d'Avesnes accorde la charte dite de Prisches.


E4cpn 1186 le ciel semblait vouloir favoriser les populations. A la mi décembre, les arbres furent tout fleuri et, en février, les poires et les pommes furent avancées de la grosseur d'une noix. Les oiseaux mesmes furent trompés, car on les vit pondre et esclorre leurs poussins en janvier (...), mais depuis mars jusqu'en juin, il fit un très grand froid. [...]
Pendant que Mormal résonnait du chant des oiseaux, de la hache du bûcheron, du cor et de la meute des veneurs ou du bramement du cerf, les trouvères du pays lançaient comme le rossignol des notes harmonieuses, et les seigneurs se divertissaient dans leurs châteaux ou à la chasse et participaient à des expéditions, des chevauchées, des tournois."(Michel Payen**)

U4cpn nouveau changement dynastique a lieu à la fin du XIIIe siècle. Il est historiquement connu sous le nom de «querelle des Avesnes et des Dampierre». Suite au jugement du roi de France Louis IX, Jean II d'Avesnes, fils issu du premier mariage de la comtesse Marguerite de Hainaut, reçoit la couronne hennuyère.
B4cpn siècle plus tard, l'héritage hennuyer passera dans la famille de Bavière par le mariage de la fille du comte Guillaume Ier, Marguerite, avec l'empereur Louis de Bavière...
A4-cp la fin du XIV ème siècle à quelques lieues de là...de l'autre côté de la frontière, en France, la guerre de 100 ans fait rage, les anglais, alliés du St Empire viennent chercher refuge et réorganiser leurs forces sur les terres hennuyères, le duc de Bourgogne Philippe le Bon, autre allié de l'Angleterre, tente par tous les moyens d'affaiblir son ennemi le roi de France.Il a un grand projet, former un gigantesque Etat bourguignon au nord-est et contrer le royaume de France.
I4cpl y parvient progressivement, par achat et mariages, puis en 1428 au traité de Delft, il se voit remettre la tutelle du comté de Hainaut, par la comtesse Jacqueline qui lui donne ainsi les pleins pouvoirs...
Les états de Hennuyers sont ainsi "fondus" avec les autres possessions bourguignonnes, puis, par le jeu des mariages et des successions il passera à la maison des Habsbourg d'Autriche, par le mariage de Marie de Bourgogne Marie de Bourgogneavec le futur empereur romain-germanique Maximilien Ier puis aux mains des rois d'Espagne suite au traité du Cateau-Cambrésis entre l'Espagne et la France par le mariage de Philippe II fils de Charles Quint avec Elisabeth de FranceElisabeth de France héritière du trône d'Espagne
L4cpe château de Glageon a donc toujours servi à fermer une frontière, mais du moyen-âge jusqu’en 1657, Glageon et ses habitants ont souffert du voisinage de cette frontière...


C4cpe sont d'incessants conflits avec la France, puis la sanglante répression menée par le duc d'Albe contre la religion réformée...
P4cpour se protéger, et tout au long des siècles, les Hennuyers s'adaptent. Des milices urbaines et rurales sont organisées et tout un système de défense et de guet est mis en place, à Glageon sans doute comme partout ailleurs dans le comté qui est parsemé de forteresses, dans les villages démunis de chateau, on va fortifier les églises...
L4cpes pauvres populations subissent tout ces changements sans souffler mot, se rendent-elles compte vraiment du changement de domination du comté, la misère est-elle pire ? ou au contraire leur situation s'améliore-t-elle ?PESTE
Ils survivent aux destructions, aux pillages.. font face aux famines... aux épidémies... à la peste
C4cpependant  il faut croire que l'endroit, bucolique à souhait, devait aussi avoir de beaux attraits
Car devenu propriété de Marie de Glageon qui y possédait des droits qu'elle tenait en fief de la seigneurie d'Avesnes, elle les a vendus à Guy de Châtillon en 1323 juste entre les famines épouvantables des années 1310/1320 et avant la grande peste de 1349 (1/3 de la population européenne disparue) Sans doute Glageon et sa région n'y échappèrent-ils pas...
"Les bois étaient hantés par des meurtriers, des bannis, des hérétiques, des déshérites poussés par la misère ou l'épidémie."Sud du Hainaut
L4cpa trouée de chimay, véritable boulevard qui s'avance jusqu'au territoire Français par Mariembbourg, Chimay, Trélon, Glageon entre les forêts de Thièrache et de la Fagne, rend la position de Glageon très dangereuse, Louis XI va tenter plusieurs incursions, dévaster Avesnes, Landrecies, Le Quesnoy, Maubeuge, Chimay, Bavay...
L4cpe roi de France décida de faucher les blés du plat pays. Le 25 juin, il écrivit à Antoine de Chabannes, grand-maître de France: "Je vous envoie trois ou quatre mille faucheurs pour faire le gât que vous savez. Je vous prie, mettez-les en besogne, et ne plaignez pas cinq ou six pipes de vin à les faire bien boire et à les enivrer. Et lendemain bien matin, mettez-les en besogne, tellement que j'en oye parler. Monseigneur le grand maître, je vous assure que ce sera la chose au monde qui fera le plus tôt dire le mot capituler à Valenciennes."
Q4cpuelques jours plus tard, Chabannes lançait des milliers de faucheurs "à l'assaut des blés mûrissants". Protégés par quatre cents lances et quatre mille archers, ceux-ci dévastèrent systématiquement les champs (Michel Payen)
Les "faucheurs", soldats mercenaires parcourent le Hainaut, brulent les églises, pillent les villages. Philippe de Commynes nous décrit la campagne de 1478 :"les armées du roi font merveilleux dommages(à ce) pays, comme de piller et brûler maintes beaux villages et maintes belles scences"...
L4cpa tactique Française de terre brulée utilisée dans le sud du Hainaut, outre l'effroi qu'elle jette dans le coeur des paysans, provoque la haine contre les Français...Les destructions, les excés de toutes sortes, ne seront pas oubliées dans la mémoire collective, quand, 150 ans plus tard, les troupes Françaises renouvelleront leurs exploits....
L4cp'hiver 1479-1480 fut très rude et terrible pour les pauvres. Les "feuillars" (brigands abrités par le feuillage des bois) étaient nombreux dans les bois et dans le massif de Mormal. Ce serait dans cette forêt que, en mars 1482, Marie de Bourgogne qui chassait le héron tomba de son cheval en franchissant un fossé; elle fut projetée contre un arbre et ne survécut pas à ses blessures.(Michel Payen, d'autres la disent morte dans les même conditions dans les marais de Biezenbosh )
D4cpés 1522, un décret impérial fit de l'inquisition une institution d'Etat. On poursuivit les réformés de Valenciennes. Cruautés de l'InquisitionEn 1529, l'empereur Charles Quint décréta que tout hérétique périrait, les hommes par le fer et les femmes par la fosse. Beaucoup de protestants prirent le chemin de la Hollande.
Les biens des fugitifs furent confisqués et brûlés.
E4cpntre temps, le château de Glageon (*)avait appartenu à Jean d'Eclaibes (grand maître de l'artillerie du roi d'Espagne Philippe II) par son mariage avec Ide de Bergues dame de Glageon, puis à Philippe de Stavele, (° 1509 † 1563), baron de Chaumont, seigneur de Glageon(1) dont la commune porte, encore aujourd'hui, les armoiries.
glageon chateau 1600T4cpel qu'il est représenté dans les albums de Croÿ au XVIIème siècle , c'est un bel et grand ouvrage avec toutes les caractéristiques d'un château-fort, bâti en quadrilatère il est entièrement couvert d'ardoise, peut-être construit en briques ou en moellons de pierre couverts d'un enduit rosé. L'entrée (non visible ici) se situe à l'ouest, du côté des quatre tours. Elle possède un pont sur des douves remplies d'eau. Trois autres tours sont visibles, elles cantonnent les angles.
A4-cp droite on découvre un élégant jardin rectangulaire composé de trente-deux parterres entourés d'une enceinte avec tourelles aux angles. L'ensemble est agréable et élégant
B4cpien que fortifié donc, il fut pris en 1543 par les troupes de François Ier opérant contre celles de Charles Quint. Pillé et brûlé, il fut reconstruit peu après.
E4cpn 1552, voulant se venger sur le Hainaut "des horribles dégâts" que le comte de Rœulx, Adrien de Croÿ, par les ordres de Marie de Hongrie(2) avait fait en Picardie et notamment au château de Folembray qui fut incendié durant les dernières campagnes, Henri II vint l'attaquer à son tour, il fut emporté d'assaut et ceux qui l'occupaient furent tous passés au fil de l'épée...attaque chateau fort 2
" M. d'Aumalle, avec les chevaux legers, avait pénétré jusques à Valenciennes sans trouver nul ennemi... car ils s'estoient enclos dans les villes... » Le samedi neufiesme (Jour de juillet') vint le camp » loger à la Flamangery (3), et estoit l'avant-garde logée tout auprès de la bataille. C'estoit un beau village, et le dernier de ceux qui sont de l'obéissance du roy, qui n'avait point esté bruslé. Le roy y fit séjour du dimanche dixiesme. De ce logis furent envoyés aucuns , pour recognoistre la ville d'Avesnes ; mais les grandes et insupportables pluyes, dont fut l'armée continuellement affligée, et les chemins fermés » au charroy de l'artillerie, furent cause que le siège » ne fut mis devant Avesnes. » (Guillaume Paradin, doyen de Beaujeu ; Continuation de l'Histoire de nostre temps.)
G4cplageon, Trélon, Chimay furent plus malheureux. " Estant le roy devant le chasteau de Glageon, sortit de Trelon une damoyselle bien laide, laquelle en sa calamité babilla à rire à la compagnie ; car elle crioit à tant de teste, qu'on sauvast la vie à son mari et à elle son honneur. Ceste requeste se termina en risée, et luy fut dit que sa beauté serviroit de sauvegarde à son honneur, et luy valut mieux pudique difformité que beauté prostituée."
C4cpependant que " le chasteau dudict Trelong flottoit entre desespoir de se defendre et vouloir de tenir, les soldats francois montèrent avec eschelles , et prindrent la place, et pour l'indignation qu'ilz avoient de la blessure du seigneur d'Estanges, tuerent grand nombre de ceux qui se trouverent avec les armes, dedans ladite forteresse..."
E4cpn 1553, l'ennemi s'empara à nouveau de la forteresse mais, l'année suivante, après le sac de Chimay, le connestable Anne de Montmorency "s'en retournant" à Trelon, fut ledit chasteau entièrement mis par terre, et renversé de fondz en comble, si bien qu'il n'y demoura corps-de-logis ny murailles debout que tout ne fust rasé , tant par » mines que par feu ; mesmêment furent les murailles » du chasteau jettées dedans les fossez, à force de » pionniers , et n'y demoura quasi pierre sur pierre, qui avoit esté un des plus beaux lieux de toute icelle contrée...Famine
L4cpes Français détruisirent les récoltes... dépouillèrent les églises... rançonnèrent, déportèrent ou massacrèrent les paysans, mais les Impériaux nous firent tout autant de dégâts, ils rasèrent les habitations pour établir leurs campements, volèrent le bétail, le charroi, le fourrage et les vivres et créèrent de telles dévastations, famines et morts que la peste s'en suivit...
I4cpl n'y eut plus d'issue possible pour la pauvre population que de se sauver et s'éparpiller dans les bois qu'elle connait mieux que personne... On imagine assez ses souffrances et les privations qui s'en suivirent, les femmes, les petits enfants contraints de vivre dans des conditions si difficiles causées par la précipitation du départ...
"Le chasteau de Glasson (Glageon) abandonné, fut le feu mis aussi, et se sentirent les plus proches de l'infortuné voisinage de Trelon. Depuis le logis de Roquigny, jusques au lieu où fut Trelong, ayant fait le roy trois lieues, print résolution de se retirer, à cause des pluyes continuelles, qui avoient en telle sorte destrempé le païs, qu'il n'estoit possible à personne de pouvoir tenir à pié ferme : tant s'en falloit qu'il fust possible d'y mener ces lourdes machines de l'artillerie. Ainsi partit ledict seigneur pour aller à Monstreul-les-Dames au giste".
M4cpais la vengeance du roi n'était pas encore satisfaite... il voulait en faire ressentir plus immédiatement les effets à Marie. "Il y avait" , dit un historien, "une ardente haine entre Henri II et la reine de Hongrie, dont je ne sais pas le sujet, mais seulement que les soldats françois avoient fait des chansons d'elle et de Barbanson (4), le plus aimable seigneur de sa cour." ( Mezerai , Histoire de France.)
L4cpe connétable revint en 1554 dans le Hainaut à la tête d'une armée formidable. "Sa marche fit croire aux ennemis qu'il en vouloit à Avesnes, où ils jeterent beaucoup de troupes, mais, rabattant tout à coup sur la droite, il fit investir Mariembourg  , dont il se rendit maître".( Le P. Daniel)Mariembourg
L4cpe roi ayant rejoint l'armée prit Bouvines, Dinant et Binche qu'il brûla avec le magnifique palais de la reine Marie, orné de peintures, de vases, de statues antiques, qui furent dispersés(5)(Anquetil, Histoire de France.) Mariemont, séjour enchanteur embelli par l'art et la nature, et dont les jardins surtout étaient délicieux, Mariemont eut le même sort. Tout fut détruit, bouleversé, et au milieu des ruines le roi fit mettre cette inscription : "Souviens-toi de Folembray, Reine insensée".MARIEMONT
Q4cpuand la nouvelle de ce désastre fut apportée à Marie, on dit que, d'abord par courrier, elle ne montre pas de réaction et plaint le roi de ne pas savoir maîtriser sa colère et de tomber si bas... mais lorsqu’elle se rend sur les ruines "elle tomba en telle détresse, despit et rage, qu'elle ne s'en pût de long-temps rapaiser : et en passant un jour auprès, en voulut voir la ruine, et la regardant fort piteusement, la larme à l'œil, jura que "toute la France s'en repentiroit et qu'elle se ressentiroit de ces feux, et qu'elle ne seroit jamais à son aise, que le beau Fontainebleau, dont on faisoit tant de cas, ne fust mis par terre et ny » demeureroit pierre sur pierre". (Brantôme)


L4cp'armée francaise poursuivant l'armée impériale, qui reculait en bon ordre, embrasa dans sa traversée, "Maubeuge et Bavai, belle petite ville, laquelle estoit abandonnée des habitans"( Paradin.) 
la forteresse fut rasée une fois encore. Rebâtie après le traité du Cateau-Cambrésis en 1559, Glageon et les environs étaient à nouveau rattachés aux Pays-Bas...
Le XVIIème siècle s'ouvre sur une période de paix relative succédant aux destructions de la guerre que nous ont fait les Français, "l'ennemi héréditaire".
M4cpais la trève est de courte durée, nous sommes en terre d'Empire, la guerre de trente ans va toucher directement notre région, le sud du Hainaut est dévasté par les troupes du duc de Bouillon dès 1622 (6)...
Les conflits reprennent entre la France et l'Espagne, ainsi que par la sanglante répressions menée par Ferdinand Alvarez de Tolède, duc d'Albe, contre la religion réformée. C'est ce que l'on appela le "Siècle de Malheur"...il s'étendit de 1635 à 1715...
L4cp'Avesnois en première ligne des combats entre la France et l'Espagne, subit les assauts des mercenaires mal payés, qui arrivent de France par la trouée de l'Oise.
Après une brève période d'accalmie et de prospérité économique aux alentours des années 1620, la région sombre à nouveau sous le coup des invasions et des pillages.
L4cpa misère est grande, les conditions naturelles de notre règion étant défavorables à l'agriculture, Mossay (6) nous dit que les terres y sont "stériles, mauvaises et aqueuse", la pauvreté est un dénominateur commun.Nos paysans/bucherons pratiquent le plus souvent la culture sur brûlis, qui donne une terre maigrement enrichie par les cendres... Ramasser le bois
L4cpa tentation est forte aussi d'aller ramasser du bois vert ou de tendre quelques pièges dans les bois du seigneur qui veille jalousement sur son bien et n'hésite pas à condamner à de lourdes amendes le pauvre journalier qui porte atteinte à son bien ...
Peut-être aussi faire un peu de contrebande en achetant de la marchandise détaxée dans les villages francs et la revendre avec un petit bénéfice, aller, pourquoi pas, jusqu'en France vendre le sel acheté à bon prix en Hainaut où la gabelle est inconnue.
Mais déjà, au coeur des bois, non loin de la fagne, grands nobles et forgerons créent les premiers établissement industriels de la région.FORGE ENERG HYDRAUL soufflets et martinets
I4cpls utilisent les ressources du milieu le fer du sous sol, l'eau pour actionner les moulins et les martinets, le bois de la forêt pour fabriquer le charbon de bois, combustible nécéssaire pour les fourneaux.Aux premiers temps de la "forgerie", le "faudreus" devait être à la fois mineur, charbonnier et forgeron.Il trouvait le minerai quasi à fleur de terre.
Selon l'intendant du Hainaut, à la fin du XVIIème, sur le territoire qui restera Français, notamment Trélon, dépendances d'Avesnes et de Maubeuge, on compte 5 fourneaux, 9 forges, et une fonderie qui donnent du travail à 830 ouvriers qui fabriquent clous, plaques de cheminées mais surtout, fournissent à l'Espagne du fer nécessaire à la fabrication des canons...
V4cpoilà la richesse du Pays...
On comprend mieux pourquoi nos rivières et nos forêts constituent un objectif stratégique de choix pour les Français...
A4-cp la mort d'Isabelle d'Autriche, en 1633, comme convenu, ses provinces revinrent à l'Espagne. De ses 35 années de présence aux Pays-Bas qui correspondirent à une période de paix, les habitants du sud du Hainaut ont gardé longtemps un heureux souvenir.ISABELLE D'AUTRICHE
L4cpourtant, "quoique bien intentionnée mais soumise aux volontés de Madrid, elle n'a apporté à nos maux aucun soulagement. [...] Le poids des impôts, la peste qui par deux fois ravage Mons, les déprédations des troupes espagnoles font le reste. En 1626, les vivres coûtent de trois à quatre fois plus cher que les années précédentes. Le prix du froment est si élevé que le peuple ne mange plus que du pain d'avoine dont il maraude les épis à demi-mûrs. Le vagabondage prend des proportions effrayantes. Plus de la moitié du sol appartenant aux seigneurs et aux abbayes, la plupart des manants doivent vivre de la culture d'insuffisants courtils...
Les archiducs tentent, mais en vain, de rendre vie aux industries hennuyères que les persécutions religieuses ont privées de leur meilleure main-d'oeuvre, en interdisant l'importation de draps étrangers. Ni Tournai, ni Valenciennes, ni Mons, ne retrouveront leur vitalité d'antan. La tapisserie est à jamais ruinée...FREDERIC MAURICE DE LA TOUR D'AUVERGNE
T4cpurenne (7) vint par la suite attaquer le château et l'enleva deux fois de vive force en 1637 et en 1655. Il n'en reste plus rien aujourd'hui...

O4cpn trouve la trace de l'occupation française dans une requête datée du 31.12.1639 et formulée par les fermiers des six portions de la forêt de Mormal. Ceux-ci écrivirent que par suite des événements survenus notamment en 1636, au "Quesnoy, Bavay, Landrecies et généralement tous villages dans et aux environs de la dite forest", ces lieux ont été "tellement fligez de contagion que la pluspart des manan d'iceulx en sont morts et les aultres se sont rendus fugitifz". Puis l'armée impériale "s'est venue loger inopinément sans ordre aux environs de la dicte forest lorsque l'on a fait rompre les ponts pour leur empescher le passage du costé de la ville d'Avesnes, les dégats entraînèrent la ruine totale des manans (paysans) des environs de la dicte forest". E4cp n compensation, le roi d'Espagne Philippe IV accorda à ces fermiers de l'herbage, une remise du tiers du rendage.
La guerre continue...les forces sont égales, en Hainaut, des villes changent de maîtres en l'espace de quelques mois, Landrecies, Condé, le Quesnoy, et si le sort des armes restent indécis, les populations civiles ne sont pas pour autant à l'abri des destructions, en février 1651, les mercenaires français du général Rose dévastent à nouveau le territoire, la Fagne, les bourgs de Trélon, de Liessies, la vallée d'Eppes Sauvage connaissent une fois de plus, le fer et le feu des français...
E4cpn 1655 Louis XIV avait alors 17 ans lorsqu'il vint au Quesnoy où il passa la nuit. "Le pays estait despeuplé en telle sorte que dedans des villages de grande estendue il ne s'y rencontrait que cincq a six mesnages tout au plus, et encore ils estaient si pauvres et tellement affaiblis par les guerres contre la France que les laboureurs n'avaient les moiens d'eulx monter de valets ni chevaulx"... Frontière 1659
D4cpans les dernières années du règne de Louis XIV, le sort des Pays-Bas espagnols sera réglé par les traités d'Utrecht et de Rastatt et par le traité d'Anvers, qui les font passer sous domination autrichienne.

E4cpn 1659 suite au traité des pyrénées le sort du sud du Hainaut est définitivement réglé et constitue en partie ce que nous appelons aujourd'hui l'Avesnois.

Glageon était devenue Française....

**Michel Payen, EN HAINAUT LES VILLAGES DE GOMMEGNIES ET DE FRASNOY
DE 1724 A 1737 vol 1er (Une approche de la micro-histoire du hameau)

(*)information de Joël Danloux; Contrairement à certaines idées reçues, la maison forte dont on connait parfaitement l'emplacement au lieu-dit  les Pâturelles (ou Paturettes) sur le rieu des Hameaux, entre l'église et le moulin, ne paraît avoir été édifié qu'à l'époque de Josse de Stavel, entre 1500 et 1516, étant donné : - qu'au moment des affrontements entre Louis XI et Maximilien d'Autriche, il n'est jamais fait mention de Glageon, alors que la Ville d'Avesnes est entièrement détruite (1477) et que les places de Chimay et Trélon sont prises et reprises(1477-78) - qu'un document de 1516 prècise une restitution par Josse de Stavel de Canons à Louis II de Blois, jeune seigneur de Trélon. - qu'il faut attendre les attaques françaises de 1543 pour connaître l'existence de deux places entre Avesnes et Chimay (Glageon et Trèlon) qui portent dommage à la Thièrache

1)Philippe de Stavele était ambassadeur de Marguerite de Parme, gouverneur des Pays-Bas espagnols, auprès d'Élisabeth Ière, reine d'Angleterre, chevalier de la Toison d'Or (1555, brevet n°222)

2)soeur de Charles Quint, reine puis régente de Hongrie par son veuvage d'avec Louis II de Hongrie,il l'avait nommée Gouverneur des Pays-Bas Espagnols

3)La Flamengrie.Lors de la plupart des traités du XVIIe siècle, lorsque l'on annexait une ville, on annexait l'ensemble de ses dépendances.Cela dit, quelques cas particuliers dérogèrent à ce traitement. Ainsi, la Flamengrie fut l'objet d'échanges nombreux de parcelles avec les Pays-Bas espagnols puis autrichiens. De nos jours, elle se trouve donc en curieuse position frontalière, avec un tracé complexe. Les bornes-frontières Autrichiennes et Françaises, autrefois au nombre de 65, dont une vingtaine existe encore, représentent un patrimoine original. En faisant abstraction de la frontière, La Flamengrie serait le prolongement de la ville belge de Roisin.(Wikipedia)

4) de Barbançon probablement la branche des Seigneurs de Jeumont

5)Le somptueux palais Renaissance édifié par l'architecte montois Jacques Du Broeucq pour la régente Marie de Hongrie, sur les bases du château médiéval, est une cible magnifique pour les canons français. Sa construction débutée en 1545 nécessita près de cinq millions de briques. Achevé pour le séjour de Charles Quint et de son fils, en août 1549, incendié 5 ans plus tard par les troupes d'Henri II, roi de France, il sera définitivement ruiné en 1578. Sous les archiducs Albert et Isabelle (1599 -1621), une tentative de restauration n'aboutira pas. Nombre d'éléments sculptés partent à Mons (portail d'entrée) ou sont réutilisés à Binche même. Classé en 1936, le site est actuellement soumis à un vaste programme de fouilles archéologiques, à l'emplacement-même où le parc communal fut aménagé au 18ème siècle. Le tour de chemin de ronde, par le sommet des anciens remparts offre une vue imprenable sur la campagne environnante.(Wallonie-Bruxelles Tourisme)
La légende prétend que c'est en ce chateau de Binche où Marie de Hongrie organisa en l’honneur de son frère Charles-Quint des festivités grandioses "les Triomphes de Binche" http://www.binche1549.com/historique.php dont la somptuosité devint proverbiale, que naquirent les fameux "Gilles".
On rapporte que, pour célébrer les nombreuses conquêtes de l’illustre monarque, des représentants de tous les peuples conquis formèrent cortège, entre autres des indigènes du Pérou, des Incas, dont les coiffures, les tatouages multicolores et les danses caractéristiques firent tellement sensation que les Binchois s’en inspirèrent et qu’il en sortit, tel un personnage de légende, le roi carnaval, le «Gille de Binche».

6)J.Mossay, Les intendants du Hainaut à Maubeuge 1678/1720, éd+ La Société archéologique et historique de l'arrondissement d'Avesnes, 1971 p20

7) Duc de Bouillon, Frédéric Maurice de La Tour-d'Auvergne (Sedan, 1605 - Pontoise, 7 novembre 1652), était le fils de Henri de La Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, duc de Bouillon,(lui même petit fils du connétable Anne de Montmorency par sa mère) et de Élisabeth de Nassau. Son frère était le fameux Turenne, maréchal de France. Il fut duc de Bouillon, prince de Sedan et général de l'armée royale française. Le 25 mars 1623 il devint second duc de Bouillon.Le 12 octobre 1635, il prit du service dans l'armée française comme maréchal de camp, commandant la cavalerie de l'armée de Flandres. Il prit alors une grande part aux guerres civiles, et livra, avec le comte de Soissons, la bataille de la Marfée contre les troupes de Richelieu (1641). Il fut compromis dans la conspiration de Cinq-Mars en 1642.(Wikipedia)


**Toutes les photos des gouaches dites de Croÿ proviennent du site Chrisnord que je remercie particulièrement pour la qualité de son travail et son sens du partage**