Q-puelques années encore....Les Berniers virent leur fortune au zénith...
Le comte Guillaume Ier étant mort le 7 juin 1337, GUILLAUME II DE HAINAUT
son fils Guillaume II lui succéda. 
C'est alors qu' arriva le moment 
des retours de fortune et les persécutions...

I-pl ne fut pas sitôt entré au gouvernement de ses Etats
nous dit d'Outreman, "qu'il attaqua les principaux bourgeois de cette ville de 
Valenciennes que feu son père avait chéris et estimés. "

C-p'est ainsi que le 2 janvier 1337, Guillaume jeune comte de Hainaut confisqua 
les biens de Jean Bernier à son profit,  comme son Castel des Prés à Maing, 
qui sera racheté comme bien séquestré par Jean de Neuville, et ceux de 
Jean Bernier le Jeune, fils de celui-ci au profit de la ville de Valenciennes. 
Quant à Jean Bernier dit le moyen le petit-fils, qui était filleul de la comtesse de 
Hainaut il sera exclu de tous les offices de la ville....
A-pinsi donc, six mois....ce fut le temps nécessaire à Guillaume II pour décider de 
renier tous les bons et loyaux services des conseils les plus fidèles de son père,  
"sans occasion, ne raison nulle sy non par envie et hayne qu'on avoit sur luy et sur  
son estât, et espéciallement ceulx du conseil du conte de Haynau, lesquels à tort et  
mauvaisement informèrent le dit conte que Jehan Bernier avoit révélé au roy  
Philippe de France une conspiration qui avoit esté faite du bon conte Guillame  
contre ledit roy".  
Laissons encore la parole à notre chroniqueur 
E-p
t furent les devant dits bourgois, tous présents au banquet de Bernier
"jugiés des eschevins de Valenciennes qui adont furent renouvelés et restablis,
et de ceulx qui mis y avoient esté pour l'année :
P-premier, Jehan de Caroubbe fut bannis de la ville, et à dix mille livres à la ville 
et osté luy et ses hoirs du conseil et des offices de la ville.
I-ptem. Le seigneur Jehan de Le Sauch fut banis de la ville, et à sept mil livres à 
la ville, et osté luy et tous ses hoirs du conseil et des offices de la ville ; lequel 
après reult la ville et fut remis en la conciliation d'ycelle.
I-ptem. Sire Allart du Gardin fut ajugiés à deux mille livres, la moitié à la ville et 
l'aultre de prest, et privés du conseil et des offices de la ville ; lequel puis y 
fut remis.
I-ptem. Jaques Le Chamgeur fut taxé à cinq cens livres à la ville, et osté du eonseil 
et des offices d'ycelle.
I-ptem. Jaques Gouchet fut banny de la ville et adjugié à trois mille livres à la ville.

I-ptem. Jehan Dernier fut banny et adjugiés à perdre tout le sien qui estoit en la 
ville et en la banliewe d'ycelle ; et ce de dehors fut aplicquiet et confisquiet 
au conte de Haynau, ce qu'on en peult trouver, comme forfait par cas de lèzemajesté
mais madamoiselle sa femme reult sa maison et la terre de Vy qui est près d'Escaupont
pour ce que c'estoit son doaire.
E-pt est assavoir que Jehan Dernier le josne fut condanpné, et osté luy et ses hoirs 
des offices et du conseil de la ville, et ses parents jusques au tiercli getton, qui 
puis y fut remis ; et eust esté le dit Jehan Dernier jugiés à grant domraaige de ses 
biens et de son corps, et tout par envie et traytreuse hayne, se n'eust esté madame 
Jehenne, jadis contesse àe Haynau et nonne de Fontenelle, sa mareine.
 
I-ptem. Jehan Polie fut condanné à mille livres de prest à la ville.

E-pt Jehan Party à mille livres de prest samblablement"
 

D-pans sa crédulité Guillaume crut tout ce qu'on lui rapporta et les accusa en outre 
d'avoir fait défense au peuple « d'avoir recours et ressort à la personne de son 
seigneur et comte » alors qu'ils étaient « grevés et oppressés » par le prévôt et les 
échevins de la ville. Jean Bernier, le père, Jean son fils, furent en outre accusés d'avoir 
PHILIPPE DE VALOISrévélé au roi de France les secrets du conseil du comte Guillaume Ier, 
de lui avoir répété les alliances du comte de Hainaut avec Edouard III. 

et de plus d'avoir, eux et leurs femmes, "usé de sortillèges" pour faire 
périr le comte et la comtesse. 
Cette accusation s'appuyait sur deux statues de bois que damoiselle Marie du Nouvion, 
femme à Jehan Dernier l'aisné, et à damoiselle Billehault Dugardin, femme Jehan 
Bernier le josne, avaient fait venir "d'ung bourgois d'Ippre qui les fist apporter du 
pays d'Allemaigne, lequel estoit appelle Jehan du Coulombier et fist cest envoy pour 
ce que c'estoit ainssy comme figure et exemple pour le monde, car les ymaiges estoient 
par devant moult jollyement et gentement aornées de painture, et par derrière elles 
estoient toutes creuses, wydes et trawées, et dedens les traux estoient bestes et vers 
de boys, coulourés et paints comme la chose le requéroit, en dénottant et dëraonstrant 
que, combien qu'on soit jollyt et plaisant au monde, tantost comme les gens sont 
trespassés, ils deviennent cendres, vers, pourriture et de vermine et très-infecte ordure"

C-pes dames ne croyaient si bien penser qu'effectivement, elles purent par la suite, 
vérifier de visu, combien les vanités de ce monde sont éphémères.... 

L-pes accusés prouvèrent que si les finances de la ville JEAN 1 DE HAINAUT
étaient obérées, ce dont on leur fesait un crime, 
c'était par suite des largesses faites par la ville au comte 
Guillaume Ier et au comte Jean son père en maintes 
GUILLAUME 1 DE HAINAUTcirconstances. Ils n'en furent pas moins 
emprisonnés, condamnés à de fortes amendes et bannis. 

 
A l'évidence, Jehan Bernier l'aisné envié, haï fut trahi par ceux là même qu'il 
accueillait chaque jour à sa table et rompaient le pain avec lui à sa table en lui 
montrant fausse amitié et faux semblants...
Ses richesses, les honneurs qui lui étaient rendus exacerbant leur jalousie au paroxisme
C-pomment imaginer que cet homme qui avait été au service et aux gages de Jean de 
Hainaut et de la comtesse Philippe son épouse, puis au bon comte Guillaume son 
fils et son épouse Jeanne de Valois, et les avait, tous, si bien et si loyalement servis dans 
toutes les fonctions qu'ils avaient jugés bon de lui confier à Valenciennes et ailleurs
tel qu'il apparait dans les lettres signées du bon comte Guillaume et scellées de son grand 
Sceau, ait pu trahir, pire encore...souhaiter la mort des maitres auquels il fut si dévoué 
sa vie durant ?

I-pl fut réduit à fuir, tandis que la nuit des trois rois, à minuit les sergents du comte 
emmenèrent son clerc Lotard, en un "pré dalés" où on avait fait une fosse où il 
"fut enfouy et couvert de terre tant qu'il fut pasmés et sur le point de morir" pour 
le forcer par la torture à dénoncer son maître mais il brava toutes les souffrances 
pour rendre témoignage de son innocence et leur demanda seulement " puisque ainsi est 
que cy fault mort recevoir, pour Dieu faittes moy tost morir"
 
C-p'est peut-être à ce clerc, si magnifiquement dévoué à la vérité, que nous devons ce 
récit parvenu jusqu'à nous et qui, à côté de celui de Jehan Froissart, illustre 
chroniqueur du moyen âge, nous a permis de placer une autre narration écrite aux mêmes 
lieux par un de ses contemporains. 

Q-puant à Jean Bernier, lorsque le roi Philippe de France sut qu'il était accusé, il lui 
manda, dit Une ancienne chronique, « qu'il vidast hors du pays de Haynaut, et 
qu'il se vint en « France, » ce qu'il fit. Lorsqu'il fut à sa cour, Philippe lui fit subir 
un interrogatoire pardevant les rois de Navarre et de Bohême, le comte de Flandre 
et autres. Jean Bernier s'en tira à la satisfaction de tous. 

C-p'est alors seulement que le roi de France le fit son varlet entier et maître des 
enquêtes en son parlement. 

P-plus tard, après avoir recueilli de nouveaux renseignements, le roi lui donna des 
lettres qui témoignaient de son innocence. Elles sont datées du bois de Vincennes, 
le 7 novembre 1338. 

C-pependant Bernier ne resta point en France ; il vint avec son fils a la cour du comte 
de Flandre, dont il était pensionnaire, puis se bernier moine 2
retira dans une chambre à l'abbaye de Saint-Saulve* 
près Valenciennes, y attendant le résultat des 
démarches que fesaient pour lui les rois de France, 
de Bohême et de Navarre, le comte de Flandre 
et une foule de seigneurs qui s'intéressaient à lui. 

E-pnfin, le comte de Hainaut reconnut la 
fausseté des accusations portées contre 
les anciens serviteurs de son père et notamment 
contre Jean Bernier. 
I-pI résolut alors de proclamer hautement l'innocence de ce dernier...
Etant venu à Valenciennes, il convint, en présence des rois et princes déjà cités, 
qu'il avait été induit en erreur sur le compte de Bernier, et méchamment conseillé à son 
égard par des gens qui étaient ses ennemis personnels sous le règne du comte son père. 

P-puis il se rendit « en l'église de monseigneur St-Saulve, d'emprès Valenciennes et 
en la chambre dudit Jean Bernier », accompagné de sept des principaux seigneurs 
de sa cour, du sous-prieur de l'abbaye et de plusieurs religieux, « et mit sa main en la 
main de Jean Bernier, et dit que par la foi de son coeur que s'il eût en à faire ce qu'il 
avait fait de lui et des autres bourgeois de Valenciennes, et on lui donnant mille livres 
de vieux gros, qu'il ne ferait pas ce qu'il avait fait, et qu'il lui pesait moult et de coeur 
de ce que si légèrement avait cru à leur contraire, et dit de rechef :

"Jean Bernier, mon ami, soyez à votre paix, et je vous ai en convent que je vous 
ferai autant d'honneur que je vous ai fait de blâme". 

P-puis le comte lui envoya, à St-Saulve, deux boeufs de Savoie, un pourceau de 
Mayence, un mûid de blé et une queue de vin de St-Jangon. Enfin, il lui rendit ses 
biens, sauf sa maison de Maing, et la terre de Thiant qu'il avait vendu et dont il conserva 
le prix... 

C-pette réhabilitation de Jean Bernier et celle aussi des autres bourgeois enveloppés 
dans sa disgrâce, et tout ceux là même qui furent présents à ce banquet de 1334, 
eut lieu en 1341. 
L-pe bon vieillard, dit d'Outreman, mourut audit St-Saulve, » cette même année, 
le 14 avril, peut-être d'émotion d'avoir vu, comme le dit la chronique citée plus haut
«son prince reconnaître si humblement qu'il avait méfait. » 

H-patons-nous cependant d'ajouter, qu'après avoir vécu avec tant d'éclat,de gloire et 
d'honneur, ayant été prévôt de Valenciennes en 1316, 1324, 1326, 1330 et 1336, 
1er conseiller et receveur général de la province du Hainaut, ayant vu l'inconstante 
fortune lui tourner le dos... il lui fut encore permis de mourir dans l'opulence et d'avoir 
des obsèques dignes de sa vie...

O-pn rapporte entre autres que neuf abbés, vêtus pontificalement, y assistèrent.
Ses obsèques eurent lieu à l'abbaye, en habit de l'ordre de Cluny, avec une pompe 
extraordinaire, il fut enseveli dans la chapelle familiale de l'église de St Jean où 
reposaient pompeusement les cendres de sa famille ...

M-pais la vie va devenir tellement marâtre pour ses descendants, qu'en 1520, lorsque 
cette église fut incendiée, y compris la chapelle des Bernier,l'abbé de St-Jean 
voulant la racheter, il ne trouva plus qu'une pauvre femme de village , dernière 
descendante de cette antique famille, qui vendit tous ses droits à l'abbaye pour un seul 
mencaud de blé. 

T-pelle est la vicissitude des choses humaines et l'instabilité des biens de ce monde !

La maison qui vit au XIVe siècle tant de nobles convives devint par la suite la 
demeure d'un honnête nourrisseur...

L-pes salles ou les rois de Bohème et de Navarre savourèrent leur repas furent 
transformées en étables, et dans ces lieux où nos dames du moyen-âge exercèrent 
le pouvoir de leurs charmes... ne s'entendaient plus alors que les meuglements et bruits 
de sabots des généreuses laitières de nos contrées et ne brillaient plus que leur 
somptueuses robes crottées....
La guerre de cent ans était passée par là....

*Abbaye, fondée au IXe siècle ultérieurement attachée à Cluny. Elle était installée à 
proximité d’une église des VIIe-VIIIe s. où la dépouille de Saulve, évêque martyr, reposa 
vers 740.