I-pl faut d'abord noter que les Valenciennois bénéficiaient d'un statut tout à fait 
exceptionnel
E-pn effet, à Valenciennes, l'accession à l'état VALENCIENNES DE LOIN
de Bourgeois est un privilège qui, suivant la 
tradition, remonterait à l'empereur Valentinien 
au IVème siècle. Dans le but de faciliter 
l'augmentation  de la population d'une ville 
qu'il avait fait restaurer, celui-ci offrait 
l'asile aux serfs étrangers y ayant habité 
durant un an et un jour. 
Ainsi affranchis, ils pouvaient prétendre à devenir Bourgeois. Leurs seigneurs ayant 
laisser écouler ce délai, perdaient leurs droits sur eux...
L-pa famille des Berniers étaient issus de ces familles de Valenciennes que le travail 
avait enrichi, au point que ses membres marchaient de pair avec les nobles, de 
telle sorte qu'ils étaient plus fiers de ce titre de "bourgeois de Valenciennes", 
qu'ils prenaient en toute occasion, que d'un titre de noblesse...

P-parmi ces familles de bourgeois, celle des Bernier, dont trois membres prénommés
Jean, le père, le fils et le petit-fils vivaient comme nous l'avons vu au 14e siècle.

Il ne faudrait cependant pas s'imaginer que les Bernier ne devaient leur renommée qu'à
l'étalage de leurs grandes richesses, au faste et à la magnificence qu'ils déployèrent 
en de nombreuses occasions...ORIENT

Ils la devaient surtout au grand crédit qu'ils 
s'étaient acquis par le négoce et le commerce 
avec l'Orient et l'Angleterre, et comptaient plusieurs terres à clocher parmis leurs 
propriétés, ainsi qu'à la haute considération COMMERCANTS XIV ème
dont on entourait les négociants, à tel point
que sa maison, ainsi que celles des autres
bougeois de la ville, jouissaient du droit 
d'asile; aussi, dit l'historien d'Oultreman, "étaient-elles si fortes et bien munies, que 
ni le magistrat, ni le prince, n'eussent osé en tirer ceux qui s'y étaient réfugiés". 

C-pe privilège fort ancien fut aboli par le comte Guillaume, second du nom, après les 
différents qu'il eut avec les Berniers et autres riches bourgeois de Valenciennes

Ces hommes étaient si puissamment riches que de nobles familles recherchaient leur alliance.
Bernier, le père, seigneur de Maing, Thiant, Vicq l'Eschelle et autres lieux, avait épousé 
Marie de Nouvion. après avoir été l'un des officiers de Jean d'Avesnes, comte de Hainaut 
mort en 1304 , il fit partie du conseil privé de son fils et successeur, Guillaume ler, dit le 
Bon.

J-pean "le jeune" Bernier fut successivement grand bailli du Hainaut, rece
veur du comté, 
et Prévôt-le-Comte*à Valenciennes de 1316 à 1337.Il était en même temps conseiller 
pensionnaire de plusieurs rois et princes et notamment du roi de France...

L-paissons la parole, cette fois encore à notre chroniqueur anonyme qui mêle à son récit 
général de nombreux documents empruntés à leurs archives domestiques et ne manque 
pas de nous apprendre combien leur influence était grande.....
C-phy après sont dénommés les princes et les évesques desquels sire Jehan Bernier eult 
pensions et qui de leurs conseils estoit.

RINCEAU COULEURP-premièrement, ledit Jehan Bernier estoit pensionnez et avoit gaiges du 
roi Philippe de France, et estoit ung des maistres des enquestes à Paris 
du parlement et varlet onthier au roy. C'est assavoir que là où ledit Jehan 
Bernier estoit, c'estoit celuy seul qui portoit et asseoit l'escuielle devant 
le roy, comme il appertenoit, et pourtant l'appelloit on varlet enthier. 
Ainssy sy fait les aultres qui en tel manière servent les roys de France 
quant les dits varlets enthiers sont où les corps des roys sont. Et avoil 
chacun an , ij et (200 ) livres parisis, et délivrance à la court du roy pour 
luy et pour sa maisnye.

Item , du roy Edouart d'Englelerre avoit il chacun an annuellement xx livres 
RINCEAU COULEURà l'estrelin qui vallent C livres tournois monnoy de Haynau.

Item , du roy Jehan de Behaigne, qui de son conseil estoit, il avoit chacun an 
ij paires de drapz de troys pièches, et ung millier de fasseaulz et deux 
milliers de rames.

Item, du Conte Loys de Flandres, duquel conseil il estoit, audit chacun an 
de pension xl livres et draps de troys pièches.

Item, du bon conte Gaillame de Haynau, duquel estoit de son privé conseil, 
et avoec ce , grand bailly de Hav nau , et puis fut recepveur dud. Haynau, 
et après fut grant temps provost de par Monseigneur led. Conte en sa ville 

RINCEAU COULEURde Valenchiennes , il avoit draps chacun an de i i j pièches.

Item , du comte Loys de Blois, pour estre de son conseil, il avoit chacun an 
ij paires de drapz de i i j pièches.

Item, de l'évesque de Cambray quiconques le fust pour le temps dudit Jehan 
Bernier pour la vacquacion de son conseil , il avoit L livres chacun an et ses 
drapz de iij pièces.

Item de l'Evesque d'Utrec qui fut de ceulx de Distre , il avoit, pmir être 
de son conseil, xl livres par an, et les drapz de iij pièches.

Item, de Monseigneur Jehan de Haynau , conte de Soisson, il avoit iij 
RINCEAU COULEURpièches de drapz.

Item , de Monseigneur Henry de Flandres, conte de Lodz, jij pièches de 
drapz.

Item, de Monseigneur Gallerant de Lingny iij pièches de drapz.

Item, de Monseigneur Robert d'Artois, il avoit pareillement iij pièches 
de drapz.

De Monseigneur d'Enghien, iij pièches de drapz.

De Monseigneur Milles de Noyerz iij pièches de drapz.

De Monseigneur de Vornes i i j pièches de drapz.

Q-pui font en somme i i ij et xxx livres et xx x vj pièches de draps, avec ung millier 
de fasseaulx et deux milliers de rames, sans le baillyaige , provosté de 
Valenchiennes, et recepture de Haynau, avoec pluseurs aultres benesces et prouflis 
que chacun an il obtenoit.

B-pernier le jeune,Grand bailli du Hainaut — Prevôt-le-Comte à Valenciennes. avait 
pour femme, comme nous l'avons vu, damoiselle Billehaut Du Gardin, bourgeois 
banneret de Valenciennes, il était un des plus riches marchands de la cité. 
Aussi paraissait-il avec pompe seigneurs berniers joutes
aux fêtes qui se donnaient alors. 
Ainsi fit-il, en 1326, aux fêtes d'Arras ; ainsi, en 1330, à une table ronde réunie 
à Paris*. Il y parut conduisant plusieurs autres bourgeois de Valenciennes, parmi 
lesquels son fils Jean, tous à cheval, magnifiquement habillés et portant les armes du 
Hainaut. 

M-pais ce qui a le plus frappé et a été le plus relaté depuis par nos historiens, fut 
le fameux banquet que nous avons vu, où l'on compta six services, où nous avons vu se 
confondre les mets les plus rares et les plus raffinés de l'époque  où il offrit aussi 
de la venaison, des patés juteux et parfumés, puis encore des lamproies, des brochets, 
des écrevisses, des pâtés d'anguilles et les fritures les plus appétissantes, les sirops 
les plus délicieux, des amandes préparées au miel, du sucre vermeil, du blanc-manger 
semé de graines de pommes de Grenade...

S-pans être noble de race, cette riche famille avait pris des armes et portaitBERNIER-banquet-2
De Gueulée à trois losanges percés d'argent.(à trois macles d'argent)

J-pean Bernier recevait des pensions innombrables pour ses qualités, il aimait les 
lettres, peut-être parce que sa femme était parente de Jean Baillehaut, le 
lauréat du Puy de Valenciennes; il encourageait les arts, car il faisait venir 
d'Allemagne d'élégantes figures en bois, que rongeait secrètement le ver, 
image des vanités du monde selon le chroniqueur....
A-p-t-il, seulement un instant, imaginé que les fastes de ce royal banquet allaient 
éveiller les plus viles jalousies et lui apporter de bien amers lendemains....

*"prévôt-le-comte". Cette fonction, particulière à Valenciennes et dans le Comté de 
Hainaut, jouait le rôle de ministère public et le Magistrat rendait sa décision. 
L'exécution de la sentence, elle, était de la compétence du prévôt comtal et les 
dépenses occasionnées (épreuve de la question et peine capitale) étaient reprises 
dans la comptabilité de la prévôté-le-comte de Valenciennes. Par ailleurs, la cour 
prévôtale condamnait de présumés sorciers au moyen d'apaisements, enregistrés parmi 
ses recettes de justice. Le dépouillement de la comptabilité de la prévôté-le-comte, 
source jusqu'ici inexploitée, permet d'avancer la date des premiers procès de 
sorcellerie connus dans le Nord de la France.Toutes les condamnations pour sorcellerie 
en fait la pratique de sortilèges, se situent entre 1350 et 1378, une période 
particulièrement troublée dans l'histoire du Hainaut. D'autres procès ont peut-être 
précédé, mais faute de sources comptables conservées, on ne peut l'affirmer. Quant 
au siècle suivant, il ne semble pas avoir connu de telles poursuites. Catherine Pavot
* la Table ronde à Paris était une corporation des chevaliers, membres de la confrérie
en question, qui participaient aux tournois en présence de nombreux chevaliers venus 
de toute la France.